Réveil


La poussière de bruits de rues voisines s’envole jusqu’à mon regard.
Les hirondelles déchirent et recollent le ciel.
Furtivement, avec la discrétion de l’éternité,
Le temps ne franchit plus ma fenêtre :
Il s’imprime en blanc vaporeux sur le rêve ensoleillé,
Tandis que les ombres font l’alphabet de l’instant.

A mesure que les secondes étirent leur drap de sommeil,
La curiosité s’éveille lentement,
Soufflant comme la caresse d’une brise légère
Les restes du vacarme des paupières sourdes de la nuit.
Il s’efface en oubli vaporeux sur le monde illuminé
Tandis que les mots feront les ombres de la journée.

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Regard sur le temps


Ma lucarne figée comme la saison scrute l’âge de l’abandon, le temps des promesses, la moitié de vie répétée.

Au loin, au-dessus des toitures présentant leur profil en parallélogramme de leur cadre régulier, l’hiver peigne les arbres et s’enfile dans les flammes froides des peupliers, tandis qu’auprès de tous les souvenirs élancés de feuilles, conversant sur le vent, s’égoutte le ciel de ses larmes.

La transparence des veines jusqu’à l’origine fera la couleur du printemps tombant en lumière pour l’heure grise, comme le silence sur fouillis de branches sombres de patience comblée de mots bruyants pour tous et brillants que pour soi, même pour toi.

Tic – tac d’hiver


A la recherche d’un trésor, la nuit a fouillé les petits paradis clos délaissés pour le soleil du foyer.

Surprise par le matin, elle a fui en abandonnant les galaxies de pierres précieuses, faites de lumière, de froid et d’eau, répandues en poussière de lune.

Le soleil va les souffler pour les polir comme cristal de larmes avant que la nuit ne revienne pour tenter à nouveau de s’en emparer.

Le temps s’égrène en cavernes de tes oreilles endormies et s’écoule en transparence des heures.

Le temps est un voleur qui ne se dérobe pas.

Promenade


Le temps pédale sur le mur.
Son effort d’est en ouest
Traverse les ombres
Engourdies du matin
Et endormies du soir.

L’ordre muet efficace ici
Et dicté d’ailleurs,
Souvent par d’autres heures,
Fait nos mouvements
Du sien imperceptible.

Dehors, même lorsqu’ils semblent impatients,
On croirait que les nuages étrangers,
Usant d’une autre langue,
Ont choisi de l’ignorer,
Et que le vent tente de le souffler.

Riche d’impertinence
On s’est émerveillé au printemps,
Endormi en été, réalisé en automne,
Pour mourir en hiver,
Pauvre de sagesse.

Jamais pressé, et sans jamais oublier
Une seule seconde,
Sa course livre l’efficace ennui
De notre regard obligé
Sur son guidon d’aiguilles.

Nous le croisons se promenant
Mais nous ne pouvons
Que le regarder s’éloigner,
Ne pouvant le suivre
Car nous n’avons pas son équilibre.

Poésie 1


Le ciel a fermé sa paupière de nuages.

Son rêve éclaire sans ombre le matin qui sait le jour.

Le songe patiente comme un enfant soumis au temps

Et qui s’occupe en un ennui d’oubli.

 

Sonne midi.

 

Avec l’alphabet des étoiles promises

La poésie s’écrit sur la page des premières heures,

Se déclame du zénith au crépuscule et,

Au levé des tous les points scintillants

Qui ont fait nos phrases avant de les terminer,

Elle s’étale en silence de solitaire

Sur les ultimes espoirs mourants du vécu.

Comme temps perdu


Chardon, photographie : Boris Sentenac tous droits réservés

Chardon, photographie : Boris Sentenac tous droits réservés

 

Quelle est donc ta vertu

Que tu gardes en ton cœur

Toujours insondable ?

 

Par ta couleur tu as

L’habit de l’instant mauve,

Crépuscule de l’adieu

 

Que suit celui grinçant,

S’ouvrant une ultime fois,

Sur l’éternel oubli.

 

Et tu te pares d’argent

Et t’étires tels rayons

Ne pouvant faire astre

 

L’énigme insondable

Entre ton grand secret

Et ta sauvagerie

 

A la caresse qu’ainsi

Heureux de ton malheur

Tu ne recevras pas.

 

Tu es l’invasion sèche

Du jardin en son rêve,

Du clos de quiétude

 

Avec tous ses sourires

Attrapés en plein vol

Par les quelques abeilles

 

Qui, chantant le silence,

Les relâchent à la belle.

Tu es gourmand d’éclat

 

Comme si son origine

De l’infini des nuits

Pouvait être ton or

 

Et tu oublies qu’il brûle

Sans ravir l’univers.

Tandis que toi chardon

 

Sec, tu finis vêtu

De mort et d’orfèvre

Mais en rien infini.

 

Quelle était ta vertu

Bien gardée en ton cœur

Pareil au temps perdu ?