Question de temps


Pourtant transparent, le temps s’impatiente comme une nuit qui a oublié le sommeil ou se lasse comme la lumière du jour qui étale sa fatigue et s’affirme en soumission des mots,

Lorsque la bienveillance n’apparaît vaporeuse qu’en mensonge, tel burin gravant toutes les pierres, et, bien que nulle ombre n’existe sans même un dernier éclat, elle finit en silence gardé soufflant les étoiles.

 

 

La bougie


Sans cesse sur le départ,
Sans cesse se déshabillant de sa parure,
Sans cesse s’étirant dans le sommeil,
Sans cesse bavardant avec le silence des murs,
Sans cesse brûlant son lien avec la vie,
Sans cesse réinventant le temps qu’elle fond en éternité s’écoulant en abandon,
Sans cesse agacée par mon souffle qu’elle menace d’un duel,

Son cœur sombre se lie à son éclat,
Jusqu’à ce qu’elle cesse,
Comme le miracle de la vie transparente sur la mort,
Pareil à l’amour,
D’éclairer la pudeur de la conscience
Sur la robe de l’éternité plus tôt oubliée
Qu’elle retrouve, d’un cœur bleu, pour avoir brillé.

Le temps de l’amour


L’amour est enfant.
Il est étonnement
De nuages dans le ciel
Sans aucune infecte stupeur
D’une pluie résignant au foyer.
De l’âtre, rien n’exige la chaleur,
Des rues, rien n’exige de parapluie
Tous les lieux s’écoulent ou s’illuminent
Toujours légers et vaporeux
En source fraîche d’enfance
Avant que pour le monde
L’amour ne soit pluie.

L’infini s’écoule


Les quelques gravas de saisons oubliées par les temps qui courent me rappellent à la mémoire l’odeur de la pluie furtive dont on s’étonne qu’elle fût et presque sans qu’on ne s’en aperçut.

Il me semble qu’elle est telle ma mémoire vaporeuse en langage étouffé qui déchire le vertige du fossé de la ride.

Et me voilà bavard pour saisir le temps en sens tandis que la lumière sans rien dire continue son voyage.

Je la sais aller loin au-dessus de l’océan qui compte, par chacune de ses vagues et en autant de réminiscences issues de mon odyssée, le temps infini qui pourtant s’écoule.

Silence du temps


Les sourires pour lumière

Passent les phrases trop belles,

Tels les secrets de prières,

Sans l’oubli des hirondelles

Et de leurs rires.

 

 

En l’hiver et son vent froid,

D’elles, on ne parle jamais

Le temps se tenant en roi,

Ouvrant le chemin vers mai

Sans rien nous dire.

Retombée répétée


Les mots secs s’étalent sur la page blanche que la brise soulève comme pour tenter d’éveiller de la nuit le souvenir sur le devenir.

 

Le temps déposera les eaux de son abandon sur la page gondolée que la poussière recouvrira comme pour tenter de compter les jours du souvenir sur le devenir.

 

L’oubli sera le ruban gris et son nœud sera son seul mot qu’il prononcera comme pour tenter d’étaler sa couverture transparente sur le souvenir sec craqué.

 

Et durant tout ce temps,

Ton silence ne sera

Que mensonge éternel passé.

Virgule

Virgule


Calligramme : Boris Sentenac,

tous droits részrvés

La vie est une virgule de temps, tel un souffle pour parfums, pour mots de couleurs à dire à pleurer ou à chanter, une caresse de lecture à prendre et à donner, inscrite en encre noire sur l’ouvrage de l’éternité.