Témoin de silences


Chemins." Photographie : Boris Sentenac,  droits réservés.

« Chemins. » Photographie : Boris Sentenac, droits réservés.


Comme le regard méprisant de tous sur le monde qu’ils enfantent, la ville,

*

derrière les trains hésitants à franchir leurs signaux tandis que d’autres de ces guirlandes s’élancent, certaines, pour dépasser le vent,

*

hurle sur la vitre sourde tandis qu’elle écrase son regard, aveugle du mien, sur cette même transparence pour enfanter, simple et ignorante de chaque sens d’ailleurs, l’impression paisible de l’instant.

Publicités

Tant mal calculé


« Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! … »

Charles Baudelaire, l’horloge.

 

D’une erreur de l’incalculable, l’arrogance que porte ta suffisance a trahi ta peur de toi – même.

Tu as compté trois-mille-six-cent-secondes pour imposer ta raison et te voici à compter ton silence comme condamnation sur nous retournée seulement par toi sur ton verbe à raison de trois-mille-six-cent-cinquante jours éternels.

Feuilles de lumières


Le nez dans l’espérance, nous escaladons notre vie comme pour tenter d’approcher la plus haute feuille de la cime de l’arbre qui s’élance vers l’évidence de la lumière et le mystère des cieux.

On abandonne alors nos racines pour s’enfoncer dans le labyrinthe de toutes les impasses qui forgent la volonté des rêves des uns et parfois même celle du cauchemar des autres.

Qu’importe ! Traversant les saisons au terme de l’ascension, desséchées, toutes les feuilles jusqu’à la plus haute deviennent au fil du temps couverture des racines.

De tous les savoirs et de toutes les perspectives sur le monde, d’hier jusqu’à aujourd’hui, effondrés en spirale à mesure de la hauteur gagnée, il ne reste alors que les étoiles pour feuilles de lumière et pour caresses sur nos mains gravées.

Du cyprès


Sous la nuit qui se parcourt en ses pages de langage inscrit à l’encre noire de toutes les saisons, le cyprès est figé comme l’heure droite de l’éternité dont il parle en montrant le ciel, rigide comme la certitude et pourtant habillée d’espérance.

Son squelette, secret à tous les oiseaux, porte sa couleur éternelle.

Compagnon des fantômes d’hiver que les maigres jours effacent comme la mémoire efface les voix, et temoin des larmes d’été que les lumières de toutes les vies assechent, au bout de la route écrasée par le bavardage des pluies ou en mensonge des chaleurs comme pour faire, par l’eau parodiée, parjure à la mort, il nous dit par son feuillage, impénétrable au moindre gazouilli, ce qui reste de tous les endormis du cimetière qu’il garde : l’écho de leurs mots.

Lecture primordiale


Ce matin il semblait que toutes les larmes du monde soient restées prisonnières de ce qu’elles semblaient croire être leur liberté.

 

Toi aussi, parce que tu es aussi solide que l’histoire secrète pourtant érodée des pinacles de la mer, apprend à lire avec ton cœur pour soulager ton esprit de sa prison de raisons du monde !

 

Il a, par trop simple lecture de sa lumière, peur de son ombre fille de nuit que tu juges sans procès comme étant le néant.

 

Tu méprises alors la carte des étoiles qui mène aux rives mystérieuses de vie avec le sourire et tu attends ainsi, les joues mouillées et creusées comme falaises condamnées, le départ de l’ombre pour rien d’autre finalement que le retour du repos du jour qu’offrent les ombres.

 

Du haut de ta paroi promise à l’effroi de son propre vertige, comme en toute paroisse et en tout instant, l’éclat n’est primordial que selon le sens que tu lui donnes.