Langage de personne


Comme enduit de graisse de soleil

Sur notre peau pour couverture d’esprit

Ou bien blanche de poussière de lune

Sur notre peau pour couverture d’esprit

La pensée ne s’échange plus

Qu’au travers de l’artifice de chacun

Qui ne donne que le langage de

Personne.

Retenue


Puisqu’il ne restera que la matière de la vie

Pour mot couché en livre d’oubli

Drapé de poussière pour terre

J’en arrive à penser

Que ce qui permet d’être

S’oppose à ce qui anime,

Impalpable à toute chose

Jusqu’à la main

Qui retient en son geste

L’esprit.

Aporie


Le ciel s’est vêtu de son manteau de voyage

Pour regarder le monde

Tandis qu’il tire son rideau

Entretenant la vie

Sans peur de l’aporie

Qui nous pousse à la radicalité

Pour toute réponse satisfaisante

Pourtant jamais apaisante

Nous rendant aveugle

Sur la beauté mère de laideur.

Après


Tandis qu’il a plu

Dans le sommeil de la baignoire

Qui ne détient

Que la réserve

Encore propre de l’oubli,

Le vent souffle les miettes

De la mie du ciel

Etalées sur la nappe bleue

D’un souvenir de regard

D’un savoir de souvenir

D’une espérance de rien

D’un rien de miettes

En désordre de cuisine

Pour restes de sensations

Qu’après les avoir mangées,

Il faut ranger.

Eclosion de langage


Dans son bain d’attente,

Le ciel a noyé les couleurs du brasier matinal

Et la parole lointaine

D’une radio pour présence ne saurait les rendre.

Dans mon café brulant,

Mon rêve se noie comme un cri

Et le silence présent

D’une porte pour mon abandon saura le garder.

Dans la rue,

Les murs noient leur ennui de l’instant

Et le vacarme d’ici

Des voitures et des pas ne se parlent que pour eux.

Sur ma page,

Les tiges de mots poussent de la terre du matin

Et la parole des cieux

Cultive celle du monde pour tout comme pour rien.

Passer


A la porte des mots,

Le vent solitaire

Dont on ne sait le souffle originel

S’agrippe aux pages

Qu’il ne sait lire

Et ne finit que par passer.

Toi tu passes ton regard sur le livre

Et tu gardes son souffle

Tandis qu’il pousse ton élan

Que tu oublies

Et ne finit que par passer.

Sirop de voeu


Le monde n’a jamais cessé de tousser

Le vœu est un sirop qui de la bouche

Se perd en soi comme l’espoir sur le monde.

En silence, chaque nuit, telle chaque étoile,

C’est en silence qu’il prend la force pour tous

De se dire pour se vivre.

Langages


Les vents se soufflent dessus,

Les poussières d’ici sont déposées là-bas

Et leur ventre ne digère

Que la transparence de leurs mots trop bavards.

Parfois, ils se forment en tempête

Pour inutiles tangages et cohérent désastre.

 .

Pour se faire entendre

En faisant oublier

Leurs prétentieuses errances

Ils parlent d’un nord

Qui n’est qu’en leurs mots

Et qui ne sera pas.

 .

A force de souffler mes bavardages,

Je préfère aujourd’hui la brise de la poésie

Qui, sans dire qu’elle est jolie,

Se joint au silence

A qui elle laisse la parole

Pour tenter de mieux dire.

Gouttes de poème


En continent de voyage,

Traverse un ailleurs

Destiné au loin

Sur une page

Pour gouttes

De poème.

.

Il est si vaste

Que son eau jamais

Ne pourras épancher

Toute la soif d’une seule vie

Noyant le regret de celui qui écrit

Et qui dit celui de ceux qui reste assoiffé.

Sommeil du silence


La nuit se drapait de son nuage constant et de ses étoiles

Loin du givre qui au matin saluait le ciel

Avant de s’écouler vers sa couche

Et revenir chaque soir comme un rêve.

Aujourd’hui, les rues gardent l’espoir

Et le rêve rivalise avec la lumière

Et se dit en hurlant à la sortie de ses câbles

Et recouvrent les traces de mots

Que seule une oreille peut entendre.

Du drap de la nuit,

Il ne reste qu’un souvenir de silence qui s’endort.

Désir


Je désire que l’on s’offre un simple bouquet d’excuses

Pour que leurs graines s’élancent demain en poèmes

Arrosés d’encre séchée pour toujours

Et ancrer la distance du temps

Pour que nos feuilles ne se moquent plus du vent

Et qu’humblement nous comme tout soit essentiel

Tandis que rien, pas même l’hiver, ne soit important.

Lent réveil


Le soleil réveille l’éminente tour comme pour lui retirer sa couleur d’ombre et lui indiquer sa haute mission. Endormie elle se laisse caresser par la promesse de la lumière, dans son silence mystérieux pour robe de nuit.

 

Déçue par la promesse de la lune devenue comme elle simple nuage, la fumée blanche élancée d’une cheminée appui l’astre en son bavardage. Elle semble désormais prétexter de sa chaleur pour recevoir sa protection.

 

Les corbeaux donnent leurs ordres tandis que les pigeons semblent feindre un lent réveil.

 

Le temps d’un poème, pour seule réponse arrogante, les vitres noires renvoient un éclat du matin avant d’étaler enfin leur aiguille sur la ville.

 

La fumée blanche insignifiante semble déçue de n’être qu’un bruit de transparence. Elle semble se cacher derrière sa soumission ne gardant que des mots de superstitions.

 

Les corbeaux donnent encore leurs ordres et les pigeons acquiescent tandis que les hommes boivent toutes les plumes amères en lent réveil.

L’abandon


Comme si le sol de la mer

Etincelant en ses heures de crépuscule

Suffisait pour dire

Tandis que le poème cherche le do

Pour profondeur de mécanique

Qui ne trahit jamais le mystère.

Effleurer sans jamais se tremper

Parce qu’on t’a dit de ne pas te mouiller

Te rend aveugle

Sans le toucher qui permet de lire

Mais pire encore sont ceux

Qui tue l’enfant qu’ils sont

Après avoir pris le bain.

Bavardages d’hiver


Comme beaucoup en vains bavardages trop sérieux

Qui ont oublié les chemins de lumières et de pluies

Qui sans triomphe faisaient arc en ciel

Eblouissant les souvenirs d’enfance,

Les jours d’hiver ne viennent que pour surveiller

Que les rues ne soient pas endormies

Tandis qu’ils retournent vite au repos

De leurs ardeurs passées.

Sens du matin


Ce matin, j’ai eu une discussion avec la pluie.

Elle raconte toujours la même chose et n’a fait que passer.

 

Puis une tourterelle a déclamé sa prière.

Elle devait penser que son espérance faisait tourelle de son temps sur son souhait transparent comme le matin.

 

Rien n’avait de sens sinon que celui de l’instant.

Opportunisme


Face à la mer,

L’horizon étale sa poussière

Sur la traduction de nos regards

Et devient ce que nous en voulons.

Le vent n’est qu’une opportunité

Sur la traduction de nos peaux

Changeante à leur gré.

La barre oriente l’envie sur la proue

Sur la traduction de nos mains

Esclave d’une autre poigne.

Mais toujours en mer,

L’horizon étale sa poussière

Sur la traduction absurde de nos mots

Faisant de l’ami que ce que nous en voulons.

Hauteurs


La montagne est plus lourde la nuit.

Aucun oiseau ne dépose sur la lumière

Leurs chants qu’ils taisent

Lorsqu’ils passent comme des paillettes

Pour déchirer la poussière du jour

Sans jamais se prendre pour l’éclat.

Divan de l’instant, salon des songes,

Elle abreuve de son rire

Le bouquet de chants de mon regard

Que je lui offre dans ma seconde

Sans offenser la sienne

Légère comme son éternité.

Elle m’offre son silence

Qui n’a rien d’absolu

Et je pense aux hommes

Craignant la poussière

Qui écrivent avec des cris

Taillés et sculptés

Pour s’en faire lourdes gloires

Même en plein jour.

Patience


La montagne rend l’été qu’elle a gardé.

Les soleils de lait ont vieilli

Et sous le crépuscule de ses forêts

Les sources abandonnent les troupeaux.

.

Les siècles passés,

Débités et soigneusement entassés

Patientent à leur destiné

D’ensoleillement des foyers.

.

Bientôt pour discuter avec la lumière

La montagne va se figer,

Et sous les virgules de fumées

Le lait moulera la patience.

Nuit


Enfant, j’entendais la nuit.

Le hibou tirait sa ligne noire de vol

Sur la brise qui murmurait

Au silence son avenir.

Le jardin s’écriait pour dire

La peur de sa plume invisible

Et le murmure s’échappait au vent.

Depuis, je me souviens de la nuit.

Secrets des heures froides


L’heure est si froide

Qu’elle s’est endormie

A force d’attendre le jour.

Quelques pas traversent les rues,

Se pressant discrètement pour ne rien déranger.

Tout est prêt comme un secret que pourtant chacun sait.

Puis, venant border la nuit, le jour étire sa brume

Jusque dans celles des tasses et des bols

Dont on ne sait que la galaxie de silences

Que l’on tournoie comme pour réchauffer

L’heure encore trop froide

Qui s’éveille de nos rêves

Et dont il faut se couvrir.

Par nos mots


Le soleil vient d’ouvrir la porte de l’enfer

Et les étoiles ont jeté leur drap de nuit

Pour, comme chaque soir,

Offrir leur lueur d’espoir.

.

Demain n’est qu’aux antipodes de la saison,

Il est maintenant derrière l’horizon

Et les étoiles plient leur drap de nuit

Tandis que le soleil vient d’ouvrir la porte de l’enfer.

.

A chaque heure ses flammes

A chaque lieu sa ligne de poussière

A chacun sa brûlure d’être

Et la gerçure de ses souhaits.

.

Tandis que l’origine offre son écume

Sans sommeil et toujours en mystère

Nous sommes aveuglés par nos mots de trop

Comme prisonniers de nos horloges.

Humble éclat


Fabricant de vapeurs, sur la palette de ses couleurs aux nuances d’ombres, l’éclat du jour éclaire tous les instants sans abuser de son alphabet.

Puis, saluant le nuage de lune, le soleil épuisé s’allonge sur son lit d’eau et tire la couverture du mystère parée de perles, gardiennes scintillantes d’espoirs, pour se reposer de son art ardent.

Il est unique puisque l’ombre ne le suit jamais et silencieux comme la poussière qui dansent sur son chant, tandis que comme opulence de dorures sur moulures, nous ne savons rien faire du silence.

 

Alcool pour solitaire


La neige offre la discrétion de ses consonnes

Sur les toits qui écoutent comme une page de papier

Et le regard des fenêtres n’a plus que l’humilité

D’une pale lumière pour éclairer la prière

D’un printemps que l’on ne connait pas.

Aujourd’hui, Le soleil est un alcool pour solitaire.

Souffle d’oubli


Poussé par la peur du vent

Qui fuit la nuit

Les arbres en vain ne retiennent

Que quelques poussières

Qui n’ont que le mélange pour mémoire

Et quelques tourbillons pour raison.

Le temps se range, continue sa marche

Et regarde l’étouffement d’un instant

Avant de reprendre la ligne de son pas

Sur le chemin balayé

Par son souffle d’oubli.

Vigile


Vigile d’un temps qui ne sait rien de l’heure

Sinon que par l’éveil du jour que son plumage dévore,

Alors que ma pensée commence systématiquement par un point,

Un corbeau de sa voix enrouée par l’hiver d’hier,

Après avoir déployé ses ailes

Comme les horloges déploient leurs aiguilles,

Me dit avec force à faire taire tous les carillons

Qu’il est cinq heures.

La pendule, comme une virgule dans ma pensée,

Me murmure sept heures trente-deux.

Escalier des saisons


L’escalier des saisons

En toile et presqu’en étoile,

Avec leurs marches de l’oubli

Dont on ne sait si nous le gravissons

Ou si nous le descendons

Tant le pas qui suit le précédent

Et qui s’en appui

N’est que moyen sur objet,

Mots de poèmes,

Me ramène toujours

Aux mêmes étages.

Curiosité des jours


La curiosité du ciel

Éveille le jour

Qui, ébloui, cligne des yeux

Jusqu’à fermer

Celui qui veille nos sommeils

Et ouvre celui qui voit tout

Par heures passantes

Sauf les ombres qui se cachent

Comme la mienne à mes pieds

Et qui offre enfin au soleil comme à chacun

Les rêves de demain.

Ombre de poésie


Comme l’encre sur ma page,

L’arbre sombre des heures grandit

Sans jamais s’élever vers les cieux

Qui l’écrasent sur le tapis de ses racines

Puis, avec la fatigue du jour,

Il retourne en sa tombe que veillera la nuit

Avant de tenter à nouveau,

Pour faire fruit de ses branches de silence

Et tel un souvenir d’écho,

Une discussion avec demain.

Éruptif


Les mots surgissent de leur cratère

Et s’offre en sens multiples

A l’air éparse que chacun respire

Pour nourrir en invisible

Ce qui pourra à nouveau faire éclat.

.

Du lumineux et de la multitude

Au vivant présent de l’invisible à venir

Puisqu’aucun élan ne propose que sa chute,

Qu’en sa source comme en sa course, elle est imprévisible,

L’insulte ne nourrit pas l’ignorance.

Nuage de poésie


Un nuage passe avec ses doutes

Dont il néglige la corde sur le vent

Et s’offre sans cesse parce qu’éphémère

Avec sa route transparente

Avant de changer la poussière

En rivières miniatures

Sans leçon tant nos rues

Guident tous les pas

Sauf ceux de la poésie qui voit

La métamorphose d’un nuage

De ses doutes à ses gouttes.

Instants pour rien


Les heures en cendre de silence

Pendant que la minute rougeoie,

Que les secondes s’effilent vers le plafond

Qu’elles n’atteindront pas,

Grattent l’instant

Qui s’endort.

.

L’amertume n’a plus de goût

Mais elle apaise la patience

En faisant de son temps

Sa remise à zéro

Comme si allant dormir

J’allais enfin vieillir.

Rouge


Le soleil répand son sang

Sur les feuilles d’un vieux printemps

Et si chacun sait le rouge de la vie,

Il ne coule au soleil

Que telle feuille d’automne au vent

Et sinon que sous tempête de mots

Aussi vite passé qu’une averse de printemps

Lave les champs de bataille.

Nul n’en rougit.

Nouveau recueil de Barbara Auzou


C’est toujours avec un immense plaisir que je plonge dans le regard sur les instants que traverse et traduit en poésie Barbara Auzou que l’on retrouve sur WordPress mais aussi dans ses recueils. Je vous propose aujourd’hui ce lien pour découvrir son nouvel ouvrage.

Couleurs de souvenirs


Le ciel a gommé le nord

Pour peindre le sud

Avec la caresse glaciale

Inacceptable en la saison

De son pinceau ignorant

Et sa main de souvenirs

Sur la toile d’hiver

Et tolérable en cet instant

Aucun ventre n’est essentiel


A l‘heure où la chevauchée de nuages tire sa calèche chargée du
bouquet des adieux

Il n’est que souvenirs de fleurs de saisons déjà passées

Comme la page d’un poème qui t’entraîne vers le suivant,

Comme le repas qui questionne le prochain,

Comme le charme qui tire vers l’horizon à jamais inconnu.

Et quand les perles de silence apparaissent sur la virgule d’ombre
pour souffle de sommeil,

En paix, tu sais que pour le monde aucun ventre n’est essentiel.

Des mots parce qu’il faut


Pour ne pas sombrer dans l’oubli

La feuille salue chaque bourrasque de vent

Avec l’éclat de l’été pour souvenir.

.

Je la salue à mon tour

D’un sourire que je me destine

Pour la quiétude de son ignorance,

.

La quiétude de mon silence

Et l’équilibre de mon pas

Sous la pluie qui fait mes seules larmes.

.

Et sous nos manteaux de corbeau,

On en rit pour mettre enfin des mots

Juste parce qu’il faut.

L’invisible


Le soleil ne connait pas la pluie,

Et, sous la pluie, le regard n’a que son savoir.

Devant ou derrière les nuages,

Il n’y a que notre mystère

Dont le plus grand arpente les rues,

Et offre ses bavardages pour ignorer le silence.

Et pourtant, pour tout,

Avec l’exigence qu’impose le sommeil pour voir,

En ne donnant que des indices, l’invisible ondule.

Voix du matin


Au matin, mes gestes sont délicats

Pendant que dort encore le silence.

.

Le soleil va tirer mon rideau

Pendant que la cafetière bavarde

.

Avec mon miroir qui me regarde

Pendant que je sers le café.

.

La solitude me sourit

Pendant qu’elle s’éveille

.

Et me donne la voix des lettres

Tandis qu’elle prend deux sucres.