Des hauteurs


Photo Des Hauteurs

Photographie : Des hauteurs, Boris Sentenac, 2018 – Tous droits réservés

 

Réceptacle de poussière,
Les vents ne gonfleront rien de la façade lisse,
Ne feront aucune farine.
Même en clocher arrogant et muet
Aux vitres sombres de foi
Qui s’élèvent vers l’inaccessible ciel
Et lance son regard aux alentours
De toutes les fenêtres,
Qui, même au sein de leurs murs,
Retiennent leurs témoignages
De rires et de larmes sans écho,
Comme ce clocher arrogant et muet
Qui ne s’élève en témoin que des reflets.
En dépit de la différence de leurs natures,
Les silences ont tout de secret
Et rien de mystérieux.
Parlant tous de la réussite
Des vitres terreuses,
Toutes les lucarnes de tous les murs
Les regardent en murmurant à peine
Tous les échecs.

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Pluie


La pluie raconte son voyage
Et vernit les toits de Paris.

Le clapotis sur la journée
Qu’écoutent seuls les parapluies,

Comme s’égouttent transparents
Tous les souvenirs mystérieux

De chaque passant persuadé
À chaque pas pourtant pressé

D’être à l’abri de tous les temps
S’écoulant tels une frontière

Entre les larmes retenues
Et le silence de l’oubli,

S’enfuient sur le lit du trottoir
En toiles noires de corbeaux.

La pluie continue son voyage,
S’éclairent les toits de Paris.

Sensation paradoxale d’infini


levé de l’oubli en savoir sur le souvenir de mots qui s’efface à mesure que l’ombre se dessèche.

 

Ce soir sous la couverture de la rature noire du jour, suspendue aux étoiles, le sommeil fera sourire la lune. Son appétit d’une autre lumière dévorera tes maux jusqu’au

Réveil


La poussière de bruits de rues voisines s’envole jusqu’à mon regard.
Les hirondelles déchirent et recollent le ciel.
Furtivement, avec la discrétion de l’éternité,
Le temps ne franchit plus ma fenêtre :
Il s’imprime en blanc vaporeux sur le rêve ensoleillé,
Tandis que les ombres font l’alphabet de l’instant.

A mesure que les secondes étirent leur drap de sommeil,
La curiosité s’éveille lentement,
Soufflant comme la caresse d’une brise légère
Les restes du vacarme des paupières sourdes de la nuit.
Il s’efface en oubli vaporeux sur le monde illuminé
Tandis que les mots feront les ombres de la journée.

Peur


Quel rêve pourrais-tu faire, face à la statue de la peur ?

Sa pierre fait silence des couleurs, en chaleur étouffante d’été et raideur froide d’hiver, elle dévore le temps pour effacer l’espace et devient terreur : or heure de l’aurore, l’errance de ton aire heure happe l’heure et laisse alors la peur qui écrase les verbes en parlant de ta vie avec le langage de la mort

Ne serait-ce qu’un instant, même le vent se tait parfois. Comme s’il devait difficilement reprendre son souffle  pour ne jamais finir sourd ! De l’inconnu vers son mystère il méprise la pierre taillée en crainte pour polir le regard en respect, et lance sur tes membres aussi raides que le granit, ses lassos de tourbillons en soufflant, pour tout rêve : « là-bas… Là-bas… Vite, sauve toi ! »

Traversées n°87


Le numéro 87 de la revue Traversees est disponible. Dans ce numéro vous pourrez lire des poèmes de Barbara Auzou, que vous pouvez croiser aussi sur WordPress, et quelques poèmes de ma composition.

Bonne lecture.

https://revue-traversees.com/

Savant en croyance


Perdu et enfermé au milieu des hauts pics froids
L’œil de la terre tel cyclope,
Impassible, sombre et froid,
Regarde les cieux en son silence
Laissant les mots pour le vent.

Plus bas, en ponctuation de prairie,
Un peuplier se tient au garde à vous
Devant les souvenirs des montagnes
Fuyant vers la promesse de l’horizon
De mers encore lointaines.

Droit sur sa terre, planté vers le ciel
Comme une plume sur sa page en guise de ciel
Il semble orchestrer le chant des oiseaux
Qui racontent en chants ce que nul pourtant ne peut dire
Et les rires de la rivière qui se moquent des rochers

Qu’elles caressent en mémoires froides
Courant au rythme des mots éphémères
Et alors inaudible, venus de tous les vents
Formant croyance aveugle de tous les savoirs
De l’endroit et de l’instant.

L’arbre en veines complexes d’hiver,
Aveugle du haut regard comme du trait d’horizon
Se fait autorité de posture en bavardages perdus
Comme soufflés des monts et des flots,
Parlant alors tel le ressac en silence perdu de miroir de nuages.

Ce qu’il sait n’est pas ce qu’il est,
Il est ce qu’il ne croît pas être
Il tend à être ce qu’il ne sera jamais,
Et n’ayant que trop peur de n’être rien
Il parle de tout comme si de rien n’était.