Premier souvenir avec le devenir


Derrière la porte étroite qui saluait notre passage,
La grange qui n’existe plus gardait ses senteurs
Dont j’ai gardé quelques effluves
Dans un de mes vieux flacons de souvenirs.

Quelques pas plus loin, dans le jardin,
Nous étendions du silence
A la pleine lumière
Pour qu’elle ravive quelques couleurs.

L’évidence apparaissait tendue sur son fil
Tandis que du village une cloche pleurait
Troublant l’instant du devenir au vent
Et je demandai la tristesse du clocher.

Il s’agissait de la mort de mon arrière-arrière-grand-mère
Qui me prenait pour mon arrière-grand-père
Et son errance avait rejoint son passé
Tandis que j’apprenais la mienne à venir

Tout en voyant un papillon danser avec l’invisible
N’ayant d’avenir qu’à chaque battement d’ailes
Pour valider chaque fleur rencontrée
Comme je ne voyais que le miens par jour débutant.

Réminiscences


Plus haut que l’élan endormi des arbres
Comme l’écho de regards,
Des flocons d’étoiles
Comme autant de non-dits

Parsèment leurs espoirs sur la mort
Comme autant de jours impersonnels
Eparpillent les promesses pour enfants
Comme un silence défunt.

Souvenir 13


Je parle avec la nuit


Je parle avec la nuit qui a jeté un drap de jour

Sans qu’elle ne réponde

Que par la chaleur de mon souvenir essoufflé

Allongé sur mon sommeil

Et tandis que la ville fait taire les étoiles

L’instant ne dit de la mort

Qu’elle n’a jamais été aussi vivante.

Souvenir 12


Ombres


Sur un souvenir tant désiré qu’il en reste éclairé,
Pour ne rien voir de son néant, les œillères du jour parlent mal du silence de la nuit.

Alors que l’ombre de la main
Permet de lire les nuages hasardeux

En leurs formes sans que jamais elles ne soient ce que l’on en voit,
Comme chaque instant nouveau suivant le précédent,

La naïveté de ce qui est méconnu supplante le désir passé
Qu’à la nuit, d’évidents espoirs se lisent en de mystérieuses réalités.

Souvenir 11


Comme un poème


Tandis que je marche en suivant les mots offerts par le monde naïf de ce qu’il sait,

Sous un ciel bleu tel un rêve, et en un éclat d’instant,

La brise renverse la lumière contenue sur les feuilles vertes d’espoir.

De cette caresse, ce qui est attendu est ce qui se sait comme un poème.

Souvenir 10


L’essentiel

Eternellement éphémère


Quelques souvenirs surgissent sur le chemin comme cailloux de lumière sur lesquels butent quelques pas maladroits.

Ils ne semblent dès-lors que mener vers la couleur de la terre des cimetières.

Au loin, comme la parole trop lointaine des défunts,

L’arbre a la voix du vent comme on prête des mots à celui qui ne les a pas tout à fait dit.

Puis survient un instant de silence qu’un chant d’oiseau fait éclater

Et le regard le cherchant en vain, s’oriente à nouveau et simplement vers les mystères au loin devant.

Ici en tous sens n’est qu’éternellement éphémère.

Souvenir 9


Voyage de chaque jour


Le virage du réveil étire son bras,
Dessinant un chemin
Vers le voyage du ciel
Qui étire sa douce lumière
Sur les premiers pas
Pour ne franchir que des portes
Sans jamais sortir de soi.
Toujours en quête d’être ailleurs
Pour être maintenant,
Et lorsqu’on sort finalement
Sous la lumière du réel
Qui brûle nos rêves
Ou son reflet de la nuit
Qui scrute nos songes,
On n’est pour toujours qu’à hier.

Démonstrations de forces


Tandis qu’au loin le défilé traçait ses lignes droites en désignant son élan de principe de paix par sa propagande de crainte pour ses semblables lointains,

Devant ma fenètre, les hirondelles tracaient leurs courbes en désignant l’invisible qui les nourrissait en criant comme le bonheur sans prétention.

Souvenir 7


De ce monde


Sous la nuit à qui je n’ai plus rien à prendre,
Sinon que du retard,
je prépare la visite du matin
En rangeant le désordre des pensées de la veille.

Les poings du regard fermés
Sur mes souvenirs
Et face au silence de la fenêtre,
De ce monde je me sais

Bleu comme un rêve
Et mauve comme sa mort qui rode
Dans la brûlure qui nourrit,
Tel la lavande s’accroche à sa terre de misère.

La destination de l’instant


Photographie : Boris Sentenac, tous droits réservés.

Caressés par la brise
Qui s’offre sur ma paresse,
Passent quelques nuages
Chargés d’éclats et de mystères
Comme le temps de l’instant
Ne peut taire celui qui viendra.

Euphorique, je regarde passer
Ma quiétude suspendue
Et sans cesse renouvelée
Tandis qu’au fond de mes pupilles
Ma confiance s’endort
Au passage des ombres des vapeurs.

Il est temps d’abandonner
Les danses sur le songe du jour
Pour marcher sur l’instant
A préparer sans jamais oublier
Que même les nuages préparent
La pluie austère mais essentielle.

Souvenir 6


Le temps d’aller vite


J’ai pourtant
Le temps d’aller vite

Mais aussi changeant que mon rêve,
L’oubli l’emporte sur la vie du sommeil

Sitot que la pensée ne s’empare
Que d’un souvenir essentiel

Qu’à la minute de son envol déjà passé
Et déjà aussi déterminé que le vol d’une hirondelle.

En lendemains


            Vit père !

             Du lit, toujours en flux, haut, récent, l’heure tardive
s’étouffait indéfiniment de silence.

               En cet instant, avec son sourire pressé, sa tunique
fraise gourmande évoquait la dernière caresse à venir : genèse de
chérubins.

               Coule œuvre des mots…

               En lendemains, peu importe l’heure, plutôt qu’en
pigeons formant couples gris d’imperfections ne s’accoutumant pas de
l’harmonie des clochers, leurs manières ne se perpétuant qu’en force
de prières juste récitées sur leur caducée improvisé,

               Seul le poème a rencontré sa colombe blanche de
patience sise sur la Pierre d’Amour.

Vérité suffocante


Photographie : Boris Sentenac, tous droits réservés.

Les murs des granges et des maisons recevaient la vérité de la lumière qui semblaient vibrer aux cris des enfants qui s’inventaient leur monde qu’ils rendaient parfait.

Aujourd’hui la lumière de l’été écrase de sa vérité toute invention tel un mensonge même rendu naïf par croyance de confort.

Les couleurs saturent de lumière, et le sol tremble comme s’il cherchait à fuir.

Revenant du jeu enflamé de billets essentiels pour notre quotidien, du tunnel réchauffé de fatigues et de patiences, l’escalier dévoile la brulure sur le monde.

Alors ayant fait du jour la nuit dans nos vies comme en nos murs mais puisque le jour est double, dans l’ombre de son éclat on suffoque tout de même d’hier aujourd’hui.

Sans même un bonjour


Les bruits de la rue
Qui ne sont ceux de personne

Un à un se superposent
Et s’enfuient

Sans froisser mon ombre
Que je promène sans douleur

Sous l’évidence du jour
Et mes mystères

Et dans la cécité
De tous les pas croisés

Et la surdité de tous les regards enfuis
Qui ne font ni un jour maudit

Ni même un bon jour
Sinon que ce poème

Qui glisse aussi maintenant
Dans l’ombre de sa lumière

En m’offrant de sa fierté
Dans l’ombre de son humilité pour tous

Réussissant comme la rue
Son passage en l’oubli.

Constance abandonnée


La voix mouillée des toits fait taire les souvenirs du corbeau.

Soudain, entre deux de mes pas, une larme cachée, comme un rêve dans son sommeil rompu, tombe d’une feuille sur mon visage.

Et d’un rire à un nouveau pas, c’est maintenant que je m’apperçois que la persistance du ciel n’est que l’ombre de mon regard.

Mystères des regards


Photographie : Marion Gay, tous droits réservés.

Quelques poèmes regardent
La ville figée dans son ombre
Et sans rien trahir
Des élans de nécessaires
Et en coupant juste un instant
Le souffle du temps,
S’offrent le regard
Qu’espère chacun
Encore et toujours
Au sein de son haut mystère.

Souvenir 4


L’éveil de l’oubli


Le soleil tire la couverture de la nuit
Sur les poussières du jardin
Et les miettes de pain sur la table

Quand soudain
Une bourrasque refusant le sommeil
Souffle de rage sur le désordre de l’amour.

L’heure n’est plus au sommeil
Sinon que pour ce qui n’est plus
Et tandis que le vent s’en va

Je laisse au jardin
Ses poussières perdues
Et j’efface à coup de balai leurs souvenirs.

Tout est alors en ordre
Pour la quiétude de quelques rêves
Et l’éveil de l’oubli.

Sur tous les horizons


Ici loin des guerres, seule la pluie nettoie les rues de ses bavardages.

Le silence regarde par la fenêtre les ombres heureuses

Et nous reflechissons nos patiences en reflets d’images saturées

Ou en vapeurs de promesses d’instants

Qui ne jouent pas à la poussière d’ailleurs

Que pas même la nuit aussi noire que nos volets n’écrase

Au passage de la même lune sur tous les horizons, même ceux racontés

Comme nos rêves d’enfants qui satisfaisaient nos jours

Et qui ne se trouvent qu’en souvenirs moqués et en dieux qui n’ont que notre parole.

Pour voir


Photographie : Marion Gay, tous droits réservés.

Comme un ciel s’est posé sur le ciel
Nous avons bâtis des terres sur la terre
Pour y voir le ciel
Et nous ne voyons que la sueur des terres.

Toujours être pour être toujours


Ici,

Entre deux peurs
On murmure la prière
Pour être maintenant
Ce que l’on a
En oubliant le paradis
D’ici que l’on a
Pour toujours être.

Plus loin,

Entre deux colères
On crie la peur
Pour être maintenant
Ce que l’on veut
De la poussière d’un monde
D’ici que l’on a plus
Pour toujours être.

L’oubli


Il est pourtant trop tôt
Pour être déjà trop tard
Et je fais taire la fatigue
Pour trouver l’étincelle
D’un jour déjà endormi
Qui n’a rien dit
Entre deux métros
Et, inutilement
Pour ici comme ailleurs,
Je pense au bonheur
De vivre en paix
En écrivant l’oubli
A l’encre de tabac.

Au-delà de l’horizon


Photographie : Marion Gay, tous droits réservés

De la journée passée,
Il ne reste que quelques lumières allumées
Sur les corridors de l’horizon
Occupés que par quelques retardataires
Qui ne savent rien des étoiles
Des heures rêvées
Et de la poussière d’aurores
Que fabrique leur tour
Telles celles
Au-delà de leurs rêves d’horizon.

Souvenir 2


Forts


Dans l’enceinte de l’ordre au repos
Soudain, un fort vent contre le fort
S’empare de mes pages.

Mais son adjectif sur les poèmes
N’a pris aucun mots forts
Telles pierres taillées du fort.

D’une simple mouche


Soudain un mouche rature
L’instant par son bavardage
Qu’elle lance de tous côtés

Comme autant de paroles
Que j’ai pu entendre chaque jour
Et que me raconte leur souvenir

Avant de ressaisir mon reflet paisible
Et l’instant repoussé dans la poussière
Et comprendre en les époussetant

Que rien ne dégrade
Sinon que l’attention détournée
L’essentiel simplicité.

Secrets


Photographie : Marion Gay, tous droits réservés.

La lecture de la rue
Ordonne la patience sur le passage
Tandis qu’elle se garde
Le secret des nuages
Qu’elle donne au ciel

Comme mon horloge
M’ordonne la sagesse sur l’envie
Tandis qu’elle se garde
Le secret des silences
Qui ponctuent son éveil.

Diner du silence


Secrète et pourtant
Bavarde à chaque heure,
La cloche appelle
Au diner du silence.

Inutile de rentrer le vélo
Qui soulevait les poussières des chemins pour rien,
Il n’en reste que des souvenirs
Qui pédalent dans l’horloge perdue

Plus de barrique pour le vin
Et la télévision ne dit plus rien,
Il reste le ciel et ses pluies de couleurs
Sur la terre heureuse de solitude

A qui une cloche raconte
Ce qu’une autre racontait ailleurs
Avec quelques lauriers qui par l’absence
Emanent leur fumet en couronnes de leurres présents

Jardin du devenir


Le jardin que l’on cultive
Comme un paradis pour se dire
N’est que le cimetière paisible
De l’enfance embaumée.

Son cercueil bien trop grand
Trône au centre de ce qui se vit
Et ce qui s’en dit en quelques mots
Et souvent en silence, n’a pas de centre.

De mondes dans le monde
On refait le spectre des lumières
En chaleurs de rires
Et mystères d’ombres

Avant d’économiser les mots
Et ne sentir que les fleurs
De bonheurs discrets
Nés dans le lit de notre source.

L’ombre de l’écho


Photographie : Marion Gay, tous droits réservés.

Sous l’ombre de l’écho
Habillé comme un soleil,
Face au jardin des murs
Qui ont un rideau d’arbres
Pour oubli temporaire,

Je suis encore ton inconnu
Qui sait ton instant
Comme la pudeur
D’un ciel habillé
Pour ne pas dévoiler son rêve

Et je manque un pas de mon silence
Juste pour capturer
L’air de l’instant
Que j’habille d’un poème
En écho de flamme.

Sans rien dire je passerai devant
Pour te laisser mon regard
En offrande à tes mains
Comme on ne dit rien d’un amour
Que l’on sait déjà vain.

Aimer un rêve


Le bourgeon perce son mystère
Et aime un rêve
Puis se déplie pour se nourrir de brûlures
Et se fait au reste
Avant de se fondre dans son monde
Sans plus se reconnaitre
Et par le temps oublié des fruits
Etre reconnaissant
Pour s’être donné
Pour ce qu’il reste
D’aimer
Un rêve.

La rose


Ce que je sais de la terre
Est au bout des épines
Que sont mes doigts

Ce que je sais du ciel
Se reflète sur les pétales
Que sont mes yeux

Regardez-moi
Comme je lis mes poèmes
Que sont mes offrandes

Et gardez-vous
Quand le ciel se donne
Du vernis sur mon encre.

Le reflet du poème


Photographie : Armelle Rebischung, tous droits réservés.

J’ai lu le reflet du poème du ciel
Et tandis que la page se tourne

La lumière se cache comme un souvenir
S’offrant à l’ombre pour mieux se dire.

Vers un même soleil


Mes pas lisaient le jardin
Et adaptaient leur course
A la ponctuation rencontrée
De bosquets, d’arbres et d’étangs
Pour marquer à leur tour
Leur silence passé des temps
Soutenus à hauteur, imaginé en leur hauteur
Par mon regard d’hier
Et que je contemple au loin maintenant
Tandis que le jardin scrute toujours,
Sans jamais rien dire sur les hauts bavardages
Voulus ou non, incessants et subis,
Le même soleil.

Au bord du temps


Photographie : Bertrand Caillard, tous droits réservés

Pour n’avoir que du sens
Le ciel déchire la nostalgie
Comme par sage savoir sur les colères
Qui font mon regard en l’instant

Des printemps sur l’hiver
Pour offrir les printemps
De la flamme qui attend
Au bord du temps.

Gouttes de poèmes


Le silence s’élève vers la lumière
Pour s’étaler en rideaux pris au vent

Avant de retomber en gouttes de poèmes
Sur la fenêtre face à mon jardin

Page de mon regard
Etalée comme quelques mots éveillés.

Voyage de poèmes


De vagues en vagues
La mer dépose ses poèmes
Qui finissent sous le jour
Insondables comme les grains de sable
Qu’on ne lit sous nos pas
Qu’en l’oubli de chacun.

Plus loin que les vagues
L’horizon trace son mensonge
D’aussi loin que mon origine perdue
Et, étalant la fatigue de leur fuite,
Les vagues finissent en écume
Avant de disparaitre qu’en l’oubli de chacune.

De vagues en vagues
Le temps est nettoyé
De poèmes en poèmes
Que boit le sable asséché par le soleil
Sous les injures des mouettes
Pour souvenirs de la rumeur du monde.

La porte du rêve


Photographie : Mathilde Caillard, tous droits réservés.

Je suis à nouveau un enfant
Mais avec beaucoup trop de souvenirs
Pour croire savoir
Et espérer sur ce qui s’est retiré
Comme le sommeil épuisé
Cédant à offrir la surprise d’un jour.

Pourtant,

Le rêve a laissé sa lourde porte entrouverte
Ne laissant s’échapper
De ses mystères qui nous font
Que sa brise sur la lumière
Comme une caresse
Sans ombre sur la pensée.

Imperceptible


Le jour s’est effacé
Comme une pensée
Pour laquelle il ne reste
Que quelques souvenirs scintillants
Et va,
Imperceptiblement,
Vers le jour.