Les enfants de l’orage


L’orage arrivait. La chaleur oppressante devenait oppressée et chacun se faisait pressé de l’eau.

Les enfants circulant avec leurs bicyclettes semblaient annoncer dans leurs cris enthousiastes la nouvelle d’un bonheur dévastateur.

Manquant de se renverser entre – eux, comme si l’orage libérateur allait aussi être la mort d’un soleil prétentieux égal à une dictature dégoulinante de l’insupportable source de vie, les héritiers du ciel ne reconnaissent plus leur joie de leur colère.

Dans cette excitation mourante sitôt que chacun se sent libéré d’avoir été, il reste que, quand même, il pleut beaucoup trop !

Au fond, ce qui compte n’est que le moment juste avant l’obtention de ce qui fait l’espoir. Sitôt passé, la normalité revient glissant vers son désespérant désaveu.

Nuit du réveil


Douce nuit du réveil en se sentant traversé par ce qui semble être le fantôme du monde et ressentir sa chaleur de soleil improbable dont la lumière suave ne connaitrait pas d’ombre…

L’éclat toujours partagé dans ce cosmos d’amour, file en transparence ronde et éblouissante pour qui le capture jusqu’à la culpabilité qui se fait horizon trop facile, nourri des misères et des peurs pour finir par n’être alors qu’un langage pareil à celui des cimetières et de leurs occupants à venir : fuyant et à la seule misérable force du convenable convenu. Ainsi finir lamentablement comme con sensuel.

Matin utilement vaillant (comme la lune qui brille par son absence !) qui s’écrase lourdement comme une ombre sur la chaise semblable à un plongeoir d’où les regards sans promesse sautent et se noient dans la tasse de nuit amère, brulante et subtilement sucrée : scalp de la nuit du réveil…

Perspective filante


Séparés par le rempart du reflet muet des vitres fumées, se gardant à leur départ les sourires de larmes que la dignité retient parfois, les bras tendus lancent du vide qui s’accroche vainement et pourtant si fortement vers ce qui file dès lors vers d’autres bras aux sourires dont on veut croire qu’ils refusent déjà la fin en son début de la trêve de l’absence, comme une prière qui s’étendrait nonchalamment depuis toujours et à jamais. A l’instant obligé par le sifflet strident et le claquement des portières, l’échelon étroit de la longue voiture à la perspective évidente semble narguer le quai.

C’est ainsi que part le train bondé de joies, de colères et d’espoirs déçus qu’on tente de faire survivre dans un silence de politesse. Il part vers le crépuscule figé depuis le dernier retour en s’arrachant d’une moitié de vérité, qui s’abandonnera avec l’indolence furtive des nombreuses prairies insignifiantes et traversées avec ennui, pour faire place à son autre moitié aussi criante de mensonges d’origine éparpillée en gâchis que la sirène qui s’écrase sur la carcasse qui nous sert de reposoir, venue de là-bas et nous croisant, nous rappelle alors violemment.

Le train roule alors très vite comme pour rattraper les années perdues vers les mêmes étoiles qu’en gare de départ, criantes de l’inutilité d’un partage de bonheur convenu et ainsi habillé de la banalité de la futile communication savante, comme moqueuse de l’essentiel, de l’absence et du lointain.

Les larmes restées sèches s’oublient dès le bonjour devenu flétri et pourtant rare des bras tendus vers l’invisible éclaté dès lors que notre pied foule l’échelon étroit de la longue voiture qui a perdu sa perspective dans son évidence, et qui semble narguer les sourires aux temps depuis toujours et à jamais pressés…

D’été


Midi d’été : vagues d’ombres et de lumières sur les couleurs de la nappe festive. Comme pour évider ta pierre caressée par la brise essoufflée, l’hypnose des nuances de la chaleur et des bouteilles à vider te cache, comme un arbre, ta forêt de pudeur aux zébrures mauves des nuits aux réminiscences salutairement inapaisées de soleil.

Minuit d’été : au rythme vert et improbable d’un désert scintillant de vie en vagues de vent, le mystère de ta vérité t’accompagnera vers le désespoir d’une éternité arrangée qui fera de ton essentiel ta propre perte.

Alors, midi reviendra d’avoir été…

Rengaine de vie


Rengaine de piano, en écho des spasmes de rivières, qui accompagne les cendres grises voletantes par le galop de la mort dont le chanfrein éclatant ne reflète qu’en mots muets des paroles aux sourires désormais figés.

Il ne reste que la caresse du vent dans les jardins colorés par les jacinthes qui s’endorment chaque soir sous les larmes retenues des espoirs.

Il reste l’essentiel qui te conte crescendo ta patience imposée en silence rinforzando.

Journée


Le soleil s’est déjà levé alors que tes yeux semblent encore sous l’isoloir drapé des choix étoilés.

La vérité te quitte alors pour faire place aux idées rondes comme la terre mais plates comme un pauvre sou.

Mais tu sais que loin du matin frais au parfum de savon, pareil à la promesse irréprochable du jour et pourtant vaine, les étoiles te caresseront de tes vérités comme un souffle venu d’ailleurs sur ton dos et ta nuque tant aimés.

Parle moi


Parle moi de tes cyprès qui se gardent leur jardin

Des corbeaux qu’ils renvoient malgré eux

Au devant des larges lucarnes

Qu’un maigre tison ne sait pas faire chanter

Comme le faisait ce soleil  des chaleurs d’antan

Qui s’était écoulé sur le bec du merle.

Parle moi de ces chants des champs qui se cachaient

Derrière les couleurs chatoyantes des abeilles.

Parle moi de ce fils des senteurs qui ne sait plus

Que l’odeur froide et amère de la mort

Qui s’effile comme l’espoir en fumée bleue.

Parle moi de ce qui ne sera pas

Pour ne pas parler de ce qui ne sera plus

Comme d’un temps méprisé devenu juste perdu ;

De ces gains qui courent à l’échec de l’essentiel

Te rappelant à ta pitance enracinée

Près des cyprès de ta conscience et de l’oubli.

Parle moi comme tu parles au vent.