Envolé


Les arbres patientent de saisons en saisons jusqu’à faire indienne leur longue file. Ici, au détour d’un regard, l’un dans l’ombre de l’autre crache la flamme d’automne.

 

Soudain une rafale, venue de devant, tire les feuilles comme on tirait les oreilles d’un enfant jusque devant sa bêtise. Les feuilles virevoltent et s’envolent loin dans l’oubli, loin derrière l’aiguille que je fais de mon temps comme tous solitaires avançant dans le vent ne saisissant, silencieux aux oreilles froides, rien du présent.

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La couleur de l’éternité


Un soir d’hiver, de ces maisons robustes faites de briques et de pluies, la lumière timide, derrière les larmes pudiques des fenêtres comme rideau des ombres chaudes ainsi rassemblées et qui circulaient en un mystérieux menuet pour le passant que j’étais, s’étirait dans les heures de sommeil déjà couché dans les rues aux rêves gardés par les lampadaires qui formaient les mots brillants des trottoirs imperturbables aux passages, pressés de rentrer par vagues de bus et de trains, des longs manteaux lourds de la journée qui semblait s’accrocher à leurs épaules et qui se laissait traîner jusqu’à l’oubli d’un placard à la pendaison par cintre.

 

La lune observait…

 

Le reflet blanc des jours d’ailleurs a déposé sa poussière figeant le matin en pureté comme pour en faire l’éternité. Paillettes froides comme la mort, avant même le souffle de la lumière, le bruit des certitudes de la ville rappelle à la lune qu’elle n’a de lumière qui ne fasse rien de son vœu. L’éternité ne peut se revêtir comme jeune mariée. Uniforme, englobant la vie donnant sens au temps, l’éternité est noire comme l’encre du poète qui donne sens à la pureté du non – sens immaculé.

 

La couleur de l’éternité est égale à celle de la pureté dès lors que tout bavardage s’évapore. Au monde, il lui reste les couleurs respirant le souffle de la virgule au milieu du néant.

Universalité


Comme celui du jour sur le trottoir, parce que tous fruits uniques des terres d’horizons de sable ou de forets luxuriantes, de glaces ancestrales qu’emporte en souvenir leur vent ou portés par la colère des flots perdus des océans, tous les nuages, pourtant innombrables, ont la même destiné.

Chaque pluie se vit selon ce qui fait l’instant. Et de nous dessous comme en reflet brillant par leur don, tombent en bruits réguliers les bavardages sur toi, sur moi, sur eux, et il m’apparaît que l’universalité d’un propos ne tient pas en la réponse mais, si elle est honnête, en sa question.

Retour tardif


Paris, le 13 novembre 2016. 

Pas encore au matin et déjà plus dans la nuit.

Tard dans le silence des autres si fort qù’il fait les contours de nos bruits, nous marchons en découpant la brise, en écrasant les larmes abandonnées des trottoirs et en bravant le sommeil de l’automne jusqu’à la place, aujourd’hui des chants, hier des cris de révoltes.

Là, pourtant loin des révolutions des cieux et des hommes, nous abandonnant à la fatigue, nous attendons l’heure des premiers insectes de fer amis de nos terres.

La joie s’étire de l’instant passé jusque dans l’inconnu à venir. Le présent, en cette illusion, vient de naître comme pour parer au bonheur du moment flânant qui rend pour l’heure, d’un rien qui fait tout, nos rêves impossibles.

Futilités perdues pour d’autres présents juste dans nos savoirs soumis qui s’expriment silencieux face à la croyance folle inscrite dans le souvenir du jour.

Je songe alors, plus forte encore que le temps, à la nécessité des hommes à qui il faut presque toujours un drame pour chaque réussite…

D’un crépuscule


La nuit s’effondre avec ses étoiles sur les trottoirs de la ville.

Labyrinthe connu, mes pas à la maîtrise ancestrale marche sur le mystère qui s’est allongé sur les lumières braillardes, rivales prétentieuses et aveuglantes sur les belles et vastes silencieuses.

Cependant, le pire est toujours pour demain et ainsi le meilleur se tente dès maintenant.

Depuis les quais


Depuis les quais, Photographie : Margot Roisin, droits réservés.

Depuis les quais, photographie : Margot Roisin, droits réservés.

 

Au loin le pont des arts élance son pas sur le fleuve que surveille l’Académie. La seine fait de l’espace, du temps comme éternellement.

 

Parfois chatouillée par les bateaux qui vont et viennent pour n’aller que nulle part, elle croise tous les bavardages en échange de son silence.

 

Elle caresse à son tour l’histoire qu’habillent les mouvements futiles inconnus et identiques cherchant à leur tour leur propre temps dans l’espace en courses rapides tombant d’instant en instant dans l’oubli statique.

 

Sur les quais, les bouleaux, saignés par les promesses, caressent de toutes leurs mains la brise qui se promène en s’engouffrant dans toutes les rues et qui s’affaire, à tous les étages, à l’indiscrétion de son regard n’offrant que sa transparence pour la nôtre.

 

Quelques pigeons se pressent à saluer toutes les chaussures nettoyant assurément le verni aujourd’hui endormi des pavés et des allées.

 

Au soir, ils s’endorment sur les hautes pierres des espoirs des hommes, comme réglés pareils à une horloge dont ils n’entendent le sens des carillons.

 

Pour le moment, les ombres des arbres discutent de la nuit à venir qu’elles vénèrent comme une déesse en se prosternant face à la lumière, tandis que leur sommeil ne rêve plus depuis que les lumières de la ville sont ses étoiles.

 

La ville fait commun l’étrangeté de chaque élément qui la compose venus d’ici et d’ailleurs et faisant ce qu’ils sont. Les regards éteints ne peuvent être que ceux qui ont oublié d’être ou bien ceux qui se font autruche par peur du regard, comme unifié pourtant en chacun essentiellement inexistant, de tous sur tous. L’ensemble se fait de chaque particule et le sachant et ainsi l’appréciant, il n’est plus de jugement qui ne peut faire de chacun que des guerriers qui livrent bataille contre eux – même.

 

Juger le bonheur des uns ramène quiconque dans ce chant à condamner le sien. Le bonheur à besoin de se dire pour être. Comme la spontanéité ne se réclame pas sans qu’elle se perde, pour tous et en tous les temps, et plutôt que de faire fruit pourri le monde comme ver en son sucre, la liberté, essence de toutes les satisfactions, pour être véritablement ne se reçoit pas, elle se prend.

Déni de lumière


Sous la lumière franche du matin,

Le monde par ma lucarne se couvre

Du déni pour croire profiter du repos.

 

L’eau s’est fait mur

Comme mensonge du réel

Reniement pour rêve de la vérité.

 

Le zénith sans rien souffler et

En silence saillant de transparence

Sait libérer toutes les fenêtres.