Rue de la mémoire


Chaque goutte de pluie est comme une fraction d’éternité qui s’étale sur le trottoir de la mémoire.

La rigole s’abreuve de l’oubli tandis que le bitume brille pour mes pas destinés à trouver autre lumière que celle de sa rue.

En corbeau de prairie je chasse, immuable et sans distinction, les nombreux pigeons et les rares colombes.

Et dans les égouts, mon enfance rit encore en sautant dans quelques flaques d’erreurs englouties.

De l’eau et de la lumière il me reste en poche quelques mots gentils pour quelques soleils en verres.

Je sais la banalité qu’hier n’est plus et que rien n’est certain pour demain sinon que l’espoir d’un éclat encore obscur.

Rien n’est grave puisque tout peut l’être et puisque savoir ne suffit pas, puisque rien n’existe sans son contraire,

En traversant la rue, chaque goutte de pluie est comme une fraction d’étoile qui s’étale sur le trottoir de la mémoire.

Sourire à la solitude


L’habitude s’est endormie
Dans les draps plats
Que mes rêves vont élever en collines
Me faisant dieu de néant.
Singeant l’absolu :
Ici au pied du relief
Comme au col où souffle mon sommeil,
Il reste que je ne suis pas
Ici et ailleurs à la fois.
Accroché à mes lèvres,
Puis s’étalant à son tour,
L’oubli s’endort
Dans les bras de cette compagne
Et c’est ainsi qu’il est agréable
De sourire à la solitude.

Retombée répétée


Les mots secs s’étalent sur la page blanche que la brise soulève comme pour tenter d’éveiller de la nuit le souvenir sur le devenir.

 

Le temps déposera les eaux de son abandon sur la page gondolée que la poussière recouvrira comme pour tenter de compter les jours du souvenir sur le devenir.

 

L’oubli sera le ruban gris et son nœud sera son seul mot qu’il prononcera comme pour tenter d’étaler sa couverture transparente sur le souvenir sec craqué.

 

Et durant tout ce temps,

Ton silence ne sera

Que mensonge éternel passé.

L’oubli de la vie


 

Comme chaque jour, tel celui d’hier dont on sait sans y penser qu’il est aussi pareil à demain, le soleil est déjà haut et convenable pour la saison lorsque sort le chien dans le jardin. Dans sa gueule, il ramasse une feuille qui n’a plus que la couleur de l’oubli. Subsiste l’instinct de chasse et l’orgueil ignorant de sa raison du trophée en langage grogné de rien tandis que mémère le gronde comme elle a grondé sa propre vie. Sous la lumière franche de l’été, ici où même les abeilles sont devenues silence, le chien aussi n’est plus qu’un jouet encombrant.

Mots oubliés pour maux interdits


L’oubli est une obligation pour s’éviter l’interdit,

Un sommeil qui oublie qu’aucun ciel n’est vide.

Lit de nuages lisant les étoiles, soleil sur miroir de lune,

Sur la chaleur d’hier, la lumière de demain

Se raconte en brise légère en guise du souffle perdu.

Demain, sous le parapluie d’ombre,

En un sourire suant le soleil,

On dira aimer l’heure pénible pour ne pas la pleurer

Epongeant vainement tous nos mots oubliés

Essentiels au labeur d’amour et de liberté.

L’oubli du rêve


dessin Etéri

Dessin : Eteri Ramani (tous droits réservés)

Ton rêve délavé

S’échappe une ultime fois

Et tu tentes de le retenir

En ton dernier sourire.

*

Il te parle d’hier

Tandis que, vaporeux,

Il s’échappe enfin

Vers son éternité

Pourtant tant redouté.

*

Dernière caresse,

Ton sommeil recouvert

De toute la quiétude

De l’oubli pour l’espoir

Sera le souvenir

Qui te fera sourire.

*

Demain, céruléens,

Les cieux t’arracheront

À l’unique horizon.

Réveil


La poussière de bruits de rues voisines s’envole jusqu’à mon regard.
Les hirondelles déchirent et recollent le ciel.
Furtivement, avec la discrétion de l’éternité,
Le temps ne franchit plus ma fenêtre :
Il s’imprime en blanc vaporeux sur le rêve ensoleillé,
Tandis que les ombres font l’alphabet de l’instant.

A mesure que les secondes étirent leur drap de sommeil,
La curiosité s’éveille lentement,
Soufflant comme la caresse d’une brise légère
Les restes du vacarme des paupières sourdes de la nuit.
Il s’efface en oubli vaporeux sur le monde illuminé
Tandis que les mots feront les ombres de la journée.