L’oubli du rêve


dessin Etéri

Dessin : Eteri Ramani (tous droits réservés)

Ton rêve délavé

S’échappe une ultime fois

Et tu tentes de le retenir

En ton dernier sourire.

*

Il te parle d’hier

Tandis que, vaporeux,

Il s’échappe enfin

Vers son éternité

Pourtant tant redouté.

*

Dernière caresse,

Ton sommeil recouvert

De toute la quiétude

De l’oubli pour l’espoir

Sera le souvenir

Qui te fera sourire.

*

Demain, céruléens,

Les cieux t’arracheront

À l’unique horizon.

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Réveil


La poussière de bruits de rues voisines s’envole jusqu’à mon regard.
Les hirondelles déchirent et recollent le ciel.
Furtivement, avec la discrétion de l’éternité,
Le temps ne franchit plus ma fenêtre :
Il s’imprime en blanc vaporeux sur le rêve ensoleillé,
Tandis que les ombres font l’alphabet de l’instant.

A mesure que les secondes étirent leur drap de sommeil,
La curiosité s’éveille lentement,
Soufflant comme la caresse d’une brise légère
Les restes du vacarme des paupières sourdes de la nuit.
Il s’efface en oubli vaporeux sur le monde illuminé
Tandis que les mots feront les ombres de la journée.

La vie par la parole


Autour, les vagues
Parlent dans tous les sens.

Tu ne vois plus la plage
Et la brise dans ta voile

N’agrippe pas son souvenir
Tandis que l’horizon, lui,

Reste muet et ta raison
Ne peut rien dire d’autre

Que toutes tes secondes,
Passées et à venir,

Sont moins nombreuses
Que toutes les danseuses

Qui dirigent la farandole
De ton voyage.

Tu sais qu’il y a des étoiles
Que tu ne connais pas

Et tu ne sais pas, s’il en est un,
Leur langage blafard.

Tu continues de te méfier
Des reflets sur l’eau

Et des poissons brillants de soleil
Sur leurs écailles de nuages.

Gouffre évident d’oubli,
Et mystère navigable :

Ta vie par la parole
Ne cesse de voguer

En désert de vagues
Sous carte intouchable.

LumièreS


La nuit dévore la lumière.
Le jour est un oubli
Comme une erreur,
Un secret de la transparence
Qui se dit en mensonge,
Involontaire et admis,
Créant la confiance
Sur le monde,
Mieux qu’un réverbère,
Et les dieux dans les cieux
Obscurs comme la nuit.

Pluie


Il a plu, beaucoup.

Les nuages chargés des mots

De tous les horizons visités

Ont abandonné de leurs bagages

Qui, s’ils tentaient d’abreuver les terres,

Ne semblaient plus faire vapeur essentielle

En guise de leurs corps et

Se sont fait leurs pleurs qui

Se sont écoulés finalement

En rigoles : lit propre

De l’oubli de gâchis.

D’un temps


Larmes en nombre d’étoiles,

Pour condamnés en nombre d’un monde,

Dans la brise qu’elles ont caressée,

Après un dernier adieu,

Sous les pleurs de quel dieu

Avare de couleurs,

Sinon que celui d’un temps

De tout temps fait de l’oubli,

Les mains voleuses de lumière,

Jonchent – elles le sol ?

Quotidien


 

Au loin, dans le matin froid, la montagne Sainte Victoire fumante de ses rêves joue sagement à cache – cache avec les collines vertes qui glissent dans le quotidien terne et presque transparent du passé drapé d’habitudes linéaires que chantent en monotonie majeure toutes les minutes des trente cinq du bus au sens des heures à pointer.

 

Dans le néant du soir d’hiver, me voici conscient de la langueur obligée passée et dans le déni de la fugacité de l’essentiel simple à venir. La monotonie est alors virgule des temps. No man’s land comme enfance aveugle sur les minutes qui ressemblent aux heures.

 

L’oubli se coince pincé dans l’empreinte, comme la route, entre les reliefs du matin et ton sourire du soir. Le temps n’est rien.