Plage au crepuscule


Tapis du vent qui se plisse sous ses pas comme la menace protégeant ses secrets, l’océan englouti tout jusqu’à l’oubli.

Quelques mouettes voleuses se moquent des dieux des mers en injuriant la parole des saisons.

Le repos se chante en joie de galets caressés par l’écume. Le ressac est intemporel. L’origine est l’empreinte de demain.

Bonheur de demain


La plage peut bien se dissocier de la mer,
Le langage restera sur le ciel
Qui donne la couleur à ce qui embrasse la terre.

De la haut l’unité ne réclame rien.
Son rêve n’est que le bonheur
En souvenir d’un plus ancien.

Simple et juste offert en silence,
Il s’est fait pur de sa vie
Sans tonner sur ton nouveau chant.

Apaise-toi désormais,
Ce regard serein peut accueillir ta promesse
Et même tes prières, si tu y tiens,

Puisque même loin,
Nos yeux reflètent les éclats,
Toujours à partager, des mêmes étoiles.

J’abandonne les sensations
Pour ne garder que l’émotion
Qui se souvient des lunes passées et la force d’Antares.

Nul corbeau croassant en mort d’étoile
Ne sera capable d’insulter nos souvenirs
Et ne sera jamais fossoyeur de notre bonheur.

Forts et libres, ne craignant aucun vertige de poussière,
Nous voici au-devant d’un nouveau chemin d’aèdes
Que nous sommes et qui savent

Qu’en chaque foyer, établi ou improvisé
C’est fenêtre ouverte sur le monde
Qu’entre tous les espoirs.

Lumière de poésie


Ce matin le soleil s’exprimait avec l’accent du printemps.

Il chuchotait le jour comme s’il voulait bercer la nuit
Pour conjurer ses cauchemars en rêves.
Le trottoir, reluisant de ses réminiscences,
Guidait les pas rapides vers les lumières de la ville.

Sans sourire et semblant déjà porter le poids de la journée,
Les passants le piétinaient de leurs secrets.
Puis, l’astre s’est alors habillé d’hiver et seul,
Comme après avoir lu un doux poème,

J’ai continué de sourire à la lumière.

Piège de paillettes


La poésie s’était prise en mon piège
D’un filet d’illusions pareilles à des paillettes,
Brillantes par dépendance de leurs lumières
Bruyantes et chatoyantes de couleurs de désillusions.

Un silence bien plus profond des larmes d’étoiles l’a délivré
Et leurs souffles scintillants se sont fait chants
Et chaleurs en soirées artistes
Réveillant la paix des mots.

De la sensation intense et gourmande
A l’émotion sage et profonde,
Dissociées et sans que rien ne soit oublié à vivre,
Devenu tel un hamac, le piège n’est plus.

Sérénité


Les rêves s’envolent vers le phare de tous les sommeils
Qui, borgne aujourd’hui, souriait à nos regards distants.
Il n’est pas encore de savoir ni de promesse pour ce jour.
Le soleil au travers des volets étale sa dentelle de silence
et, caressant le mur, s’étire lentement en sourire
Saluant la sérénité de ma solitude.

Escales (poème)


Enfin je franchis la porte. Celle qui détient le regard que tu avais depuis la fenêtre de ta chambre vers cet horizon que je t’avais prédit, il y a longtemps, sur les quais de Paris. Il est aujourd’hui en haut de l’escalier. Je franchis les premières marches qui me portent toujours comme un sourire d’enfant, en notre poésie sans promesse et qui parle de la nudité envoutante de nos êtres, de l’intime en toute heure, de tous les lits impatients que nous avons dévorés et des heures innombrables de paroles. On finissait par se remercier d’être.

Je croise la fenêtre intermédiaire en me fichant du monde qu’elle occulte. Première escale, mon souffle bleu est pareil au ciel de la ville lointaine de mer et de soleil qui détient notre emprunte en chacune de ses rues. L’heure n’est plus aux secrets ni aux batailles de notre amour. Il n’en reste que la rampe inutile à mes pas. Ce sont les marches qui montent avec moi. Je nous sais aimés.

La deuxième fenêtre intermédiaire parle des foyers surplombant les jardinets sans rien dire des escales qui les ont menés jusqu’ici. Au cours de l’un de nos transits, la face cachée de la lune dévorait de ses mélodies les kilomètres partagés tandis que s’écoulait ma mort certaine sur tes joues. La douleur d’amour parlait du bonheur étiré sur quarante années. Il est là – haut. La promesse est l’espoir. L’escalier est le marche pied de notre train bleu.

Ailleurs, nous insultions tes retours en trains gris. Nos sourires sont depuis toujours les remparts de nos larmes. Et quand je venais à mon tour voir nos empruntes pour que nous en déposions d’innombrables autres, ni les paquebots ni le vent sur les plages ne nous dérobaient. La troisième fenêtre me montre l’orgueil des hommes sur le ciel. Je fais escale en nos paroles riches sur notre pitance enfin déchue.

Et je monte vers le sourire de tout ce que détiennent nos poèmes : le grain de ta peau, l’éclat de ton regard, et nos paroles assurées qui n’ont plus besoin de promesses. Libres, nous n’avons plus qu’à voyager en notre train partis il y a longtemps pour le plus beau rêve à vivre. J’ouvre notre porte.

Mais tu es partie.

Je ferme ma porte. Les marches sont muettes. Sans poussière elles portent la nuit du matin qui n’a des étoiles qu’un souvenir de liberté. Laquelle n’ai-je pas croisée ? Laquelle ai-je en trop d’empressement oubliée ? Je croise la fenêtre qui ne montre que les ténèbres que je ne peux que savoir disparaître dans le bruit. Il n’y a plus de parole. Tu te réjouissais de tous les mots présents et à venir. Il n’est même plus de bonjour.

La rampe ne dit pas de l’escalier qu’il est bancal. Elle est à ma démarche comme l’appui silencieux du monde. Le silence est mon escale. Celui du jour en erreur à celui d’hier. Le temps est un oubli. Je crains celui à venir en voyant par la fenêtre de l’escalier que la tour du monde qui s’élève comme le faisait notre amour a disparue. Langage du monde sur mon langage, je descends vers l’escale des souvenirs.

Ces moments de rien pour tout, étaient le relief de l’essentiel. En toute gare prise par la vie, on s’attendait parce qu’on se vivait. Nos paroles puissantes se couchaient sur ces instants. Mais nos paroles sont devenues fortes de mauvais vins et se sont envolées en un mauvais vent. Je descends comme s’il fallait aller en nos fondations. Vestiges solides, nous nous sommes élevés sur nos êtres avant de nous bâtir sur nos corps. Je ne sais pas ce que dit la fenêtre.

Aucune marche n’a jamais été infranchissable. Sur laquelle nos pas sont-ils restés muets ? Sur laquelle n’avons-nous pas souri à nos devenirs ? Sur laquelle es-tu resté figée sur nos souvenirs ? Le tabou s’est instauré en silence. Il a revêtu la parure terne de l’interdit tandis que s’il n’est pas de poussière dans l’escalier, je sais alors que par notre négligence, elle a entravé l’éclat de nos libertés pourtant jamais retirées. De quoi nous punissons-nous ? Comment te demander pardon et nous éclairer ?

L’escalier en coquille vide d’escargot s’enfonce jusqu’à la mosaïque improbable et froide menant à l’ultime porte d’un monde devenu étranger à nous. J’ouvre la porte pour m’enfoncer dans la patience vaine pareille à la cruauté sans comprendre comment on peut s’oublier à la beauté. Et je t’entends nous dire encore : « On va y arriver. »

*

pour voir ou revoir le film « Escales » :

Poeta de Deus e do Diabo, Ventura Porfírio, 1958 Casa-Museu José Régio


Cântico Negro
« Viens par ici » – me disent certains avec des yeux doux
En me tendant les bras et persuadés
Qu’il serait bon que je les écoute
Quand ils me disent : « Viens par ici ! »
Je les regarde avec mes yeux las
(Il y a dans mes yeux ironie et embarras)
Je croise les bras,
Et je ne vais jamais par là…
C’est cela ma gloire :
Créer des déshumanités!
Ne jamais accompagner personne.
– Puisque je vis avec le même désenchantement
Que celui avec lequel j’ai déchiré le ventre de ma mère
Non, non je n’irai pas par là ! J’irai uniquement
Où me portent mes propres pas…
Si à ce que je veux savoir vous ne répondez pas
Alors pourquoi me répéter : « Viens par ici ! »?

Je préfère me salir dans les impasses boueuses
Être emporté par le vent
Traîner mes pieds sanglants dans une serpillère,
Que d’aller par là…
Si je suis venu au monde c’est
Uniquement pour déflorer des forêts vierges
Dessiner l’empreinte de mes pieds sur le sable inexploré!
Ce que je ferai d’autre n’aura aucune importance.
Alors comment serez-vous à même
De me donner des impulsions, des outils et le courage
Pour dépasser mes obstacles?…
Dans vos veines coule le vieux sang de vos aïeux
Et vous n’aimez que ce qui est facile!
Moi j’aime le Lointain, le Mirage,
J’aime les abîmes, les torrents, les déserts…

Partez! Vous avez des routes,
Des jardins, des fleurs
Vous avez une patrie, un toit
Et vous avez des règles, et traités, des philosophes, et des savants…
Moi je n’ai que ma folie
Je la soulève comme une flamme brûlant dans la nuit noire,
Et je sens l’écume, et le sang et les cantiques sous mes lèvres …
Dieu et le Diable seules me guident, personne d’autre!
Vous tous vous avez eu un père, vous tous vous avez eu une mère;
Mais moi, qui n’ai pas de début ni de fin,
Je suis né de l’amour qui existe entre Dieu et le Diable.
Ah, que personne ne me prête de pieuses intentions,
Que personne ne me demande de définitions!
Que personne ne me dise : « Viens par ici » !
Ma vie est un cyclone qui s’est déchainé,
C’est une vague qui s’est levée,
C’est un atome de plus qui s’est animé…
Je ne sais pas où je vais
Je ne sais pas où je vais
Je sais que je ne vais pas par là!

De la passion ou de l’amour


Comme un métro qui passe sous le trottoir
Ne fait que sensation de tremblement de terre
Les cris de la chair sont aussi furtifs que le présent.

Le bruit finit toujours par se taire.

Comme une étoile qui brille
Fait en toutes saisons la mémoire d’une vie
La sensualité du corps et de l’esprit est éternelle.

Du silence nait le chant.

Comment construire le futur alors que le présent s’effondre ?


(Pour faire suite à une conférence au même titre organisée par Asterya)

Comme ces mouettes qui ont perdu le soleil et qui suivent le camion poubelle, nous filons vers l’opulence facile.

Parce que la jouissance se perd avec l’habitude, l’orgie est désormais notre faim avant d’être la dernière.

Le luxe dénaturé est servi à nous tous qui savons que notre survie dépend de nous même. Mais savoir ne suffit pas.

Nous trions nos déchets, nous menant à l’incinérateur satisfaisant d’une bonne conscience, sans s’apercevoir alors que nous ne contribuons qu’au bonheur idiot et croissant des mouettes.

Notre faiblesse nous amène à nos excès. Loin des caisses des magasins, ils nous semblent anodins. Mais la consommation n’est qu’un symptôme.

Et le symptôme est partout. Chacun le sien mais pour chacun il exprime la mort de notre liberté en croyant que de dire oui suffit pour qu’elle soit.

Narcissiques, on se range alors derrière le rempart du consentement comme parole suffisante et aveuglante. L’hystérie n’est plus une maladie depuis qu’elle s’est glissée dans les draps lissés du monde.

Et comme la notion d’un grand jardin appartient à chacun, il n’est plus de paradis.

Le symptôme est le discours de notre culture. Malhonnêtes, nos excuses et nos justifications, non seulement en mots mais aussi en actes secrets, font langage. Le langage fait la pensée, mère de notre culture qui a oublié tous les excès des Romains.

Jouissons jusqu’à ce qu’il ne reste rien. L’exceptionnel devenu habitude épuise l’esprit et le corps et l’envie toujours grandissante rend muet le besoin. De mouettes à autruches, nous finirons déplumés.

Aveugles et sourds, sans foi ni loi, avides de sensations, la surenchère est comportementale et se répand en mode de vie faisant de la beauté la vulgarité.
Pas raisonnables pour soi, comment pouvons – nous être raisonnables pour notre monde ?

Ce qui nous attend est la contrainte subie plutôt que choisie, puisque nous nous arrangeons avec nous-même et que nous ne sommes alors déjà plus libres, celle des guerres et des privations pas plus raisonnables que nos orgies.

Et nous voilà malgré tout, en tout et pour tout, pervers, contradictoires et façonnant l’incohérence du monde, comme ces mouettes qui suivent le camion poubelle.

Et pourtant…

Nous savons et ne pouvons rien reprocher aux secours qui ne peuvent arriver que toujours trop tard,

Et nous écoutons chacun comme on écoute le silence des étoiles pour offrir nos mains en langage du cœur,

Nous offrons juste pour rien notre lumière et notre chaleur en nous faisant soleil d’un instant,

Nous suivons la larme qui s’écoule sur la joue jusqu’au sourire,

Nous avons en nos bouches d’espoirs la force de la parole du pardon,

En élan de liberté, d’amour et d’amitié, en compassion et bienveillance nous offrons la confiance sur la poussière de l’horizon,

Nous offrons à la nuit l’instant le plus lumineux du jour,

Et nous voilà malgré tout, en tout et pour tout, en chemin de sagesse, perfectibles mais forts et simples, pouvant rire de la moquerie et faisant pâlir tout abandon, en étoiles scintillantes comme bijoux du monde.

Lacet de nuage


Il aurait suffi de tirer le lacet de nuage cet été
Pour que l’hiver s’imprègne du souvenir des chaudes étoiles.

Mais c’est le vent qui a noué le ciel cet été
Et cet hiver ne sait rien des éclats soufflés qui nous saluaient.

Nuage immaculé comme perfection de lumière
En toutes saisons, ce silence d’étoiles ne fait pas la paix.

Le vent sature sa parole comme un cri sur un été sans fin
Et personne dans ses tourbillons ne voit la brume de l’hiver arriver.

Secret de métro


Tandis que d’autres braillent
Comme pour se persuader
D’être alors bien vivants,

Du lacis de néons
Dans le wagon patient,
Toute vêtue de peine,

Son regard perdu plonge
Dans l’horizon fuyant
De sa mélancolie.

Sa larme funambule
N’ose pas scintiller
A l’espoir inconnu.

Là, un souvenir passe
Et elle lui offre alors
Un trop furtif sourire

Avant qu’elle ne reprenne,
Nue de tout artifice,
Son masque gris de deuil.

Par la correspondance,
Son secret est happé
En bien d’autres dédales.

Son absence est alors
Tel si fine dentelle :
Un fantasme discret.

Et de ces instants riches,
Impossible caresse,
Apparait le poème.