Radeau de l’essentiel


A l’heure où la ville se fait soleil de nuages,

S’étend mystérieuse et statique comme infinie,

La rivière de nuit bordée par de longs mirages

Et aux îles silencieuses des mêmes nébulosités.

.

La brise légère déchire ses continents et ainsi

Le langage des cieux dans nos yeux s’étire pareil

A mes caresses telles ombres suaves sur tes seins.

S’endort la clameur obligée du jour passé.

.

Puis sous la couverture marbrée et étoilée,

En voile de mariée sur les courants des rêves,

Il n’est plus de temps pour l’heure fugace qui s’allonge

Dans le grand lit des promesses de l’éternité.

.

Radeau de l’essentiel de tous les horizons,

Les vapeurs sont les terres de nos vagues charnelles,

Mère de nos sourires sur chacun de nos bonjours

Pour espoir épris de nos charmants souvenirs.

Publicités

Du bavardage des cigales


Le souvenir de la nuit est comme photo jaunie dans la tasse tardive à peine plus chaude que le jour d’été qui gratte déjà le pin du jardin.

Exalté, offrant sa parure à l’astre écrasant de chaleur, il est voûte d’amour et trône du hasard dont on doute car trop criard.

Lointain, dans l’indifférence des secondes frottées, le clocher élance un midi discret et indolent sur le rideau de poussières endormies.

Dans la lumière qui maquille l’heure en éternité et tandis que l’ombre trahit la vérité, le silence de chacun est le chant sur le rythme des cymbales : espoirs de nymphes devenues sens de l’avenir.

La lune, fatiguée d’attendre les étoiles, s’est glissée dans son drap bleu. Dans ses rêves, elle se fiche de la prétention du nuage éclatant et boursouflé par la journée.

Il n’est plus de rêves sous la coupole d’une matinée désordonnée et qui, par bavardage de cigales, injurie comme luxe inutile, nos draps froissés en saccades d’une seule parole infinie dans l’oubli de la prochaine nuit.

Pluie


Dans le bus, les poèmes défilent comme la ville à travers les vitres désertées et mystérieuses.

L’absence, en silence dans les regards statiques et patients, règne comme prière en église s’écrasant invisible sur les vitres désertées et mystérieuses.

Le printemps, comme un premier, s’est chargé des eaux des terres. Fraîche et douce, elles sont les larmes excessives des vitres désertées et mystérieuses.

Dans les surprises d’un ciel éteint qui joue sur le temps des éclats furtifs et du grondement qui s’écrase comme souvenirs de Paris, il pleut sur Marseille et sur les vitres habitées de vérités transparentes et comme dégoulinantes de tous les mystères.

Rivage


à Baptiste

Voir les étoiles se noyer dans les flots couleur de mystère qui sans cesse se répandent comme une prière infinie ou comme une aumône qui rappelle le piège des sirènes.

Les vagues s’écrasent en mousse comme un dernier souffle pour chacune. Moralisatrice de ce que sera le notre avant qu’il ne soit dans leur langage de tous les possibles, elles disent la vie en la mort qui l’accompagne inévitablement.

Les étoiles brillent aux éclats et en chagrins sans suivre le rythme de cette musique. La mère est origine de tout, le rêve est ce qui l’habille.

Insomnie


A la lumière de l’insomnie

J’ai accompagné ton absence

Comme l’excès parle du manque.

.

Couverte du drame nébuleux

De tes rêves déjà tous vécus,

Les vérités sont solitudes.

.

A la lumière de l’insomnie

J’ai accompagné mon absence

Comme ton excès parle du manque

.

Le sourire blanc des ténèbres

Mariant les regards exilés

Est abandonné en pensées.

.

A la lumière de l’insomnie

J’ai accompagné nos absences

Comme l’excès parle de ton manque

.

Une mouette gronde mon lampadaire

Et se moque de ma découverte

Du jour confus comme un fautif.

.

A la fatigue de l’insomnie

Je n’ai que croisé ta présence

Comme nos excès parlent de nos manques.

.

Et alors que le jour d’une page

S’est couvert de toute ma nuit,

L’heure est à rêver en lumière.

Sirène


Les flots embrassent la brise

Aussi légère que ton sourire

Lancé aux étoiles surprises

Et scintillantes de rires.

.

L’horizon s’est endormi

Sur les brumes de révolus destins,

Etalé, finement infini,

Sur tous les visages des lendemains.

.

La lune nous éclaire de ses mers

Et tandis que le mat  siffle les cieux,

Pour se faire comme bonheur des terres,

Des chants nous ferment les yeux.

.

En miroir à notre essentiel

Le souffle se charge de promesses :

Irrésistibles gâterie de miel,

La berceuse est futile déesse.

.

Trop bruyante comme fuyant le silence

Parfaite dans ses vocalises séductrices

Le charme de la sirène est telle violence

D’artifices captivant jusqu’au sacrifice.

.

Alors pour saisir l’audace facile

Tu t’évanouis dans le bain de la torpeur

Eclaboussant l’amour tandis que ton idylle

Méprise dans son leurre ton bonheur.

.

Ses larges draps sur les fantasmes

Noient à cet instant ta vérité délaissée

Et fait de chacun de tes spasmes

Tes espoirs rendus tristes d’aimer.

D’un pré – jugé


Un rêve ne peut se façonner

Ou bien qu’en cauchemar

Telle chaleur opulente

Fait en orage le désert des plages.

.

La lumière est silence

Sauf pour quelques cigales

Qui ne chantent qu’en nécessaire

Pour tout avenir déjà perdu.

.

Ne te brûle pas les yeux

A vouloir faire de toi un dieu

Et accepte ton ombre grandissante

Sur les heures sanguines de la nuit à venir.

.

Seulement alors ta vibration

S’entendra au-delà de l’écho

Qu’un souvenir ne saurait rendre

Sur un vacarme de croyances.

.

Modernes ou ancestrales

Nulles ne sauront jamais ta vérité.

Plutôt que de mariage justifié,

Reste toi-même pour être écouté.