Rêves


Combien de larmes d’étoiles se sont écoulées pour que naisse le rêve des terres qui, en chaque vague, enfante vers les cieux ?

Et tandis que la terre craque sous le mensonge de la neige, la mer n’a que faire de la poudre blanche des paroles de ses fils qui l’accompagnent.

Elle étale tous les spermes inutiles de ses mystères sur la plage où je n’entends que l’éternité de la fin de son propre rêve, tandis que désormais dans l’infini, scintillent les étoiles.

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Instant


De ta fenêtre qui nous rassemble, le mystère n’est pas un secret et la nuit, qui ne peut s’endormir au passage des oiseaux clignotants fendant l’air comme l’alcool de nos verres, observe les spirales invisibles qui se moquent d’elle.

Les vêtements des cieux semblent effilés d’un périple qui se voudrait pareil au notre. L’heure tardive se dénude alors mais seules les étoiles de nos regards brillent.

Ne fatiguant aucun enjeu, sous les avions qui finissent leurs voyages, nos bras se posent et débarquent les mots silencieux qui, du bout de nos doigts, s’envolent et reviennent à nos sourires.

Ils ignorent le temps et n’ont pas de destination. Comme un rêve, ils sont déjà arrivés avant même de partir.

La mer (Margot Roisin, Boris Sentenac)


Elle s’élance, les bras ballants, dans son mystère
Haussant ses mille et une épaules saillantes
Pour se parer d’éclats de soleil.

Elle étale, sur son ventre danseur,
L’huile et l’or bourdonnants
Pour cacher son nombril en coquille.

Clins d’œil, lents balanciers de cette fragile paupière
Qui sans fin, s’ouvre et se referme, aguiche les mots :
Elle prend ce qu’elle ne rendra jamais qu’à la nuit.

Elle me rappelle, en langage secret,

Aux mensonges des hommes.

Apaisement


A Ana.

Le miracle ne serait qu’un enfer
Si les étoiles n’avaient de secrets.
Leurs éclatantes lumières
Qui transpercent le temps pour s’exprimer
Jusqu’ici et même ailleurs sont langage
De leurs promesses que nous entendons
En scintillement si riches d’espoirs.
Regards multiples chuchotant leurs songes,
Avec leurs mondes elles sont réalité
Et parlent en toutes saisons sur nos rêves.
Puisque ton sommeil est fruit d’univers,
Ferme enfin les yeux et apaise – toi.

Chez le coiffeur


Perdu dans le regard béant du miroir qui parle comme ton reproche d’aujourd’hui sur tes chants d’hier que j’ai accompagnés,

Pour jouer, nous sommes devenus reflet muet de nous-même : identiques et étrangers faisant du réel comme de notre image notre véritable prison aux murs colorés de bonne conscience.

La promesse du silence, celle qui a tous les mots, est bâillonnée. L’interdit d’aujourd’hui était la lumière d’hier.

Me ramenant d’aussi loin que possible, le coiffeur me demande alors : « c’est assez court ? On peut aller plus loin ».

Statique sur mon fauteuil, je sais…

Métro


Entre les taches d’huile des cartes de Paris, ne sont bruyants que les bavardages des affiches tandis que les bruits esquivent dans leur fuite les regards qui glissent de la chute des parois froides à la nuit endormie des quais qui se font face comme chacun ce matin devant son miroir. Ici, l’espace et le temps vivent comme en mensonge d’adultère.

Du vacarme apparait un ver de fer qui absorbe le silence de chacun en reprenant son souffle avant de crier la vitesse contre la distance comme l’impatience sur la voix de la raison. Nul n’est pressé que d’arriver au soir pour se libérer du jour et s’enfermer dans sa nuit.

Les escaliers se précipitent vers la sortie. La lumière mouillée s’est invitée en déception à l’espoir de clarté sur l’ignorance du monde qui errait solitaire dans le dédale. D’autres bruits, d’autres bavardages imprimés, ne subsiste toujours que le même silence.

Sur le thème des transports, découvrez le blog de mon amie Mathilde Caillard

https://mathildecaillard.wordpress.com/2019/01/28/dans-le-sens-de-la-marche/

Il neige


La terre est devenue fruit blanc du ciel. La pudeur des prières est comme un masque sur visage. Elle est un langage pareil à ceux des espoirs pour l’heure éteints par la maigre lumière et rendu muet par le mensonge de l’instant chutant des nuages infinis.

 

Les souvenirs se fondent en marée grise,

nudité immaculée l’espace d’un instant,

puis souillée par le passage du temps.

 

Leur lit s’use de sa couverture uniforme sans offrir autre repos que le regard baissé comme las de toutes lumières.

 

Silence de tous les pas prudents,

héritage éphémère de la vie balayé par le chant du printemps annoncé ;

il neige.

 

Boris Sentenac                                                  Mathilde Caillard