La ride de la bague


La ride de la bague est encore inscrite
Comme un poème déjà lu
Dont il ne reste que l’effet des mots.

D’une timidité qui n’avait pas de sens
A une timidité qui en a pris un
Il ne reste que la ride des mots.

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De la passion ou de l’amour


Comme un métro qui passe sous le trottoir
Ne fait que sensation de tremblement de terre
Les cris de la chair sont aussi furtifs que le présent.

Le bruit finit toujours par se taire.

Comme une étoile qui brille
Fait en toutes saisons la mémoire d’une vie
La sensualité du corps et de l’esprit est éternelle.

Du silence nait le chant.

Comment construire le futur alors que le présent s’effondre ?


(Pour faire suite à une conférence au même titre organisée par Asterya)

Comme ces mouettes qui ont perdu le soleil et qui suivent le camion poubelle, nous filons vers l’opulence facile.

Parce que la jouissance se perd avec l’habitude, l’orgie est désormais notre faim avant d’être la dernière.

Le luxe dénaturé est servi à nous tous qui savons que notre survie dépend de nous même. Mais savoir ne suffit pas.

Nous trions nos déchets, nous menant à l’incinérateur satisfaisant d’une bonne conscience, sans s’apercevoir alors que nous ne contribuons qu’au bonheur idiot et croissant des mouettes.

Notre faiblesse nous amène à nos excès. Loin des caisses des magasins, ils nous semblent anodins. Mais la consommation n’est qu’un symptôme.

Et le symptôme est partout. Chacun le sien mais pour chacun il exprime la mort de notre liberté en croyant que de dire oui suffit pour qu’elle soit.

Narcissiques, on se range alors derrière le rempart du consentement comme parole suffisante et aveuglante. L’hystérie n’est plus une maladie depuis qu’elle s’est glissée dans les draps lissés du monde.

Et comme la notion d’un grand jardin appartient à chacun, il n’est plus de paradis.

Le symptôme est le discours de notre culture. Malhonnêtes, nos excuses et nos justifications, non seulement en mots mais aussi en actes secrets, font langage. Le langage fait la pensée, mère de notre culture qui a oublié tous les excès des Romains.

Jouissons jusqu’à ce qu’il ne reste rien. L’exceptionnel devenu habitude épuise l’esprit et le corps et l’envie toujours grandissante rend muet le besoin. De mouettes à autruches, nous finirons déplumés.

Aveugles et sourds, sans foi ni loi, avides de sensations, la surenchère est comportementale et se répand en mode de vie faisant de la beauté la vulgarité.
Pas raisonnables pour soi, comment pouvons – nous être raisonnables pour notre monde ?

Ce qui nous attend est la contrainte subie plutôt que choisie, puisque nous nous arrangeons avec nous-même et que nous ne sommes alors déjà plus libres, celle des guerres et des privations pas plus raisonnables que nos orgies.

Et nous voilà malgré tout, en tout et pour tout, pervers, contradictoires et façonnant l’incohérence du monde, comme ces mouettes qui suivent le camion poubelle.

Et pourtant…

Nous savons et ne pouvons rien reprocher aux secours qui ne peuvent arriver que toujours trop tard,

Et nous écoutons chacun comme on écoute le silence des étoiles pour offrir nos mains en langage du cœur,

Nous offrons juste pour rien notre lumière et notre chaleur en nous faisant soleil d’un instant,

Nous suivons la larme qui s’écoule sur la joue jusqu’au sourire,

Nous avons en nos bouches d’espoirs la force de la parole du pardon,

En élan de liberté, d’amour et d’amitié, en compassion et bienveillance nous offrons la confiance sur la poussière de l’horizon,

Nous offrons à la nuit l’instant le plus lumineux du jour,

Et nous voilà malgré tout, en tout et pour tout, en chemin de sagesse, perfectibles mais forts et simples, pouvant rire de la moquerie et faisant pâlir tout abandon, en étoiles scintillantes comme bijoux du monde.

Lacet de nuage


Il aurait suffi de tirer le lacet de nuage cet été
Pour que l’hiver s’imprègne du souvenir des chaudes étoiles.

Mais c’est le vent qui a noué le ciel cet été
Et cet hiver ne sait rien des éclats soufflés qui nous saluaient.

Nuage immaculé comme perfection de lumière
En toutes saisons, ce silence d’étoiles ne fait pas la paix.

Le vent sature sa parole comme un cri sur un été sans fin
Et personne dans ses tourbillons ne voit la brume de l’hiver arriver.

Secret de métro


Tandis que d’autres braillent
Comme pour se persuader
D’être alors bien vivants,

Du lacis de néons
Dans le wagon patient,
Toute vêtue de peine,

Son regard perdu plonge
Dans l’horizon fuyant
De sa mélancolie.

Sa larme funambule
N’ose pas scintiller
A l’espoir inconnu.

Là, un souvenir passe
Et elle lui offre alors
Un trop furtif sourire

Avant qu’elle ne reprenne,
Nue de tout artifice,
Son masque gris de deuil.

Par la correspondance,
Son secret est happé
En bien d’autres dédales.

Son absence est alors
Tel si fine dentelle :
Un fantasme discret.

Et de ces instants riches,
Impossible caresse,
Apparait le poème.

L’oubli du rêve


dessin Etéri

Dessin : Eteri Ramani (tous droits réservés)

Ton rêve délavé

S’échappe une ultime fois

Et tu tentes de le retenir

En ton dernier sourire.

*

Il te parle d’hier

Tandis que, vaporeux,

Il s’échappe enfin

Vers son éternité

Pourtant tant redouté.

*

Dernière caresse,

Ton sommeil recouvert

De toute la quiétude

De l’oubli pour l’espoir

Sera le souvenir

Qui te fera sourire.

*

Demain, céruléens,

Les cieux t’arracheront

À l’unique horizon.

Lumière de guitare


A Mathilde Caillard

(guitariste avec qui je prépare une mise en musique de certains de mes poèmes)

 

De verres en fumées
Les cordes tendues
Ont déliés les mots figés
Jusqu’alors restés nus.

Ton étoffe sur mon étoile
Eclaire l’instant
Sur ce qui a pris la voile
Mais qu’encore tu entends.

Par ta vie traductrice
Sans trahir l’apaisement
Tu te fais séductrice
D’hier en cheminement.

Lumière de guitare
Préparant l’adieu
D’un éclat resté sur le tard
Tu fais silence des dieux.