Soufflé


Après que le vent eut laissé les abeilles faire leurs voltiges,

Après qu’il eut, comme d’une seule main, suspendu les parfums,

Le voici qui se lève comme pour tout emporter,

Eveillant alors la solitude en manteau.

 

En bourrasque, il la secoue et semble la provoquer,

Il dépoussière le silence endormi dans les oreilles

Et gratte les regards qui ont déjà oublié

Le sourire éclairé par la lumière du miel.

Regard d’éclaircie


Lac de ciel aux bordures de lumière et d’ombre,

Lac d’un souffle figé comme un souvenir aux bordures d’eau.

 

Horloge sans aiguilles, elles se sont envolées et

S’érigent et se croisent, ailleurs comme éphémères traits de craie.

 

Monocle entre regard et invisible

Comme le temps, silencieux, imperturbable à toutes peurs

 

Que les prières murmurées des horloges suscitent,

Il semble lucarne de rêves dans de longs draps de nuages

 

Comme sur le vaste monde, on regarde le même ciel,

Glissant en voyages des vents, Sans jamais rien voir de pareil.

Comme un poème


Le soleil n’est jamais rouge :

L’heure l’exprime

Comme un poème

Exprime le monde.

 

Tes yeux ne voient rien,

Ta pensée le sait

Comme un poème

Sait ton monde.

 

Ton regard saisit l’opulence :

Le reflet de l’instant

Comme un poème

Saisit qui tu es.

Reflets de jardin


Paradis du jour en reflet d’harmonie,

Sa visite en nocturne écrase le silence

De son langage de couleurs.

 

Réalité involontaire sur la vérité

De son créateur patient et acharné,

Le jardin sans besoin de clôture,

Dicte les limites de son rêve

Et parle de son repos redouté

Comme s’il s’agissait de ses angoisses.

 

Enfer de la nuit en reflet de cendre

La visite en diurne éclate le chant

De son langage de couleurs.

De mois en moi


Tandis que la colline se fait ombre de choux-fleurs

Tandis que le soleil s’en va en soirée

Tandis que les coquilles reflètent telles qu’elles le souvenir rigide du jour

Tandis que les fenêtres parlent des heures à venir

 

Le secret ne parle que de rien

La lumière étale son désespoir statique

La musique s’éclaire de népenthès

L’horizon invisible s’endort sur l’absence de sa volonté.

 

Mes sens témoignent pour le monde

Tandis que le monde se donne à nos sens

De nous à moi

L’inutile est toujours de mois en moi

Galet


Quelle traversée passée a endormi

Les galets étalés à ciel ouvert,

Vernis de caresses salées de vie,

Sitôt séchés par le phare du savoir

Qui occulte, brûlant tel le divin,

Tous les voyages des murmures de la nuit ?

 

Quel périple manqué a sacrifié

Les galets pétrifiés d’éternité

Que la main des mers ne cesse de polir

Comme effaçant les fissures ancestrales

En s’étalant en unique parole

Sur le voyage du silence de la nuit ?

 

Se jetant à l’abordage du chaos,

Le long souffle de l’horizon s’écrase

Sur le haut mur griffé de ses gifles

En criant l’effroi des rêves des galets

Ressemblant à la vie en la matière,

Transparents comme la patience de la mort.

 

Sur les innombrables cailloux, s’écoule

En son heure, comme les larmes sur les joues,

La pluie : remède de toutes brûlures

Et mon regard voyage à l’origine

De ses substances comme des riens qui font tout

Sachant qu’à mon tour je serai galet.

L’absolu


 

« Ce n’est pas le doute qui rend fou : c’est la certitude. »

Nietzche

 

 

Les couleurs sont innombrables

Mais nous sommes aveugles

De tout leur éclat qui s’étire jusqu’en nuit

Comme nous sommes sourds du bruit

Qui s’endort dans le silence.

 

Les étoiles dessinent la promesse

Dans la sérénité de ce qui les suspend :

Mystère et évidences

De ce que nous percevons avant de savoir.

 

Nous vivons en une lapalissade

En cachant nos différences,

Celles sacrifiées au nom de dieu, ou celles condamnées par bon sens dénué de raison,

En discours de tous pour chacun murmurant nos prières

Colmatant par mensonges nos rêves sur le monde.

 

La foret n’est pas faite que d’un arbre.

Et le chemin qui la traverse

Chanté par d’innombrables oiseaux

Nous dirige sans rien dire vers l’éclat des blés.

 

A ne voir que nos nuages,

Nous oublions qu’ils ont vu bien des terres.

Rassuré par l’omission, nous faisons de nos propos la mission du monde.

Nous craignions de mourir malheureux, sacrifié ou condamné.

Et nous mourrons écrasés en pluie trop lourde pour la lumière espérée.

 

La certitude est le vêtement de la vérité

Le mensonge de toutes les réalités

L’expression de la peur de nos échecs

Qui ne seront jamais le propos de nos aveux !

 

Ainsi, en mots sur le monde, l’absolu ne peut – être qu’une croyance.

Cycle


De deux étrangers

Qui n’avaient de cesse

De trop t’imager,

De leur népenthès,

 

Dans leur espérance,

Comme un voyageur,

Tu offres  silence

De toutes tes heures.

 

De l’eau et du ciel

Enfant de naguère

Vers l’éclat tel miel

Tu t’envoles des terres.

 

Te voici nuage

Couverture des cris

Libéré des âges,

Et l’escroquerie

 

Du profond souffle,

Par eux expirés,

N’est que mistoufle

Dès lors méprisée.

 

Pourtant à jamais

De mer vers lumière

Le mois de mai

Se souvient d’hier.

 

Vers des terres nouvelles

En couloir des vents

Tu pars blanche et belle

En espoir fervent

 

Pour alors donner

En larmes de vie

L’enfant des années

Des chants des envies.

 

Ancre de tes pages,

A ton tour deviens

Mère de ton ouvrage

Et lit des étoiles.