Journée d’un poète


Dans la rue, l’agitation ne dit que ce qui semble devoir être. Chacun a laissé son silence derrière les fenêtres statiques comme la patience qui fait leur journée.

Comme si j’en avais accroché à mon ombre, me fondant dans la foule, je marche sur mon silence et mes pas s’empresse pour ne rien manquer de ce que je ne sais encore de cette journée.

Le silence me suit et je ne crains pas de le perdre : en ville, et même aux heures obligées, il y a toujours trop de lumières pour qu’il n’y ait plus d’ombre même légère ressemblant à son langage : comme dévêtue mais sans gêner aucune pudeur.

Plutôt que de n’être qu’un œil qui range sans cesse son rayon de souvenirs, mon ombre use de ses mots d’hier pour accueillir ceux du jours et élabore, sans jamais rien inventer, le sens des sens qui écrit le poème

Les mots s’inscrivent en encre d’ombre ressemblant à mon plume avant même que je ne le saisisse pour reposer leurs silences conviés sur le lit blanc et qui leur est déjà réservé.

Matinée d’un poète


Quand le matin n’est pas encore levé, que chaque bruit est retenu pour ne pas entraver les minutes qui lui restent de sommeil,

Pareils à ces instants où il fallait prendre la route tôt pour ne pas trop manquer du premier jour encore en ses rêves scintillants d’un autre soleil et d’autres senteurs et partir avant d’avoir dit au revoir en fuyant furtivement le jour qu’on ne voudrait pas décevoir,

Ou bien quand il fallait prendre le train pour traverser l’espace sur les rails du jour du retour et quitter les odeurs du buffet qu’on perçoit une dernière fois comme au premier jour, s’étonnant de n’avoir été que trop stupide pour les avoir rangées sur l’étagère des habitudes,

De cette sensation étrange d’avoir volé le matin, impression en réminiscences aujourd’hui n’ayant plus le même sens qu’hier sur tous les matins infinis, il reste le buvard du silence et ses taches d’encre du poème qu’il reste à écrire.

Poésie 9


Jardin d’étoiles, parc de galaxies, vallées d’univers
Pour autant de couleurs de poussières,
De gouffres en spirales sans vertige
Et de lumières mères des ombres
Présentes et transparentes
Qui s’offrent sans que l’on puisse les cueillir
Comme la poésie fait le poème qui fait le poète.

Matin


Les empreintes de tes rêves deviennent lits de l’oubli.

 

Au réveil, le ciel est comme page blanche de poète.

 

Au loin, des poussières d’oiseaux survolent l’horizon déchiré des matins.

 

La couverture de vapeur enveloppe en mystère la colline.

 

Elle fait face à son reflet d’évidence par la lumière.

 

L’heure se donne par le soleil qu’on croirait injuste comme la chance.

 

Tandis que l’oubli lisse ton visage,

 

Le ciel se charge des larmes et des sourires de la journée.

Seconde de lumiere


2015-11-20 10.20.44

Faisant céder l’ombre malgré sa fatigue, en repos d’ardeur passée comme avoir d’été, la lumière engourdie de novembre se couche sur les façades avec bonheur et sagesse.

De cet instant et avant demain, par ces mots, il reste les larmes seches de charbon, moquées quand elles ne sont pas injuriées ou comme par la plupart ignorées, sur la naïveté de la seconde missionnaire de l’apaisement de l’éternité.

Quel poète ne regrette pas son abandon ? Il ne prend pourtant jamais aucune autre arme que sa plume arrachée à tous les canons du monde par son expression qui signe en silence la seconde de lumière de l’humanité.

Un pardon bleu pour une espérance verte


La colère est la fille de la peur. Ne l’épouse pas, dragon faiseur de brouillard de cendres ! Tu sais que ta brûlure ne purifie rien.

Calme l’ardeur de ton expression fumante, deviens ta prière, deviens ton poème pareil à la pluie qui noie les larmes de tes excès.

Déployant tes ailes, dragon de rêve aux yeux d’étoiles, comme se déploient les heures tardives qui se veulent l’interdit de l’abus des ombres, fais-toi le poète des herbes des yeux d’éternité encore verte pour partager l’amour sur le tapis recevant l’ardeur de tes nuances.

Les distances aux travers des regards partagés sur la lune feront de toi son secret brûlant.

A ta nymphe telle faste émeraude, tes espoirs offerts ne seront pas que tes souvenirs s’écoulant à l’encre brune puisqu’ils se couchent sur le printemps, troublant le temps, en bonheur vert et bleu.

voir Le poème de Margot : http://ailleurssijysuis.wordpress.com/2013/09/07/bleu-cosmique/

et : https://borissentenac.wordpress.com/2013/08/28/598/

Fille verte


Poète, couche à l’encre brune la fille verte des pays secs où il pleut du soleil dans les herbes qui ne connaissent plus la soif et cache l’amour qui appelle !

A celui qui se désespérait de sa page, sous les chênes et les pins et sur le tapis de leurs souvenirs qui frémissaient sous les tremblements caressés de la sylphide et qui se recouvraient de la brise qui s’activait à dénuder le sol de l’inutile pour le rendre tel qu’elle s’offrait, la belle se couchait en étirant le palais de son cœur comme pour étendre son sourire qui rendait la fraîcheur à l’instant vacillant.

Le temps suspendu dans ses yeux d’éternité verte plongeait dans le regard de la nuit. Les corps allaient s’unir comme les cœurs  aux enchantements naissants enfin lovés entre eux. Les couleurs et les lumières se faisaient bruits tandis que le silence se faisait éclat.

Le génie des hommes tue, de cuivres linéaires tendus, l’ombre des distances. Les poèmes et leur certitude, de ce qui est devenu souvenir, éteint l’abîme. Flou et électrique sa voix invite en son foyer et son sourire illumine le bureau de papiers et se couche à l’encre brune, comme regardant le bonheur de celui qui espère sur sa page.