Du train


 

Du train, Boris Sentenac, tous droits réservés.

Du train, Boris Sentenac, tous droits réservés.

 

Cadre immobile du regard aussi solide que la réalité,

Fenêtre sur le temps défilant dans l’espace,

 

Dehors,

Comme inutile : n’ayant plus d’autre mot que la seconde,

Le lieu s’étire et se déforme

Comme mots jetés aussitôt qu’ils sont dits.

Mots de pouvoir


Les mots pleuvent comme orage

Pour que se taisent de force

Colombes, pies, corbeaux

Et éviter la peur

De tous chants inconnus.

 

Les mots, sur les cultures,

Noient de silence dicté

Les tiges encore secrètes.

Elles meurent de noires promesses

De soleils éclatants.

 

Les mots pour le pouvoir

Sont les mots des faiblesses,

Le bruit des mal-aimés

Imposés en raison

Et sourde déraison.

 

Les mots gravés, blessés,

Louange de leurs remparts,

Et depuis trop longtemps,

Exprimant leur prison

Ne parlent que malheureux.

 

Les mots, en cache misère

De leurs trop nombreuses failles,

Néanmoins en poussière,

Blessants de leurs blessures,

S’effritent en chaque oreille.

 

Ces mots réduits aux maux

Ne savant rien des mots

Sont poison de bavards

Sans question pour réponses

Qui dictent le bonheur.

 

Assassin des nuances

Comme pour prendre pouvoir

Que tu ne veux subir

Comme orage sur champs

Tu t’assassines toi-même.

 

Il n’est pas toute une vie

Un seul sens, une seule voie.

Tous tes mots préférés

Ne sont que de ta voix

Et jamais absolu.

 

Pour aller au plus loin,

Les marins ont quitté

Les rivages connus

Pour ainsi découvrir

Les voix de tous les mots.

 

Tous forment la pensée

Et sont moyens des sens

Qui, même s’ils sont abstraits,

Expriment tout le spectre

De ce qu’on ne voit pas.

 

Tous les langages s’apprennent,

L’ignorance n’est pas grave.

Ne pas apprendre l’est.

Pour aimer apprendre,

Il faut savoir s’aimer.

 

Dans l’espoir silencieux,

Et en cohérence,

Ne donne aucun des mots

Que tu n’accepterais

( « Jamais ! » ) de recevoir.

les lacets des mots


Astre des ombres,

Nuit de pluie d’étoiles,

Les mots se livrent

 

En lacet de maux

Se nouant comme neige

Qui lie ciel et terre.

 

L’encre des lettres,

Sans chemin de page,

Fait trace de nos pas.

 

Flocons oubliés

Sitôt lu le point

Des mots retournés,

 

Dénis et non – dits,

Tous les paradoxes

Comme entité font

 

Billets sans valeur

Des plus riches promesses

Que ne sont récits

 

Tels griffes sur congère

Soufflée par un vent

Et noyée du jour.

 

D’un bout à l’autre

Comme tour de nuage

Les mots sont ruban.

 

Ils s’étirent alors

De bout en bout et

Ne finissent toujours

 

Que nu de parure

Sur la vérité

Qui dénoue les maux.

Des mots de nuages


Il n’est sur le monde de vision stéréoscopique profitable.

A l’inverse de chaque traînée d’avion, qui toutes s’inscrivent sans relief, certaines de leurs caps sur le rêve qui masque les étoiles par un savoir (un seul comme soleil), la pensée unique de chacun lancée comme flèche sur tous, même habillée de chaleur caressante digne de doux printemps, ne peut être louable de crédibilité. Il est déjà trop de mensonges, trop de filtres de lumière, pour qu’apparaisse une seule vérité sur la réalité. L’évolution en témoigne grâce mais aussi malgré nous. Il est un tout pour multiples langages.

De ces mélanges, naît parfois un arc-en-ciel. Pour tous, extase de la surprise suivi du silence de l’enfance que l’on fait taire comme le cris du réel. Notre survie est – elle un mensonge de transparence ? Le spectre décomposé de la lumière n’est – il qu’une magie de conscience ?

La certitude voudrait s’inscrire en éternité. Pourtant, même si nous manquons de temps, un jour chacun en aura mais n’aura plus rien que cela.

Hiérarchiser consiste à juger. Juger consiste à condamner. Des deux parties, une gagne tandis que l’autre perd. Ce qui est perdu pour tous est alors la part d’humanité inscrite à jamais dans le passé qui s’étire en silence hurlant sur chaque matin.

Je préfère, et le dire est peut – être déjà de trop, dans ma quiétude et sans me mentir sur quelques paroles plus légères que le vent, chercher des mots de nuages qui n’auraient pas encore franchi la ligne d’horizon.

Voeu


Comme aucun vacarme, le cri du propos n’en est pas la force. Il n’est que tempête venue du désert du bonheur. Son souffle n’est que transparence de revenants. Il n’engendre que la crainte sans jamais se faire respect.

 

Fermer les yeux n’efface aucun fantôme.

 

Il n’est de spectre que celui de nos faiblesses. A chacun, à chaque communauté, sans rien renier d’essentiel, en ce moment d’espérance comme en tout autre pour chacun, en cette époque charnière pour tous, puisque nul ne sait si la poussière de l’horizon vole par colère ou en sérénité, pour qu’éclate alors la peur des mystères et que les cris deviennent chants, je souhaite la force d’admettre les mots simples à dire de chacun dans sa sincérité comme à entendre dans la tolérance par tous. Je souhaite à tous les mots simples de toutes les vérités.

Il nous restera ça


Photo : Boris Sentenac, droits réservés

Photo : Boris Sentenac, droits réservés

Les étoiles de la ville

S’étirent silencieuses

Et sont comme engourdies

Sur les rides mystérieuses

De la couverture des espoirs

D’horizons manqués.

Et quand les mots s’échouent

Sur le souvenir du départ

Et de son soleil de certitudes

Lui-même parti du port,

.

Il nous restera ça.

.

Ciel de suie

Comme vieux papier mâché

Sorti du coffre de l’enfance

Gardé par la poussière

En dernier rempart,

A l’ombre improbable

Des larmes d’étoiles

Evaporées en timide dignité

Par la lumière prétentieuse des hommes

Sur toutes les prières.

Des bruits (2)


Dans les rues de tous les jours

Nos taches de bruits diffuses et continues,

Fil de vie infini sur lumière transparente

Traduit en mots se voulant relief de nos plaines

Couronnée de l’horizon haut perché,

Ecrasent le sommet rêvé

Que chacun tête baissée rend aussi sourd

Que l’opulence illusoire rend aveugle

Tous les regards quotidiens

Sur un bruit de source.