A dire


Quelques mots suffisent pour dire ceux qui restent endormis dans leur silence.
Quelques silences suffisent pour dire jusqu’à l’éveil, le sens du souffle de tes étoiles.
Quelques de tes étoiles suffisent pour dire l’éclat des mots que tu n’as plus qu’à dire.

Journée d’un poète


Dans la rue, l’agitation ne dit que ce qui semble devoir être. Chacun a laissé son silence derrière les fenêtres statiques comme la patience qui fait leur journée.

Comme si j’en avais accroché à mon ombre, me fondant dans la foule, je marche sur mon silence et mes pas s’empresse pour ne rien manquer de ce que je ne sais encore de cette journée.

Le silence me suit et je ne crains pas de le perdre : en ville, et même aux heures obligées, il y a toujours trop de lumières pour qu’il n’y ait plus d’ombre même légère ressemblant à son langage : comme dévêtue mais sans gêner aucune pudeur.

Plutôt que de n’être qu’un œil qui range sans cesse son rayon de souvenirs, mon ombre use de ses mots d’hier pour accueillir ceux du jours et élabore, sans jamais rien inventer, le sens des sens qui écrit le poème

Les mots s’inscrivent en encre d’ombre ressemblant à mon plume avant même que je ne le saisisse pour reposer leurs silences conviés sur le lit blanc et qui leur est déjà réservé.

L’avenir comme un oubli


A tous les temps on devine
L’avenir comme un oubli.
Le passé lu au futur
Sur la page du présent
Qu’on tourne éternellement
Fait transparents tous les mots
Du mystère que l’on sait.

Naufrage


Du navire de ta poésie,
Il reste les cadavres des mots
Flottant sur le silence des flots.
Leur caractère porte leur deuil
Dans la nuit que mon regard tel phare
Eclaire comme on veille les morts :
En vain et sans aucune surprise.
Et avant de couler il reflète
Un dernier éclat, me rappelant
Les étoiles d’antan qu’ils scrutaient.
Inscrits sur l’immense transparence
Du monde, ils t’emmènent chercher
Ton abandon au tréfonds des mers.

Mots non dits


Il est des mots qui s’écoulent certains qui se soufflent

Comme une caresse qui s’enfuit de son origine

Tandis qu’on ne devine que son sens.

Ces mots que l’on veut dire et que l’on joue du regard

En suspens comme un silence en musique

Dont seul le mystère que l’on veut est perceptible.

Il est des mots qui viennent tard et s’affichent trop tôt

Comme si les heures continuaient leur traversée

Tandis que rebroussent chemin les minutes immédiates.

Ces mots dont on ne parle pas et qu’on pose en phrase interminable

En soutenu regard comme en portrait

Dont seule la ponctuation des paupières dit le sourire.

Il est des mots qui s’interdisent parce que déjà trop dits

Comme si leur poésie n’avait plus d’origine

Tandis que subsiste tout leur sens.

Ces mots qui se disent comme le souvenir d’une étoile

En éternité muette comme en instants confondus

Dont seul le besoin reste en manque de ces langages.

Mots oubliés pour maux interdits


L’oubli est une obligation pour s’éviter l’interdit,

Un sommeil qui oublie qu’aucun ciel n’est vide.

Lit de nuages lisant les étoiles, soleil sur miroir de lune,

Sur la chaleur d’hier, la lumière de demain

Se raconte en brise légère en guise du souffle perdu.

Demain, sous le parapluie d’ombre,

En un sourire suant le soleil,

On dira aimer l’heure pénible pour ne pas la pleurer

Epongeant vainement tous nos mots oubliés

Essentiels au labeur d’amour et de liberté.

Chez le coiffeur


Perdu dans le regard béant du miroir qui parle comme ton reproche d’aujourd’hui sur tes chants d’hier que j’ai accompagnés,

Pour jouer, nous sommes devenus reflet muet de nous-même : identiques et étrangers faisant du réel comme de notre image notre véritable prison aux murs colorés de bonne conscience.

La promesse du silence, celle qui a tous les mots, est bâillonnée. L’interdit d’aujourd’hui était la lumière d’hier.

Me ramenant d’aussi loin que possible, le coiffeur me demande alors : « c’est assez court ? On peut aller plus loin ».

Statique sur mon fauteuil, je sais…

Réveil


La poussière de bruits de rues voisines s’envole jusqu’à mon regard.
Les hirondelles déchirent et recollent le ciel.
Furtivement, avec la discrétion de l’éternité,
Le temps ne franchit plus ma fenêtre :
Il s’imprime en blanc vaporeux sur le rêve ensoleillé,
Tandis que les ombres font l’alphabet de l’instant.

A mesure que les secondes étirent leur drap de sommeil,
La curiosité s’éveille lentement,
Soufflant comme la caresse d’une brise légère
Les restes du vacarme des paupières sourdes de la nuit.
Il s’efface en oubli vaporeux sur le monde illuminé
Tandis que les mots feront les ombres de la journée.

Regard sur le temps


Ma lucarne figée comme la saison scrute l’âge de l’abandon, le temps des promesses, la moitié de vie répétée.

Au loin, au-dessus des toitures présentant leur profil en parallélogramme de leur cadre régulier, l’hiver peigne les arbres et s’enfile dans les flammes froides des peupliers, tandis qu’auprès de tous les souvenirs élancés de feuilles, conversant sur le vent, s’égoutte le ciel de ses larmes.

La transparence des veines jusqu’à l’origine fera la couleur du printemps tombant en lumière pour l’heure grise, comme le silence sur fouillis de branches sombres de patience comblée de mots bruyants pour tous et brillants que pour soi, même pour toi.

Mots d’instant


La caresse de sommeil s’infiltre au travers de la vitre.

Portée par le vrombissement de la rue il se destine à l’inconnu de mon instant et sur mon ignorance des certitudes bruyantes.

Il n’est de mots qui se disent, il n’est que des mots qui se vivent.

Hiver


Poussière d’étoiles sur sommeil de jardin,
Ses rêves sont piquants.
La lucarne regarde
Sa terre d’or dure,

Chuchote le foyer et
Se drape des toiles ridées de buée.
Nos mots s’endorment en leur lit de lumière
Sous leur couverture d’espoirs.

Sur la page blanche comme la nuit


On arrose de mots
Les pleurs fanés
Qui s’écroulent du cœur
Et qui voutent le dos
En s’appuyant sur le temps.
Le cœur est lourd
Comme une armoire
Qui ne cesse d’être remplie.
Si de temps en temps on l’ouvre,
C’est juste pour croire
Qu’on la vide comme on croit
Que la page se noircit
Par l’encre luisante
Du poème déjà sec.

Hommes d’hiver


La lumière étale ses métaux précieux sur les plus hautes vitres, comme s’il s’agissait de son unique parole à l’instant froid fait de couleurs engourdies.

Maigre excès furtif irréel sur la réalité qui compose la seconde froide d’ici venue des chaleurs de si loin.

Puis, dans ma course vers ce que j’aurai oublié demain, il n’y a plus que l’hiver qui ressemble aux hommes.

En commerce monnayé d’empathie, ils s’expriment en mots de caresses, pour prétextes à l’expression des suivants piquants.

En dépit des lumières qu’ils projettent, ils font un monde qui n’assume pas et s’effraie même de la responsabilité de ses propos à tenir.

Ils les savent fondamentalement en dépit du déguisement des flatteries. Ils savent qu’ils sont criminels sans prévenance. La voix dit ce qu’elle ne veut pas entendre. Mauvais chant, on ne danse jamais en ce bal masqué.

En dépit de l’éclat de leur sourire, irréprochable comme une excuse, trop d’hommes sont fait d’hiver.

Mots d’étoiles


Étoiles d’automne en feu mourant, les saisons soufflent le vent qui emporte la jeunesse et ses souhaits passés. Un adieu pour un autre bonjour, pour d’autres étoiles qui gardent en secret le temps d’un hiver, l’espérance verte de demain.

Depuis la canopée du ciel, se présentant à tous en alternant l’éclat de leur regard sur le nord et le sud, les mots des étoiles sont comme les couleurs des saisons. L’instant adapte à celui qui le vit. Mais éternel, d’ici ou d’ailleurs, dès maintenant ou demain,  l’espoir inscrit toujours pour tous son élégante lumière comme un poème sur sa feuille.

Mots de novembre


Je croyais que les journées interminables
En mots de poussières étalées sur la lumière
Etaient, avec les cigales, les plus bavardes.

Il y a pourtant, même en silence, plus de mots
Sur le rideau tiré bien tôt de novembre
Entre les feuilles de l’oubli des couleurs solaires

Et les pages du foyer, menteur de chaleur
Sur plage de parquet, canapé pour transat,
Caverne en laquelle se dit le mal d’aujourd’hui,

Paisible derrière le rempart des vitres
Qui n’ont aucun souvenir de toutes saisons
Et qui muettes ne me soufflent ce poème.

Poésie 4


Du haut de son balcon, au bout de sa tige blanche de robe de chambre, de son regard aussi noir que sa chevelure qui semble s’être emparée, dans le vent de ses rêves, de l’ombre passée, et tandis que le matin n’offre qu’une lumière solitaire, mémère scrute le va et vient des palettes de fruits et de légumes.

 

Dans la rue, en attendant de rentrer, les poubelles bavardent sur les couleurs venues d’autres soleils avec celles de lunes oubliées qu’on leur a déchargé, et les parfums s’étonnent et s’enfuient en découvrant leur mort à venir et tenace en l’instant qui s’enfuit des tombeaux.

 

Farandoles de camions se garant au bord des ruisseaux des rigoles, la rue des abbesses s’éveille dans son éternité quotidienne au goût de mon éphémère café qui noie mes songes pour éveiller ma pensée.

 

Demain un autre entendra ces mêmes mots qui ne se disent pas et il entendra le sens qu’il voudra. Rien ne changera l’éternité quotidienne.

Du train


 

Du train, Boris Sentenac, tous droits réservés.

Du train, Boris Sentenac, tous droits réservés.

 

Cadre immobile du regard aussi solide que la réalité,

Fenêtre sur le temps défilant dans l’espace,

 

Dehors,

Comme inutile : n’ayant plus d’autre mot que la seconde,

Le lieu s’étire et se déforme

Comme mots jetés aussitôt qu’ils sont dits.

Mots de pouvoir


Les mots pleuvent comme orage

Pour que se taisent de force

Colombes, pies, corbeaux

Et éviter la peur

De tous chants inconnus.

 

Les mots, sur les cultures,

Noient de silence dicté

Les tiges encore secrètes.

Elles meurent de noires promesses

De soleils éclatants.

 

Les mots pour le pouvoir

Sont les mots des faiblesses,

Le bruit des mal-aimés

Imposés en raison

Et sourde déraison.

 

Les mots gravés, blessés,

Louange de leurs remparts,

Et depuis trop longtemps,

Exprimant leur prison

Ne parlent que malheureux.

 

Les mots, en cache misère

De leurs trop nombreuses failles,

Néanmoins en poussière,

Blessants de leurs blessures,

S’effritent en chaque oreille.

 

Ces mots réduits aux maux

Ne savant rien des mots

Sont poison de bavards

Sans question pour réponses

Qui dictent le bonheur.

 

Assassin des nuances

Comme pour prendre pouvoir

Que tu ne veux subir

Comme orage sur champs

Tu t’assassines toi-même.

 

Il n’est pas toute une vie

Un seul sens, une seule voie.

Tous tes mots préférés

Ne sont que de ta voix

Et jamais absolu.

 

Pour aller au plus loin,

Les marins ont quitté

Les rivages connus

Pour ainsi découvrir

Les voix de tous les mots.

 

Tous forment la pensée

Et sont moyens des sens

Qui, même s’ils sont abstraits,

Expriment tout le spectre

De ce qu’on ne voit pas.

 

Tous les langages s’apprennent,

L’ignorance n’est pas grave.

Ne pas apprendre l’est.

Pour aimer apprendre,

Il faut savoir s’aimer.

 

Dans l’espoir silencieux,

Et en cohérence,

Ne donne aucun des mots

Que tu n’accepterais

( « Jamais ! » ) de recevoir.

les lacets des mots


Astre des ombres,

Nuit de pluie d’étoiles,

Les mots se livrent

 

En lacet de maux

Se nouant comme neige

Qui lie ciel et terre.

 

L’encre des lettres,

Sans chemin de page,

Fait trace de nos pas.

 

Flocons oubliés

Sitôt lu le point

Des mots retournés,

 

Dénis et non – dits,

Tous les paradoxes

Comme entité font

 

Billets sans valeur

Des plus riches promesses

Que ne sont récits

 

Tels griffes sur congère

Soufflée par un vent

Et noyée du jour.

 

D’un bout à l’autre

Comme tour de nuage

Les mots sont ruban.

 

Ils s’étirent alors

De bout en bout et

Ne finissent toujours

 

Que nu de parure

Sur la vérité

Qui dénoue les maux.

Des mots de nuages


Il n’est sur le monde de vision stéréoscopique profitable.

A l’inverse de chaque traînée d’avion, qui toutes s’inscrivent sans relief, certaines de leurs caps sur le rêve qui masque les étoiles par un savoir (un seul comme soleil), la pensée unique de chacun lancée comme flèche sur tous, même habillée de chaleur caressante digne de doux printemps, ne peut être louable de crédibilité. Il est déjà trop de mensonges, trop de filtres de lumière, pour qu’apparaisse une seule vérité sur la réalité. L’évolution en témoigne grâce mais aussi malgré nous. Il est un tout pour multiples langages.

De ces mélanges, naît parfois un arc-en-ciel. Pour tous, extase de la surprise suivi du silence de l’enfance que l’on fait taire comme le cris du réel. Notre survie est – elle un mensonge de transparence ? Le spectre décomposé de la lumière n’est – il qu’une magie de conscience ?

La certitude voudrait s’inscrire en éternité. Pourtant, même si nous manquons de temps, un jour chacun en aura mais n’aura plus rien que cela.

Hiérarchiser consiste à juger. Juger consiste à condamner. Des deux parties, une gagne tandis que l’autre perd. Ce qui est perdu pour tous est alors la part d’humanité inscrite à jamais dans le passé qui s’étire en silence hurlant sur chaque matin.

Je préfère, et le dire est peut – être déjà de trop, dans ma quiétude et sans me mentir sur quelques paroles plus légères que le vent, chercher des mots de nuages qui n’auraient pas encore franchi la ligne d’horizon.

Voeu


Comme aucun vacarme, le cri du propos n’en est pas la force. Il n’est que tempête venue du désert du bonheur. Son souffle n’est que transparence de revenants. Il n’engendre que la crainte sans jamais se faire respect.

 

Fermer les yeux n’efface aucun fantôme.

 

Il n’est de spectre que celui de nos faiblesses. A chacun, à chaque communauté, sans rien renier d’essentiel, en ce moment d’espérance comme en tout autre pour chacun, en cette époque charnière pour tous, puisque nul ne sait si la poussière de l’horizon vole par colère ou en sérénité, pour qu’éclate alors la peur des mystères et que les cris deviennent chants, je souhaite la force d’admettre les mots simples à dire de chacun dans sa sincérité comme à entendre dans la tolérance par tous. Je souhaite à tous les mots simples de toutes les vérités.

Il nous restera ça


Photo : Boris Sentenac, droits réservés

Photo : Boris Sentenac, droits réservés

Les étoiles de la ville

S’étirent silencieuses

Et sont comme engourdies

Sur les rides mystérieuses

De la couverture des espoirs

D’horizons manqués.

Et quand les mots s’échouent

Sur le souvenir du départ

Et de son soleil de certitudes

Lui-même parti du port,

.

Il nous restera ça.

.

Ciel de suie

Comme vieux papier mâché

Sorti du coffre de l’enfance

Gardé par la poussière

En dernier rempart,

A l’ombre improbable

Des larmes d’étoiles

Evaporées en timide dignité

Par la lumière prétentieuse des hommes

Sur toutes les prières.

Des bruits (2)


Dans les rues de tous les jours

Nos taches de bruits diffuses et continues,

Fil de vie infini sur lumière transparente

Traduit en mots se voulant relief de nos plaines

Couronnée de l’horizon haut perché,

Ecrasent le sommet rêvé

Que chacun tête baissée rend aussi sourd

Que l’opulence illusoire rend aveugle

Tous les regards quotidiens

Sur un bruit de source.

Les oiseaux


De la pelouse souillée qui borde les murs des savantes lumières, un gardien de cimetière élancé dans l’oubli des saisons, droit comme une aiguille de cadran solaire, à jamais vert comme notre fauteuil improvisé, écoute de loin nos révolutions vaines du monde qui s’envolent, légères de notre jeunesse, dans sa caresse invisible et froide de l’hiver. Le silence de ce cyprès se confronte aux chants qui habillent la ruine cyclique de l’ombre de l’été passée de l’opulence verte à la nudité des branches implorantes. Le temps démontre encore ses réticences en nous aveuglant par la courte ronde du soleil pale semblant alors fatigué par nos discours ainsi écrasés. La ville, comme ayant repris son souffle avec les oiseaux pour ultime bonsoir lancé au jour, s’offre en déchirure comme poème de ratures. De mon silence, l’écho de nos bavardages me parle de ma solitude.

La nuit s’invite offrant quelques heures de dernières faveurs par injures d’ampoules. Trésor vainement caché des rides par volets fermés, rideaux tirés aveugles d’espoirs. Ma plume endormie, sourde et silencieuse de reproches de ses caresses réduites en souvenirs, prie les oiseaux qui s’écoulent sur mes joues.

Alors, la loi du règne des contraires pose son diktat puisque le jour s’est fait nuit. Maintenant l’appétit se fait nausée, les goûts et les parfums abandonnent leurs nuances et leurs différences faisant de mes émotions un reflet nu et juste mécanique. La vie perdure soumise à sa colère : mère perdue de cauchemars. Il reste la peur.

Tempête transparente, souffle coupé de plume, il est temps de bercer la Géhenne des mots pour éclater mes maux par la brûlure de la nuit. Que chante et vole l’innocente simplicité née de complexités ! Alors mon regard sera celui des oiseaux qui chantent haut à l’horizon comme prières lancées sur la fuite du néant pareille aux chants qui habillent la ruine cyclique de l’ombre de l’été, comme une insolence sur le malheur de l’oubli.

Plutôt que d’un manteau de corbeau digne des heures de fatigues, je m’habillerai de leurs cierges.

 

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