Automne


Sous les rêves devenus froids et secs, l’enfant transparent jouait avec les cadavres de son printemps.

Comme pour profiter des dernières couleurs, de ses doigts verts et inombrables, le jardinier tentait d’ordonner la mort.

Mais ne vivant qu’au présent, le vent se moquait de ce que disait l’instant.

L’exécution


Oh non, le sourire vers le nuage du jour

N’a oublié le cauchemar de l’horizon :

Bien qu’encore naïf, coupant le vent jugé,

Le bonheur exécute la condamnation.

Le vent


Le vent s’engouffrait dans la voile
Sans plus jamais en faire un ventre
Il se contentait de chanter.

Le vent a repris son souffle
Sur le mat squelettique
Il a offert un silence furtif.

Le vent s’est alors fait tempête
La voile s’est gonflée vers l’horizon,
Et se sont arrachées les amarres.

Le vent est le voyage,
Le choix rond de la voile
Loin des terres quadrillées.

Le vent ne mène à aimer
Que tous les rêves de la voile
Et j’oublie le gouvernail.

Le vent s’essouffle
Ici en un nouveau port,
Et s’effondre la voile.

Le vent emporte
Mes désirs et leurs prétextes,
Et m’offre d’envoutants parfums.

Le vent est le piège
Qui étire mon premier sourire
En langage de papillon.

Le vent est ignoré :
La caresse de bavardages
Fait les nouveaux nœuds.

Le vent de l’absence s’oublie :
Mais de toutes croyances d’amarres
Ne naitrons que de nouveaux espoirs…

Regard sur le temps


Ma lucarne figée comme la saison scrute l’âge de l’abandon, le temps des promesses, la moitié de vie répétée.

Au loin, au-dessus des toitures présentant leur profil en parallélogramme de leur cadre régulier, l’hiver peigne les arbres et s’enfile dans les flammes froides des peupliers, tandis qu’auprès de tous les souvenirs élancés de feuilles, conversant sur le vent, s’égoutte le ciel de ses larmes.

La transparence des veines jusqu’à l’origine fera la couleur du printemps tombant en lumière pour l’heure grise, comme le silence sur fouillis de branches sombres de patience comblée de mots bruyants pour tous et brillants que pour soi, même pour toi.

 D’inspirations en expiration


Le vent se réveille et se presse comme s’il avait dormi trop longtemps, écrasé par la chaleur de l’été. Il s’engouffre dans les rues et prend son élan pour rejoindre l’océan. Les arbres tentent de le retenir mais leurs feuilles fatiguées sont arrachées par son souffle vigoureux.

La peur le pousse. Il tire la pluie qu’il fuit, ce rideau qui le dévore en s’écrasant sur l’automne qui traine sur les trottoirs. Le vent reviendra, il reprendra la rue, toujours aussi pressé, en hurlant sur les contrevents ses voyages avec son langage en voyelles soufflées. L’hiver effacera les derniers souvenirs des arbres qui, comme sur nos tombes, n’ont rien d’éternel.

D’inspirations en expiration, de sommeil en rêves éveillés, à l’intérieur des rues comme à l’extérieur du regard de nos fenêtres closes, l’oubli fait partie des saisons qui se répètent. On sait ce que l’on oublie, on retient ce que l’on ressent.

De notre amie


A Céline,

 

Terrasse engourdie, place de la Sorbonne, de la vigne de la nuit, il reste un jus chaud dont l’univers de tasse blanche montre ses galaxies de mousse et de bulles comme autant de regards différents se liant.

Soudain, venant de loin, la brise me salue d’une caresse mesurée. La solitude par ses mots de silence, prend la parole du souvenir de ses sourires anisés des chaleureux crépuscules de Marseille d’où vient peut – être ce souffle.

L’instant solitaire de la distance n’est pas lame à couper la corde de l’horizon, il a l’âme du lien. Le bonheur n’a que les conditions qu’on lui donne.

Gravité de l’amour emporté au loin, il nous reste, à nous trois, la gravité de notre amitié gardée. Elles continuent de tournoyer à deux pour une et à une pour nous. Ma cuillère a fait taire la solitude furtive des heures obligées de la journée qui s’est noyée dans mon café avant de l’avoir bu. Il s’écoule maintenant, chargé de tous les instants sur l’univers de ma page blanche en mon poème.

Entre deux mondes


La mer dépose sans cesse les reflets des jours passés.

 

Poussière blonde pour frontière de l’origine qui agonise éternellement sur le devenir déjà mature du haut de l’âge de ses falaises.

 

Tout en dérobant quelques perles salées, le vent les unis.

 

Salué par les vagues et quelques vagues d’innombrables tiges d’espérances vertes où s’attardent quelques nuages de laine faisant bombance, il voyage sans cesse en transparence fouettant tous les masques des regards qui ne voient que leur monde et hument le souvenir d’un autre pour faire leur langage myope de savoir et lucide de croyances.