Sans titre comme le reste


Devant l’immeuble ou est né Auguste Comte : fondateur de la sociologie, devant le bâtiment, un escalier double comme le monde accueille quelques pigeons inconstants et une canette de bière dressée et figée dans une éternité qui n’ira que jusqu’au lendemain.

Le silence n’existe pas. Le monde est partout et pourtant il ne réside pas dans ma solitude.
Deux enfants allemands courent en criant insouciants sur ces marches de fatigue et de patience inutiles tandis que les parents,  dans ce même langage qui dévore l’air, décident de l’immédiat sans ce soucier de demain.
Ils s’éloignent découvrant ce que je ne sais et ce dont je me fiche. L’Odéon, le jardin du Luxembourg, le monde spectacle qu’une sirène de police déchire sans défigurer ma patience.
Patience de quoi ? Sinon patience de tabac, patience de rien.
Je n’aurai pas voulu être Auguste Comte dont j’oublie le nom. Mais je voudrais être simplement sans plaque être ce qu’il est dans le prétexte. De son rappel que je vais oublier dans l’heure.
Comme ces allemands qui n’ont rien vu alors qu’ils regardaient partout.

Le bruit des autres


Pareil aux ténèbres qui ponctuent les éclats entre chaque etoile, pareil à la pudeur de l’espoir comme si se taire lui permettait d’être, le légitimitait,

Le bruit des autres est telle prédiction d’apparition de nuages ne restant pourtant que transparents.

Vérités diverses à la prétention de réalité, le bruit des autres est ce qui impose mon silence.

Bavard d’âge


Bavard d’âge
Qui a conjuré le sort
Par l’esprit sur son corps,

En milliers de secondes
Par une seule aiguille
Trempée comme plume de poète.

A jamais l’instant
Dira l’éternité de l’être
Aux regards de passages,

Furtifs comme l’instant
Qui le ramène à son sort
De bavardage.

 

Tard sur sa page


La nuit rouge prépare aux abondants bavardages
Qui s’effacent à la lumière brûlante
Comme le silence
Ne prend jamais sa place.

Le regard dilaté se noie dans l’heure oubliée
Qui s’impose en lumière d’un long silence
Comme le bavardage
Ne dit jamais sa place.

La Tache de lilas éclot sur la chemise blanche
Qui parle du néant de cet instant blême
Comme le poème
S’allonge sur sa page.

Mouvement


Mouvement, Boris Sentenac, tous droits réservés.

Mouvement, Boris Sentenac, tous droits réservés.

 

Sauf la mort, tout est en mouvement.

Peu importe la direction puisqu’elle s’inscrit dans le temps qui lui échappe comme chaque feuille d’un arbre qui, de printemps en printemps, tente de l’attraper, chaque fois imperceptiblement plus proche et pourtant toujours aussi loin, comme si son langage, son vrai mot caché derrière tous ses noms, ses pseudonymes, ne pouvait – être qu’éternité : une réalité sur le mensonge de l’espoir.

Du train


 

Du train, Boris Sentenac, tous droits réservés.

Du train, Boris Sentenac, tous droits réservés.

 

Cadre immobile du regard aussi solide que la réalité,

Fenêtre sur le temps défilant dans l’espace,

 

Dehors,

Comme inutile : n’ayant plus d’autre mot que la seconde,

Le lieu s’étire et se déforme

Comme mots jetés aussitôt qu’ils sont dits.

Ab sens


L’absence est une tasse noire aux galaxies nefs de bulles d’étoiles de café déjà consommé.

 

Obscure en ses pupilles dilatées, le regard plonge dans le réceptacle rempli seulement du temps.

 

La pendule seule en points et en virgules parle à cet instant mais sa promenade n’a aucun sens, en ronde elle n’avance.