Instant de quiétude


Poussières agglomérées, étendues sur le lit mystérieux de flots aux couleurs de rêves, loin au-dessus des nuages, la terre semble comme un drap plissé sous la lumière qui dessine sur elle de son crayon d’ombre l’olivier en soufflant la cendre de son fusain par son secret d’éclat.

 

Promesse en langage de savoir, sagesse de la quiétude, serein du mariage entre la certitude et l’imagination, la terre invite au sommeil. Au loin, le ressac bavarde avec le vent sur le bonheur qui n’a pas de sens. Je le vis dans mon silence.

Pluie


Il a plu, beaucoup.

Les nuages chargés des mots

De tous les horizons visités

Ont abandonné de leurs bagages

Qui, s’ils tentaient d’abreuver les terres,

Ne semblaient plus faire vapeur essentielle

En guise de leurs corps et

Se sont fait leurs pleurs qui

Se sont écoulés finalement

En rigoles : lit propre

De l’oubli de gâchis.


En creusant la nuit, le tunnel de lumières prétentieuses fabrique les reflets du silence des minutes qui s’écoulent sur les rails, attendues sans surprise,  calibrées pour s’arrêter pour quelques adieux qui ne mènent qu’au voyage de la solitude. 

Les villes clignotent de leurs lumières entrecoupées par quelques cavernes. De ces coffres de l’ombre au silence éloquent ou de ces menteuses éclairées d’heures tardives, quelle part de vérité se fait dans le sourire de celui qui a dit son au revoir ? 

Son lit reste froid comme un souvenir. Son espoir n’est que que gain de temps sur rêves. 
Mes mots ne sont que vains.

Sécheresse d’océan


Comme du haut d’une potence,

Aucun vent dans la voile,

Rien pour parvenir au contre jour

Qui découpe le ciel

Comme une hérésie de l’horizon.

 

Sans sommeil mais en fatigue

Comme en gâchis d’énergie

La patience est mouvement

De toutes les vagues

Qui se succèdent comme des secondes.

 

Eau de poison

Sous soleil de sécheresse

Le bateau tel page blanche

Des mots absents

N’accueille que le silence

Figeant l’instant en sa danse.

 

Voguant de port en port

Mon espoir tel marin,

Défait à l’arrivée aveugle

De son prochain départ,

Glisse de mort en mort.

Sans titre comme le reste


Devant l’immeuble ou est né Auguste Comte : fondateur de la sociologie, devant le bâtiment, un escalier double comme le monde accueille quelques pigeons inconstants et une canette de bière dressée et figée dans une éternité qui n’ira que jusqu’au lendemain.

Le silence n’existe pas. Le monde est partout et pourtant il ne réside pas dans ma solitude.
Deux enfants allemands courent en criant insouciants sur ces marches de fatigue et de patience inutiles tandis que les parents,  dans ce même langage qui dévore l’air, décident de l’immédiat sans ce soucier de demain.
Ils s’éloignent découvrant ce que je ne sais et ce dont je me fiche. L’Odéon, le jardin du Luxembourg, le monde spectacle qu’une sirène de police déchire sans défigurer ma patience.
Patience de quoi ? Sinon patience de tabac, patience de rien.
Je n’aurai pas voulu être Auguste Comte dont j’oublie le nom. Mais je voudrais être simplement sans plaque être ce qu’il est dans le prétexte. De son rappel que je vais oublier dans l’heure.
Comme ces allemands qui n’ont rien vu alors qu’ils regardaient partout.

Le bruit des autres


Pareil aux ténèbres qui ponctuent les éclats entre chaque etoile, pareil à la pudeur de l’espoir comme si se taire lui permettait d’être, le légitimait,

Le bruit des autres est telle prédiction d’apparition de nuages ne restant pourtant que transparents.

Vérités diverses à la prétention de réalité, le bruit des autres est ce qui impose mon silence.

Bavard d’âge


Bavard d’âge
Qui a conjuré le sort
Par l’esprit sur son corps,

En milliers de secondes
Par une seule aiguille
Trempée comme plume de poète.

A jamais l’instant
Dira l’éternité de l’être
Aux regards de passages,

Furtifs comme l’instant
Qui le ramène à son sort
De bavardage.

 

Tard sur sa page


La nuit rouge prépare aux abondants bavardages
Qui s’effacent à la lumière brûlante
Comme le silence
Ne prend jamais sa place.

Le regard dilaté se noie dans l’heure oubliée
Qui s’impose en lumière d’un long silence
Comme le bavardage
Ne dit jamais sa place.

La Tache de lilas éclot sur la chemise blanche
Qui parle du néant de cet instant blême
Comme le poème
S’allonge sur sa page.

Mouvement


Mouvement, Boris Sentenac, tous droits réservés.

Mouvement, Boris Sentenac, tous droits réservés.

 

Sauf la mort, tout est en mouvement.

Peu importe la direction puisqu’elle s’inscrit dans le temps qui lui échappe comme chaque feuille d’un arbre qui, de printemps en printemps, tente de l’attraper, chaque fois imperceptiblement plus proche et pourtant toujours aussi loin, comme si son langage, son vrai mot caché derrière tous ses noms, ses pseudonymes, ne pouvait – être qu’éternité : une réalité sur le mensonge de l’espoir.

Du train


 

Du train, Boris Sentenac, tous droits réservés.

Du train, Boris Sentenac, tous droits réservés.

 

Cadre immobile du regard aussi solide que la réalité,

Fenêtre sur le temps défilant dans l’espace,

 

Dehors,

Comme inutile : n’ayant plus d’autre mot que la seconde,

Le lieu s’étire et se déforme

Comme mots jetés aussitôt qu’ils sont dits.

Ab sens


L’absence est une tasse noire aux galaxies nefs de bulles d’étoiles de café déjà consommé.

 

Obscure en ses pupilles dilatées, le regard plonge dans le réceptacle rempli seulement du temps.

 

La pendule seule en points et en virgules parle à cet instant mais sa promenade n’a aucun sens, en ronde elle n’avance.

Piano


Les notes graves de la pensée accompagnent les notes légères à peine jouées qui s’élevent déjà comme un écho que seule la subtilité du frappé en fait larme.

Dans la gare, l’arrivée de l’escalator à la hauteur du piano est le début du voyage qui va s’étaler, transparent comme déjà fini, sur la vitre et s’étirer comme retenant l’être qui, en émotion furtive, confondra la nostalgie avec l’espoir.

L’oubli fera de l’instant la réminiscence étendue et floue comme l’horizon vers lequel le train emportera son voyageur.

Nul souvenir encore. Il reste à bâtir sur l’émotion du piano.

Larme de rose


Au matin quand le silence ne sait si la louange de l’heure est déjà chaude ou encore froide, le temps à cet unique instant se fige et la terre timidement donne ses vapeurs tandis que le ciel n’ose encore les saisir.

 

Chaque jour commençant est le règne de l’ignorance fugace comme la vie, éternelle comme jamais aucune de ses empreintes. Le soleil en seule horloge s’élève pour faire de sa couleur la lumière pour la naissance des ombres et la brûlure des blés. La vie se fait avec la mort.

 

Le matin : un instant figé comme la mort, nous parle du nécessaire de la vie. De l’éternité mélangée au chaos comme pour défaire le néant qui guette. Et parce que l’on sait l’horizon aveugle du cyprès, horizon de murs pudiques ou horizon de l’éternité à la grille lourde et grinçante comme une insulte envers le silence, il ne se dit aucun mot.

 

Et puis soudain se fichant de la volonté des hommes, du ciel et de la terre, du haut de sa tige d’épines cohérentes à son caractère et paradoxales à sa beauté, sur sa robe froissée de rêves, se destinant à rattraper la pente du temps, perle une larme de rose.
Dans le même thème, découvrez le poème de Margot Roisin :
https://versantares.wordpress.com/2017/08/04/rose-rouge/

Cendres


Dénuée de souffle, la lune n’est que reflet de feu.

 

Elle scrute de son regard de cendre quelques nuages gris semblables à son œil comme pris de cataracte.

 

Ici, loin d’elle, les couleurs ont brûlé et les parfums l’ont rejoint comme voyage un souvenir.

 

Adieu cigale : sans être à la saison des mimosas lorsqu’ils éclatent en milliard de soleils, alors que la colline s’est fait votre ambassadrice, votre chant d’amour est devenu silence de mort, comme poussière grise de lune.

 

Les hauteurs désormais n’ont plus pour phrase que leur ponctuation noire et figée qui s’élance vers les ombres rondes de monts mystérieux bordant des mers de fusions éteintes ainsi sans plus de mots.

 

La nuit au cœur des résidus d’étincelles, tels les hommes faisant monde, nul ne peut dire de cette terre ou de la veilleuse de rêves, qui est le reflet de l’un ou de l’autre.

 

Elles se regardent avec le silence nécessaire pour entendre les souvenirs d’enfance.