Aussi rare que furtive


Le soleil fatigué de son voyage étreint ma voisine à sa fenêtre et dans son peignoir tandis que les mouettes, ayant suivi les reflets de lumière du fleuve pour arriver jusqu’aux dorures de la ville, en les surprenant, discutent avec mes souvenirs de la ville d’azur.

L’instant des mélanges s’endort alors dans son discours de silence. Pour apparaître comme l’évidence, en chacun toujours intime, la beauté est aussi rare que furtive.

Importance du doute


Que dire des nuages blancs sur ciel bleu et que nous disent -ils de leur légèreté faite d’essentiel ?

D’ici, la confiance en l’oubli fait taire le doute. Mais elle est grossière tandis que la mémoire cherche toujours le mot juste mais finit aussi par ne trouver que son doute.

On finit par vivre, confus, sous tous les cieux sans qu’aucun ne soit important.

Solitudes partagées


Le soleil ôte son vêtement du jour devant ma fenêtre qui rougit par sa pudeur tirée en regard baissé, puis se glisse sous son drap d’horizon et devient l’amant d’autres heures.

Au matin de mes sourires qui suit les heures sans mémoire, il reviendra éclairer toutes les solitudes partagées.

D’un silence à un autre


D’une terre à une autre, tu passes toujours par l’origine de tout.
D’un vent à un autre, comme tes voiles, tu la respires.
D’un verre à un autre, aussi plate que sphérique, tu la bois.
D’un poème à un autre, colorée pour aller du néant au chaos, tu l’écris.

Notre père de mort


Tandis que l’eau s’esclaffe en s’écoulant,
La transparence en chacun
Ne peut être qu’en se disant.
Le mystère est une sécheresse
Que seules quelques larmes tentent en vain
De perler comme quelques étoiles
Tandis qu’il devient notre manteau,
Tandis qu’il est froid et souffle toute flamme,
Tandis qu’il est notre père de mort.

Rue de la mémoire


Chaque goutte de pluie est comme une fraction d’éternité qui s’étale sur le trottoir de la mémoire.

La rigole s’abreuve de l’oubli tandis que le bitume brille pour mes pas destinés à trouver autre lumière que celle de sa rue.

En corbeau de prairie je chasse, immuable et sans distinction, les nombreux pigeons et les rares colombes.

Et dans les égouts, mon enfance rit encore en sautant dans quelques flaques d’erreurs englouties.

De l’eau et de la lumière il me reste en poche quelques mots gentils pour quelques soleils en verres.

Je sais la banalité qu’hier n’est plus et que rien n’est certain pour demain sinon que l’espoir d’un éclat encore obscur.

Rien n’est grave puisque tout peut l’être et puisque savoir ne suffit pas, puisque rien n’existe sans son contraire,

En traversant la rue, chaque goutte de pluie est comme une fraction d’étoile qui s’étale sur le trottoir de la mémoire.

Le temps de l’amour


L’amour est enfant.
Il est étonnement
De nuages dans le ciel
Sans aucune infecte stupeur
D’une pluie résignant au foyer.
De l’âtre, rien n’exige la chaleur,
Des rues, rien n’exige de parapluie
Tous les lieux s’écoulent ou s’illuminent
Toujours légers et vaporeux
En source fraîche d’enfance
Avant que pour le monde
L’amour ne soit pluie.