Lame


Son éclat, d’un coup, en dernière lumière tranchante, n’est que la volonté de la main puissante de l’occasion d’un chaos.

Alors, à quoi bon la maudire puisqu’on ne la sait qu’universellement sinistre ?

Aucune herbe dansant sur le silence du soleil et rendant les caresses du vent n’y résiste et finissant alors en flocon de parfum comme l’égocentrisme éclaté, toutes les tiges rendent ainsi l’essentiel à chacun désœuvré et pour tous magnifiés.

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Ventre bleu et rond


Habillé de vagues étincelantes ou éteintes mais toujours en caresses ou en colères au mépris de ses secrets qui n’ont rien à envier aux savants piétinants les univers de zinc,  aveuglés par de pétillants soleils versant leur couché et bavards comme des mouettes, tu es, ventre bleu et rond, comme l’utopie de l’amour qui aurait soumis la réalité : le don de soi comme le possible à ceux qui meurent quand même de vivre.

Alternance d’absences


L’absence intermittente de l’essentiel grandissant, et restant néanmoins à élever, se vit comme le vide : bien que contre – nature, il soumet en chaos répétés la démonstration de son contraire.

Lorsque vient la nuit prévue déchue, te voici, malgré toi, comme un chien implorant le repos tandis qu’on lui demande d’être notre amusement d’aller – retour vers un bout de bois, au fond lancé pour rien. Le retour est aussi nécessaire que le départ inutile.

Tandis que la flamme timide de la bougie du foyer, alors vidé de son éclat, ne contente l’absence répétée, et à la septième lumière éteinte en partant de la lune et tout au long de son espace qui ruissellera en semaine, la harpe des étoiles secrètes s’écoule dans le sommeil naissant en vibrations de clapotis et réveille une inexplicable sensation éternelle de l’enfant de tout temps telle celle du baiser fort, serré et parfumé des grands-mères.

Ainsi, en rengaine éternelle, te voici à ton tour en semaine semblable à un arbre lisse et tendre qui marque sa jeunesse comme une ombre statique sur son âge à venir.

Bonheur moderne qui absorbe tout en spirale comme un trou noir dont le cœur n’est qu’un nombril passé de minutes en souvenirs.

Départ du retour


Nous voici, à la sortie de son palais froid et pressé que nous semblons déjà oublier dans le départ d’un retour ou le retour d’un départ, dans un tunnel d’espaces grinçant de douleurs par sa lenteur du commencement et maniant le mouvement du monde en nous en rendant sourd. En franchissant la forêt de pilonnes, de poteaux et de lianes anthracites aux feuilles d’éclats furtifs dévorées par ce fameux lombric gourmand de fer et de verre, il me semble que fuient les plumes libres des exigences faibles dans la seule limite du couloir ferré que nous incarnons à chaque passage de chaque instant croisé.

La vitesse folle des frustrations ou insuffisante des envies se soumet au temps des étrangers de l’éternité qui se souviennent des bons mots de leur enfance obligée en guise d’échange de la tranquillité qui trouble, à l’instant, l’opportunité de la composition. Les vaches ont alors, au moins, l’œil de la vérité inutile.

Si l’exigence de la suprématie est liberticide, elle engendre ainsi un point de vue sagement trompeur et alors révélateur d’un moment qui file vers son chaos alternatif pour qui le voltage maîtrisé n’est même pas un grattouillis qui effleure la conscience gorgée d’excuses impalpables. En tout, l’importance est égocentrique.

Smermesnil dort


Perché sur son plateau dominant la vallée de l’Eaulne, entouré de ses champs qui tutoient l’horizon ainsi que de prés aux clôtures de tiges vertes en fouilli gris caressées par les vents, Smermesnil repose. Mais cette terre est survolée et pillée par des ténèbres de tout temps redoutées. Ces démons, quand ce n’est pas la pluie couchée sur les bourrasques et qui fouette les visages et les mains rougies, imperturbables dans leur besogne et faisant preuve d’une patience qui fait frémir ceux qui s’en approchent, croassent à chacun des habitants que la mémoire devient la solitude oppressante. Les paupières se ferment sur l’âme de ce petit village écrasé alors par la couleur aveugle.

Smermesnil dort.

Les prières, envolées lorsque ses pierres furent condamnées, avant d’avoir été rappelées par l’élan nouveau de la girouette, ont depuis longtemps le poids de deux vies, et ont souffert, attaquées elles – aussi par l’armée de rapace sans pitié de l’Histoire, et sont désormais closes.

Smermesnil dort.

Ses maisons, dans lesquelles règne l’âtre au charme d’antan, semblent vouloir s’étirer par la fumée du feu de leur cheminée vers d’autres cieux, tout comme son café aujourd’hui sans ses tournées de réconfort.

Smermesnil dort.

Son château ne détient que la fougue bleue d’ailleurs qui serait pourtant bien nécessaire ici. Mais l’école du village, elle, ne vit plus qu’avec le sursis d’une moitié pourtant condamnée.

Smermesnil dort

L’éclat est ailleurs et ainsi, les anciens – masqués par la buée éternelle – observent les corbeaux avec lesquelles ils sont la présence dominante.

Smermesnil dort.

Le soir, dans la nuit confuse dans laquelle on ne peut s’empêcher de ressentir le mystère qui nourrit la vision trouble du passant qui s’aventure dans les tourmentes de souffles mouillés et à qui apparaissent les plus horribles spectres qu’il chasse avec sa torche après avoir sursauté, on se niche chez soi, sachant le triste destin de Smermesnil. Alors, on  oublie en se plongeant au milieu des rois et dames de cartons avant d’accompagner Smermesnil qui dort.

(souvenirs de 1994)

La raison et l’émotion


Au rythme de la caresse du sourire des heures d’illusions, la ronde des étoiles en spirale : guides oubliés des voyageurs d’autrefois, offre la traversée rêvée faite de patience en répétition évolutive du temps et fait d’un néant le cosmos dont on sait qu’il fuit pourtant vers son absence.

Ici, sous cette voûte, le poète voit le grand mystère éclairé d’espoirs. De lumières ou de mots, le langage initie la pensée.

Apaisé par le silence infini, son regard s’arrête alors vers les saluts mal élancés des moignons bien rangés des chemins. Frustrés par la perte imposée de leur expression ils sont pourtant envahit par l’énergie exaltée qui les recouvre.

La raison n’a –t- elle pas pour mère l’émotion ?

Réveil de reflet


Montagnes de soleil

Au matin, la lumière ne se satisfaisant de rien, implorée par les squelettes élancés des terres sombres et recouverts de souvenirs diffus d’étoiles de l’hiver, redessine, entre le jeune pinastre et les pleurs du jardin, les nuages en éphémères montagnes d’or.

J’admire cette humble richesse qui me rappelle à l’idée que la splendeur est éternellement de passage, digne d’une promesse naissante. Et, en dépit d’une apparente passivité, l’évidence éclate : la beauté provient toujours d’ardeurs.

L’imaginaire réel, à cette heure où la fatigue glisse dans l’oubli, précipite le regard comme un reflet sur la raison.

montagne de nuages