Du train


 

Du train, Boris Sentenac, tous droits réservés.

Du train, Boris Sentenac, tous droits réservés.

 

Cadre immobile du regard aussi solide que la réalité,

Fenêtre sur le temps défilant dans l’espace,

 

Dehors,

Comme inutile : n’ayant plus d’autre mot que la seconde,

Le lieu s’étire et se déforme

Comme mots jetés aussitôt qu’ils sont dits.

Piano


Les notes graves de la pensée accompagnent les notes légères à peine jouées qui s’élevent déjà comme un écho que seule la subtilité du frappé en fait larme.

Dans la gare, l’arrivée de l’escalator à la hauteur du piano est le début du voyage qui va s’étaler, transparant comme déjà fini, sur la vitre et s’étirer comme retenant l’être qui, en émotion furtive, confondra la nostalgie avec l’espoir.

L’oubli fera de l’instant la réminiscence étendue et floue comme l’horizon vers lequel le train emportera son voyageur.

Nul souvenir encore. Il reste à bâtir sur l’émotion du piano.

Train du soir


Ou bien alors en fendeurs de poussière

Quelques fantômes plus furtifs que nuages,

Au bord du chemin en paroles d’horloge,

Personne n’accompagne le pas de l’escalator.

 

Le long quai des cavernes de transit,

N’est qu’évidence de destinations.

Sans faire verni, des gouttes de pluie tachent

L’instant et se figent comme tout le reste.

 

En bégaiement, rengaine de tous les jours,

L’infini est inconnu sur traverses.

Ici, seuls les trains n’évoluent que pour

Arriver dans les maigres quotidiens.

Le visage du rêve (4)


le visage du rêve 1

(Photographie : Boris Sentenac, droits réservés)

Les ténèbres ne sont lit

Que pour furieux aveugles

Te faisant leur corbeau blanc.

De fils barbelés d’encre

En fraisil gris de nuit noire

Aux merveilles d’éclats de rêves,

La douceur de ton sourire

Sur ton visage est l’éclat

D’étoile sur le rêve des jours.

Mariage de la vérité

Et du rêve de tes patiences

L’éveil ressemble au sommeil.

Chaque heure voyage en train bleu

Au souffle chaud caressant

Les sommets secrets d’aimer.

Le voyage de ta beauté

Est l’ardeur de chaque flamme

Du soleil de tous nos rêves.

Voir « Le visage du rêve (1) » en cliquant sur le lien suivant

https://borissentenac.wordpress.com/2015/08/26/visage-du-reve-1/

Perspective filante


Séparés par le rempart du reflet muet des vitres fumées, se gardant à leur départ les sourires de larmes que la dignité retient parfois, les bras tendus lancent du vide qui s’accroche vainement et pourtant si fortement vers ce qui file dès lors vers d’autres bras aux sourires dont on veut croire qu’ils refusent déjà la fin en son début de la trêve de l’absence, comme une prière qui s’étendrait nonchalamment depuis toujours et à jamais. A l’instant obligé par le sifflet strident et le claquement des portières, l’échelon étroit de la longue voiture à la perspective évidente semble narguer le quai.

C’est ainsi que part le train bondé de joies, de colères et d’espoirs déçus qu’on tente de faire survivre dans un silence de politesse. Il part vers le crépuscule figé depuis le dernier retour en s’arrachant d’une moitié de vérité, qui s’abandonnera avec l’indolence furtive des nombreuses prairies insignifiantes et traversées avec ennui, pour faire place à son autre moitié aussi criante de mensonges d’origine éparpillée en gâchis que la sirène qui s’écrase sur la carcasse qui nous sert de reposoir, venue de là-bas et nous croisant, nous rappelle alors violemment.

Le train roule alors très vite comme pour rattraper les années perdues vers les mêmes étoiles qu’en gare de départ, criantes de l’inutilité d’un partage de bonheur convenu et ainsi habillé de la banalité de la futile communication savante, comme moqueuse de l’essentiel, de l’absence et du lointain.

Les larmes restées sèches s’oublient dès le bonjour devenu flétri et pourtant rare des bras tendus vers l’invisible éclaté dès lors que notre pied foule l’échelon étroit de la longue voiture qui a perdu sa perspective dans son évidence, et qui semble narguer les sourires aux temps depuis toujours et à jamais pressés…