Un instant comme un sourire


photo Delphine Rupp

photo Delphine Rupp

En virgule des jours, au bout de tous les pas, dans un silence de regard, dans la caresse du voyage de l’invisible en partance pour un autre intouchable, nous voici, pour quelques repos de passages et en tous temps du monde, sous quelques faiseurs d’ombres qui s’extasient du reflet éventé des cieux.

En poésie de l’instant, et tout comme elle, l’inutile devient fondamental.

Voyage


Le soleil, en ballon gonflé d’hélium, est amarré à notre immobilité furtive et vibrante avec  l’urgence roulante du temps à gagner.

 

Les clochers, en ombres chinoises et en poussières d’un matin déjà élancé, défilent déguisés en cyprès que la vitesse du songe installé dans le train, tel flèche bleue, nargue en direction des mêmes rêves qu’on veut inscrire en éternité, avant de s’enfoncer dans la lumière somnolente d’un pays d’hiver en quittant alors toutes les promesses de printemps qui regarde l’invisible de la mer.

 

Puis, la tourmente dégoulinante de quelques sommets de forets ou de hautes roches faisant ensemble couloir de vent que notre bolide en tunnel de patience fend, s’écoule dans l’éternité de l’oubli que l’on a toujours pour chaque nuage comme renversée par la lumière éblouissante sur les champs s’enfonçant dans l’horizon comme paroles prépondérantes de certitudes cultivées sur celles des espoirs.

 

En dernier rempart comme salut d’un monde à un autre, il nous reste à traverser, en un nouvel insecte de fer, le dédale sous terre. Sommeil éveillé de l’avenir proche et de tous les « bonjour ! » des quelques jours à vivre comme porte des années à habiter avant de s’enfoncer en nuit pour le retour vers l’espérance de « l’au revoir ».

Espoirs


Le phare qui dénoue dans la nuit

Son nœud éternel de lumière

Pare à la mort comme en son temps

Dieu en ultime éternuement

A craché ainsi toute sa vie

En postillons de rêves d’étoiles.

 

Tandis que la réalité

Est inondée d’une lumière qui

Eclabousse bien péniblement

Le plus grand de tous les mystères,

La vérité est éclairée

De la beauté de chaque espoir.

Aimer


Comme il n’est pas de plage où la mer comme le sable ne se donnent l’un à l’autre, il n’y a pas de hiérarchie dans l’Acte d’aimer.

 

Loin de celle du papillon à la raie d’ailes d’amante restant repliées juste pour mieux bronzer, juste pour imaginer aimer, la beauté qui nous fait vaciller est celle qui unit le cœur, le corps et l’esprit.

 

Le don est la prise au bonheur et il se doit d’être l’égal de recevoir.

 

L’amour est ainsi comme le soleil qui s’offre en parure de reflets à l’eau qui se couche en caresses sur la chaleur gardée comme trésor par chaque grain.

Mystère de retrouvailles


A nous

Autant de vagues que de mots que nous avons eu s’échouent sur la plage. Nous voici dans le mystère de l’aube de nos retrouvailles.

 

Comme il suffit d’entendre une seule fois le chant qui se donne au sable pour ne jamais l’oublier, nos paroles jusqu’aux dernières résonnent sans aucun adieu que l’on ait su et restent alors suspendues à la peur de la potence du silence et ainsi de dire à nouveau.

 

Cher Xavier, dix-sept ans s’éteignent.

 

Filet de vent qui enroule les phrases et finit par moudre les mots, loin des flots qu’on se raconte, la poésie à la lumiere de notre renouveau nous lie toujours par son moulin de langage.

 

Cygne dans la lucarne de la mémoire, fantômes et lumière lointaine en angle improbable pour nos terres de toute façon à jamais perdues, de tous les sens qui s’entremêlent le sens d’hier sur aujourd’hui se poursuit dans le sourire qui espère et s’imprime sur demain. On continue de raconter, de se raconter. Il n’y a pas de crépuscule.

 

L’absence n’a jamais fait cesser la ronde du moulin et il reste toujours et encore les tourbillons de vents venus d’ailleurs qui nous ramènent tous dans le courant d’air du triomphe de nos retrouvailles qui s’étirent, se fichant du temps, comme le vent qui caressent nos vagues.

Rideau du vent


Le vent tire sa bâche de nuages sur son plafond noir avant de l’ouvrir, laissant alors tomber un rideau de pluie sur le matin.

 

La poésie, en valise de langage, est salive de voyage.

De la vie


Nul ne sourit à la nuit et au quotidien et sur le livre goudronné s’imprime en dernier vestige de lumière d’hier, la feuille du platane qui découvre, emportée par le vent, sa furtive volatilité dans son ombre de hauts lampadaires en fantôme de souris.

 

Piétinée par les aveugles fatigués, elle éveille mon regard soumit du jour passé à la poésie qui marie le hasard à l’esprit.