Peur


Quel rêve pourrais-tu faire, face à la statue de la peur ?

Sa pierre fait silence des couleurs, en chaleur étouffante d’été et raideur froide d’hiver, elle dévore le temps pour effacer l’espace et devient terreur : or heure de l’aurore, l’errance de ton aire heure happe l’heure et laisse alors la peur qui écrase les verbes en parlant de ta vie avec le langage de la mort

Ne serait-ce qu’un instant, même le vent se tait parfois. Comme s’il devait difficilement reprendre son souffle  pour ne jamais finir sourd ! De l’inconnu vers son mystère il méprise la pierre taillée en crainte pour polir le regard en respect, et lance sur tes membres aussi raides que le granit, ses lassos de tourbillons en soufflant, pour tout rêve : « là-bas… Là-bas… Vite, sauve toi ! »

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Traversées n°87


Le numéro 87 de la revue Traversees est disponible. Dans ce numéro vous pourrez lire des poèmes de Barbara Auzou, que vous pouvez croiser aussi sur WordPress, et quelques poèmes de ma composition.

Bonne lecture.

https://revue-traversees.com/

Savant en croyance


Perdu et enfermé au milieu des hauts pics froids
L’œil de la terre tel cyclope,
Impassible, sombre et froid,
Regarde les cieux en son silence
Laissant les mots pour le vent.

Plus bas, en ponctuation de prairie,
Un peuplier se tient au garde à vous
Devant les souvenirs des montagnes
Fuyant vers la promesse de l’horizon
De mers encore lointaines.

Droit sur sa terre, planté vers le ciel
Comme une plume sur sa page en guise de ciel
Il semble orchestrer le chant des oiseaux
Qui racontent en chants ce que nul pourtant ne peut dire
Et les rires de la rivière qui se moquent des rochers

Qu’elles caressent en mémoires froides
Courant au rythme des mots éphémères
Et alors inaudible, venus de tous les vents
Formant croyance aveugle de tous les savoirs
De l’endroit et de l’instant.

L’arbre en veines complexes d’hiver,
Aveugle du haut regard comme du trait d’horizon
Se fait autorité de posture en bavardages perdus
Comme soufflés des monts et des flots,
Parlant alors tel le ressac en silence perdu de miroir de nuages.

Ce qu’il sait n’est pas ce qu’il est,
Il est ce qu’il ne croît pas être
Il tend à être ce qu’il ne sera jamais,
Et n’ayant que trop peur de n’être rien
Il parle de tout comme si de rien n’était.

Mensonge


Tu fais mention du songe
Comme la lumière d’un mur.

Rempart de secrets
En reflet de trop de mots

Pour être soleil d’un monde
Que tu ne veux que tien,

Par ta main ta page
Est rendue illisible.

Ta plume plonge son ancre
En ton océan de tiges de tâches

Et ta voix se fait sirène
Pour s’assurer du silence.

Ressemblant à l’heure
Scintillantes des étoiles,

Sur ton oeuvre nul espoir
Pour tous n’a de place.

Comme la rivière constante
Qui ne cesse pourtant de s’enfuir,

Ces instants des rêves te parlent
Comme jamais tu n’en parles.

Dimanche.


Un dimanche descendant comme la rampe d’un escalier : statique, semblant contenir le temps qui lui reste d’une semaine qui finit dans la patience de l’inconnu à venir.

Dimanche faisant de chaque fine goutte de pluie du jour des inconnues d’un temps qui ne s’écoule infini jusqu’à la nuit qu’en larmes sur ce qui est perdu et s’écoulera sur la rigole de ce qui n’est encore qu’à venir.

Dimanche comme un ultime train de retour, un anniversaire en repos pareil au néant qui te dit que la mort de la semaine s’est évaporée de tes cigarettes qui, encore aujourd’hui, consument ton sourire.

Dimanche tousse, crachant sa semaine sans espérer la parole du lendemain sinon qu’au travers du voyage des nuages…

Bavardages de clôtures


Agacement à ce « bonjour » du monde
Auquel tu ne réponds pas
Tandis qu’on t’a appris l’harmonie
Sans que tu ne puisses être.

Les jardins sont reflets des cieux
Et les piaillements sont multiples
Comme il y a autant de jours
Que tu ne sais plus dire.

Carrés fermés formant trottoirs,
Logés en silence et survolés de chants,
Marche vers ton bavardage du jour
Qui paye le silence de ta clôture.

Ombre


Tel un fantôme,
Mon ombre
Me parle du silence

Au gré de la lumière
Elle choisit l’angle
De ses mots

Elle va et vient
Comme la mort sur la vie
Tandis que je marche

Je l’écrase
Je la suis
Elle me suit

Fille de la lumière
Fille de mon être
Fille de rien,

Elle est l’expression
De l’étonnement
Sur l’infini

Elle est le rappel
De la transparence
De la lumière

Que je génère
Par le mensonge du ciel
Et la vérité solaire

Dont je rêve
La nuit
Sous couverture

Du silence
Des étoiles
Scintillantes

Comme son silence
Qui me dit
Mon silence.