Sous l’ombre blanchie


En reflet d’évidence et d’impatience,
Tel paon qui déploierait sa vérité
Sur sa page de poussière d’été
Et tournoierait pour inscrire son monde
Finissant en boue à bonne saison,
Tu n’as vu que de trop belles couleurs
En effet d’éclats que tu sais pourtant
Et tu as glissé en l’ombre blanchie :
Déguisement du confort des envies,
Sans plus lire finement la lumière.

Le temps de l’amour


L’amour est enfant.
Il est étonnement
De nuages dans le ciel
Sans aucune infecte stupeur
D’une pluie résignant au foyer.
De l’âtre, rien n’exige la chaleur,
Des rues, rien n’exige de parapluie
Tous les lieux s’écoulent ou s’illuminent
Toujours légers et vaporeux
En source fraîche d’enfance
Avant que pour le monde
L’amour ne soit pluie.

Vertige du monde

Vertige du monde


vertige du monde

Photographie : Boris Sentenac, tous droits réservés

Tutoyant la montagne qui se dresse devant elle,

Protégée comme un secret par celle qui l’accueille,

Comme pour être en cet endroit sans s’imposer,

Disant l’espérance des hommes dans son vestige,

Fière et droite dans son histoire et pour autant

Ici sans excès, elle indique à qui la cherche

Et à qui la voit, figé tandis qu’on la croise

Tout ce qui ne se dit pas : ce qui est possible

Face à l’élan ressemblant à l’aboutissement

Des rêves de chacun faisant vertige du monde.

Réveil


La poussière de bruits de rues voisines s’envole jusqu’à mon regard.
Les hirondelles déchirent et recollent le ciel.
Furtivement, avec la discrétion de l’éternité,
Le temps ne franchit plus ma fenêtre :
Il s’imprime en blanc vaporeux sur le rêve ensoleillé,
Tandis que les ombres font l’alphabet de l’instant.

A mesure que les secondes étirent leur drap de sommeil,
La curiosité s’éveille lentement,
Soufflant comme la caresse d’une brise légère
Les restes du vacarme des paupières sourdes de la nuit.
Il s’efface en oubli vaporeux sur le monde illuminé
Tandis que les mots feront les ombres de la journée.

L’ombre à l’or


Ombre à l'or, photo de Boris Sentenac (droits réservés)

Ombre à l’or, photo de Boris Sentenac (droits réservés)

 

L’or froid automnal
S’est déposé en drap
Sur

L’ombre chaude estivale,
Ronde comme on a cru
Le monde.

.

Sur la même photo, découvrez le poème de Margot Roisin : Douce illusion

Alternance salvatrice


Au bout de la branche de nuage, la feuille de lumière s’effondre chaque jour. Puis la lumière se fait plurielle et givre.

 

Comme la poésie, elle tente de signifier en chacun plutôt que de signifier à chacun.

 

L’alternance n’est qu’en regard d’insomniaque, par peur de ne plus voir que la lumière ou l’éclat scintillant des nuits qui signifierait la cécité sur soi traversant le monde ensommeillé de tout notre temps.

Instant du monde


La pluie gifle l’herbe qui montre, avant de s’endormir dans l’unité de la nuit, l’heure furtive sur les heures éternelles.

 

L’eau épanche la soif comme une caresse qui s’enfuit.

 

Au travers de notre lucarne, nous voyons notre paradis se nourrir des promesses pour demain.

 

Entre hier et aujourd’hui, avec un goût d’éternité de souvenir et de devenir, nous continuerons de vivre.

 

Au diable les railleries des actes manqués ou des mensonges de chacun.

 

Leurs bruits ne couvrent celui de la pluie qui tombe en gouttes comme elle tomberait en étoiles.

 

Cet instant hors du monde s’inscrit dans son espérance.