Trois saisons et une nuit


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photographie Boris Sentenac (droits réservés)

 

Pour toujours est une promesse de renouveaux éternels.

Caressé par la brise nouvelle au parfum de la naissance, d’un vent timide tu te voues à étirer le don dans la promesse des chaleurs.

Face cachée de la nuit, temps oublié comme évaporé par l’été écrasant de mensonge nos cœurs lovés rêvant d’éternité, nous voici monument d’écorces secrètes, comme mains tendues, père et mère des bijoux verts de notre haute montagne tutoyant l’horizon lointain.

La ride rappelle la vérité de l’éternité. Garde ton sourire plutôt que, s’écoulant finissante, la transparence des larmes des feuilles qui se font soleil crépusculaire à l’aube de l’absence et des gerçures. Traverse encore et à nouveau les trois saisons suivies du règne de la nuit en patience douloureuse pour honorer la promesse de renouveaux éternels.

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Cheminement de la lumière


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Photographie Fanny Austin (droits réservés)

Tel un œil éclatant sans fard, boule de soleil sur ombre de révérences en humble opulence, le mot s’étend dans le sens pour enfanter la pensée. Nuance surprenante engendrée pour l’éphémère présent, elle se marque dans l’éternité du regard et pleure le diktat du statique et condamné sapin prétentieux de gentillesses convenues.

Boule de Noël ardente, tu transcendes les robes noires des pensées hâtives et trop communes qui n’ont pas même de simple reflet. Le cadeau est un résultat terne face à la surprise du cheminement de la vérité qui brille de silence.

Au chant des cigales


Cachée derrière les containers cerbères de ce qui n’est plus, tu attendais le carrosse bleu gardien de ce qui allait être en promesse éternelle.

Vers l’inconnu, comme envoûté par les sirènes de chaque été se faisant mystère des terres, l’espoir filait contre les vents pour se camoufler du soleil brûlant et ne profiter que des caresses des brises sur nos cœurs, nos regards et nos sourires envoûtés.

La poussière dansait sous nos pas silencieux et timides avant que le souhait ne soit foi. Le temps se figeait alors en lumière et en couverture de lit de terre de feuilles et d’amour.

Ici le souvenir reste un miracle. L’instant se fait mémorial. Et nous voici bravant les saisons à chanter comme ces cigales témoins de la patience à jamais rompues.

L heure entame un adieu, l’éternité rayonne sur notre bonjour.

Le foyer en hiver


Le foyer en hiver

Photographie : Boris Sentenac

Quand la neige rougit timidement au soleil déjà couchant, alors que l’étoile, plus tremblante encore, pousse l’instant au néant qu’elle saura habiller avec les promesses à venir que l’on connaît déjà du froid d’hier resté aujourd’hui, la verve du foyer, nourrie de plus belle par la bonne conscience, nous rassure par le confort de son cœur antagoniste à la montagne derrière la fenêtre, au loin, qui l’ignore. La fumée est la seule à fuir les lieux. Amoureuse du ciel en devenir à l’effort inutile : les odeurs s’oublient, la chaleur emportée s’échappe sitôt dans l’ailleurs préférant mourir plutôt que de trahir sa souche.

Au cœur du mensonge salvateur, la lucarne magique balançant quelques soleils futiles (s’éteignant sitôt qu’ils ont brillé) dans un ron – ron de trente secondes chacun à tintinnabuler pendant que ma page se charge des caresses faciles du moment, à côté de la fenêtre, tu déroules à la fulgurance électrique, obligée et prisonnière du verre, le secret des papiers.

C’est ainsi que la tromperie des murs se pare comme chaque soir de nécessaire et de futile indissociables jusqu’à prendre vie.

Regard d’écriture


Spirales de poussière d’eau poussées puis rattrapées par les centaines de mains vertes, évitant l’œil carré trop grand, si petit, essuyé par mes yeux de fatigue bordés de disgrâces face au regard transparent si grand, trop petit, nappé de vanités égorgées par le sortilège grimaçant, le voyage se faufile dans l’immatériel et sur la pluie qui joue à la source.

Face au spectacle, le fruit du papier tortillé, blanc et fragile, d’où s’échappe une araignée de tabac, se perd sur l’espérance nouée autour du cou qui étrangle et tranche la grisaille du caillou d’évidence.

Et dans son espace si petit, bien trop grand, peint de nécessaire et bigarré de bleu, dans cet univers si grand, trop petit, chanté par la plainte d’une corde raide de poussière fuyarde dans l’éternel éphémère, c’est l’inutile fondamental.

La solitude


Prison de la nécessité ou liberté d’être mais imposée, elle est bruyante comme le silence et pareille à un noctambule resté au jour.

Tu traverses la cadence des rondes de soixante minutes étendues pour quelques ronds qui n’offrent plus de couleurs et de lumières sur les murs vides des heures tardives, éprouvantes, craintes et éternellement répétées.

Vient enfin le soir à la lumière de la lucarne vantant le bruit, ravissant bien qu’inutile pour tous, que tu fais taire par lassitude et pour ne plus être le reflet invisible d’un monde dont la présence envahissante te chante l’absence.

Tu te devines de nuit d’amour en amour de nuit d’étoiles blanches aux éclats perdus dans le néant tels une foule automatique en guise de décor des rues ne menant plus à rien et comme d’un quartier devenu étranger.

Abandonnée et alors rendue frêle tandis qu’un simple sourire suffirait à te rendre à nouveau belle, te voici derrière cette porte qui aurait la solitude pour serrure.

Tournesols


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Photographie : Eric Cubilié (droits réservés)

Face aux vignes muettes qui se gorgent de la sagesse qu’elles rendront en ivresses aux excessifs bruyants de bavardages, au loin de la route habillée de ses treillis que la saison prochaine verra raccourcis dans la nécessité et l’indifférence de l’ordre ombrageux, les tournesols accompagnent, avec la vigueur d’un regard d’aveugle, la nature rêvée par tous et pourtant rayonnante par son néant de l’oubli rassurant d’hommes aussi éclatants et éphémères que les soleils des champs de juillet et à l’humanité défilante et douteuse.

Brillants (furtivement !) comme un sou neuf, simples immatures semblant seulement réfléchir leur nécessité comme on prie pour se rassurer, ils pleurent pourtant de n’être qu’eux – mêmes et, déçus à quelques rares heures de vérité, de ne se croire soleil et admettre n’être tels que tournesols opulents et gras.

Le soleil indispensable monte au zénith de sa promesse avant de redescendre vers la déception des rangs serrés et carrés qui pleurent l’horizon vorace étendu jusqu’à leur origine et qui ne sont même pas le reflet de leur vie, pas même, s’il en est, de leur envie : simples girouettes des sols déguisés en soleil finissant juste utilement ratatiné.

De ces tiges coiffées chacune de parure opulente pourtant insignifiante, il m’en reste, pour être, l’enfance d’un souvenir.