Retour involontaire


RETOUR INVOLONTAIRE

Photographies : Boris Sentenac, tous droits réservés

Il reste le vent qui agrippe les sapins. Il rappelle ses mots soufflés sur la cité des mers. Il rappelle le ressac, ici figé sans temps de mémoire et pourtant…

 

Les papillons, comme poème dérobé, tourbillonnent en ardeur fragile et insouciante. Leur repos se fait sur l’offrande d’une fleur avant de s’envoler comme pour éviter l’obstacle que je fais à sa lumière.

 

Figée sur les herbes sèches qui préfèrent l’espérance de l’éternité en leur terre plutôt que de partir avec la certitude du souffle, par ce tapis, mon ombre apparait ridée.

 

La chevelure rase du lieu semble gardienne fatiguée des secrets enfouis qui, plus loin, regardent de leur œil le ciel en absorbant son rêve en vocabulaire scintillant d’une luxure noyée.

 

Au loin, se dresse l’élan des terres qui observait le nôtre. Comme éternel, n’ayant que l’oubli des quelques heures autrefois partagées avec lui et impassible à notre devenir gâché, il semble discuter avec les sommets voisins.

 

De nous il reste la couleur du deuil, celle qui dit le dernier espoir que l’on se veut chacun pour soi et qui orne ici devant la montagne en rideau piquant de chardons enracinés dans leur sécheresse à venir.

 

Et pourtant… Je souris au vent, à l’élan des terres, aux papillons, aux herbes et au prairies infranchissables en savourant la chance de nos sourires d’aujourd’hui.

Monte !


Ne deviens pas ton propre menteur pour faire de toi un mentor.

 

Aucune tempête ne peut souffler l’éclat scintillant des étoiles.

 

Aucune canicule de basses terres n’évapore le trésor simple de reflets de soleil caché comme gloire d’ascension de montagne.

 

Là – haut, le cri de ton regard sur le monde n’éveillera aucun écho.

 

Le silence de ton regard qui s’écoulera sur ta joue te rappellera à la simplicité de la perle des terres secrètes mère de nuages de toutes les mers caressant les terres et qui toujours, pour toutes les mains, s’offre et s’échappe.

 

Monte !

Quotidien


 

Au loin, dans le matin froid, la montagne Sainte Victoire fumante de ses rêves joue sagement à cache – cache avec les collines vertes qui glissent dans le quotidien terne et presque transparent du passé drapé d’habitudes linéaires que chantent en monotonie majeure toutes les minutes des trente cinq du bus au sens des heures à pointer.

 

Dans le néant du soir d’hiver, me voici conscient de la langueur obligée passée et dans le déni de la fugacité de l’essentiel simple à venir. La monotonie est alors virgule des temps. No man’s land comme enfance aveugle sur les minutes qui ressemblent aux heures.

 

L’oubli se coince pincé dans l’empreinte, comme la route, entre les reliefs du matin et ton sourire du soir. Le temps n’est rien.

Lumière d’absence


Laisse toi porter par les brises comme l’amour porte plus loin les regards que ceux d’un indien stoïque scrutant mystérieusement l’étendue des terres immobiles.

 

Il n’est de plume d’amour qu’en simple ornement d’ébène long sur peau d’automne. Dans les cieux, la lumière ne prend couleur que par impraticable détour.

 

Incontournables fulgurances d’étreintes comme impossibles orages de nuit sur ta haute montagne, les mélodies improbables sont vacarmes de larmes.

 

Au soir de la patience, sous les étoiles comme paupières ouvertes, à l’encre brune, plutôt que de crier l’absence au charisme d’une utopie, chuchote l’évidence pour la danse du regard du pâle voyageur avec qui tu partages tant de lunes.