Sans titre comme le reste


Devant l’immeuble ou est né Auguste Comte : fondateur de la sociologie, devant le bâtiment, un escalier double comme le monde accueille quelques pigeons inconstants et une canette de bière dressée et figée dans une éternité qui n’ira que jusqu’au lendemain.

Le silence n’existe pas. Le monde est partout et pourtant il ne réside pas dans ma solitude.
Deux enfants allemands courent en criant insouciants sur ces marches de fatigue et de patience inutiles tandis que les parents,  dans ce même langage qui dévore l’air, décident de l’immédiat sans ce soucier de demain.
Ils s’éloignent découvrant ce que je ne sais et ce dont je me fiche. L’Odéon, le jardin du Luxembourg, le monde spectacle qu’une sirène de police déchire sans défigurer ma patience.
Patience de quoi ? Sinon patience de tabac, patience de rien.
Je n’aurai pas voulu être Auguste Comte dont j’oublie le nom. Mais je voudrais être simplement sans plaque être ce qu’il est dans le prétexte. De son rappel que je vais oublier dans l’heure.
Comme ces allemands qui n’ont rien vu alors qu’ils regardaient partout.

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Rien n’est immuable


Pareille à la robe de mariée (déjà trompeuse à toutes les époques) qui, blanche, ne s’exprime plus qu’en tradition criante remplie de silence, la lumière, comme un phare de nos nuits, que l’on envoie aux jeunes avenirs qui, comme l’horizon, ne sont jamais les nôtres, n’est destinée, pour eux et malgré nous, qu’à être une interrogation perpétuelle.

 

Ainsi, comme le déni que l’on se fait à la source de notre être que l’on canalise ainsi de crevasses de mensonges pour rivière sage jusqu’à l’océan du monde pareille à la force de courants, sauf ce paradoxe si l’on veut croire en l’évolution comme réponse à jamais inaboutie, rien n’est immuable…

Quotidien


 

Au loin, dans le matin froid, la montagne Sainte Victoire fumante de ses rêves joue sagement à cache – cache avec les collines vertes qui glissent dans le quotidien terne et presque transparent du passé drapé d’habitudes linéaires que chantent en monotonie majeure toutes les minutes des trente cinq du bus au sens des heures à pointer.

 

Dans le néant du soir d’hiver, me voici conscient de la langueur obligée passée et dans le déni de la fugacité de l’essentiel simple à venir. La monotonie est alors virgule des temps. No man’s land comme enfance aveugle sur les minutes qui ressemblent aux heures.

 

L’oubli se coince pincé dans l’empreinte, comme la route, entre les reliefs du matin et ton sourire du soir. Le temps n’est rien.

Quand soudain…


Tandis que la place s’étale dans un bruit diffus, le temps se fige par la lumière de ton regard habillé par la malice de ton sourire à faire blêmir celui de la nuit. Il n’est plus d’autre étoile dans mon souffle saccadé, en voyage sans boussole, guidé par un vent de tempête à la seule rigueur de ta caresse.

Quand soudain…

Le silence prend sens. Nous errons depuis quelques mots d’inconnus médusés dans l’étonnement qui se refuse  à sa raison. Il se répète comme pour revenir sur une erreur.

Quand soudain…

Certain du langage, la colère reprend le silence. Son souffle léger s’envole, irrattrapable comme un enfant qui court avec le rire de toutes les émotions. Tristesse, colère et peur se mélangent avec la joie encore vivace de l’instant d’avant.

Quand soudain…

Notre essentiel naissant devient malgré nous indécent. La joie est morte : fusillée loin de là. Il n’y a plus de lieux, plus de couleurs. Les larmes sont encore en caverne tandis que le soleil pétillant de nos verres n’a plus d’inclination dans ses messages de toute soif.

Quand soudain…

Le premier temps d’un amour qui s’avoue éclate avec l’écho des canons sans aucune raison tandis que d’autres, voilés par la folie, meurtriers et ignorants de la lumière de ces instants, se font exploser pour des idées aspergeant sur notre idylle comme sur leurs victimes une mort pour rien.

Quand soudain…

Il n’est plus d’autre étoile dans le souffle saccadé du monde, en voyage sans boussole, guidé par un vent de tempête à la seule rigueur du chaos.