Mouvement


Mouvement, Boris Sentenac, tous droits réservés.

Mouvement, Boris Sentenac, tous droits réservés.

 

Sauf la mort, tout est en mouvement.

Peu importe la direction puisqu’elle s’inscrit dans le temps qui lui échappe comme chaque feuille d’un arbre qui, de printemps en printemps, tente de l’attraper, chaque fois imperceptiblement plus proche et pourtant toujours aussi loin, comme si son langage, son vrai mot caché derrière tous ses noms, ses pseudonymes, ne pouvait – être qu’éternité : une réalité sur le mensonge de l’espoir.

Comme un poème


Le soleil n’est jamais rouge :

L’heure l’exprime

Comme un poème

Exprime le monde.

 

Tes yeux ne voient rien,

Ta pensée le sait

Comme un poème

Sait ton monde.

 

Ton regard saisit l’opulence :

Le reflet de l’instant

Comme un poème

Saisit qui tu es.

Reflets de jardin


Paradis du jour en reflet d’harmonie,

Sa visite en nocturne écrase le silence

De son langage de couleurs.

 

Réalité involontaire sur la vérité

De son créateur patient et acharné,

Le jardin sans besoin de clôture,

Dicte les limites de son rêve

Et parle de son repos redouté

Comme s’il s’agissait de ses angoisses.

 

Enfer de la nuit en reflet de cendre

La visite en diurne éclate le chant

De son langage de couleurs.

De mois en moi


Tandis que la colline se fait ombre de choux-fleurs

Tandis que le soleil s’en va en soirée

Tandis que les coquilles reflètent telles qu’elles le souvenir rigide du jour

Tandis que les fenêtres parlent des heures à venir

 

Le secret ne parle que de rien

La lumière étale son désespoir statique

La musique s’éclaire de népenthès

L’horizon invisible s’endort sur l’absence de sa volonté.

 

Mes sens témoignent pour le monde

Tandis que le monde se donne à nos sens

De nous à moi

L’inutile est toujours de mois en moi

Galet


Quelle traversée passée a endormi

Les galets étalés à ciel ouvert,

Vernis de caresses salées de vie,

Sitôt séchés par le phare du savoir

Qui occulte, brûlant tel le divin,

Tous les voyages des murmures de la nuit ?

 

Quel périple manqué a sacrifié

Les galets pétrifiés d’éternité

Que la main des mers ne cesse de polir

Comme effaçant les fissures ancestrales

En s’étalant en unique parole

Sur le voyage du silence de la nuit ?

 

Se jetant à l’abordage du chaos,

Le long souffle de l’horizon s’écrase

Sur le haut mur griffé de ses gifles

En criant l’effroi des rêves des galets

Ressemblant à la vie en la matière,

Transparents comme la patience de la mort.

 

Sur les innombrables cailloux, s’écoule

En son heure, comme les larmes sur les joues,

La pluie : remède de toutes brûlures

Et mon regard voyage à l’origine

De ses substances comme des riens qui font tout

Sachant qu’à mon tour je serai galet.

L’absolu


 

« Ce n’est pas le doute qui rend fou : c’est la certitude. »

Nietzche

 

 

Les couleurs sont innombrables

Mais nous sommes aveugles

De tout leur éclat qui s’étire jusqu’en nuit

Comme nous sommes sourds du bruit

Qui s’endort dans le silence.

 

Les étoiles dessinent la promesse

Dans la sérénité de ce qui les suspend :

Mystère et évidences

De ce que nous percevons avant de savoir.

 

Nous vivons en une lapalissade

En cachant nos différences,

Celles sacrifiées au nom de dieu, ou celles condamnées par bon sens dénué de raison,

En discours de tous pour chacun murmurant nos prières

Colmatant par mensonges nos rêves sur le monde.

 

La foret n’est pas faite que d’un arbre.

Et le chemin qui la traverse

Chanté par d’innombrables oiseaux

Nous dirige sans rien dire vers l’éclat des blés.

 

A ne voir que nos nuages,

Nous oublions qu’ils ont vu bien des terres.

Rassuré par l’omission, nous faisons de nos propos la mission du monde.

Nous craignions de mourir malheureux, sacrifié ou condamné.

Et nous mourrons écrasés en pluie trop lourde pour la lumière espérée.

 

La certitude est le vêtement de la vérité

Le mensonge de toutes les réalités

L’expression de la peur de nos échecs

Qui ne seront jamais le propos de nos aveux !

 

Ainsi, en mots sur le monde, l’absolu ne peut – être qu’une croyance.