D’un frère


Il n’est pas de mauvais endroits pour dire

 

Il n’est que de mauvaises personnes

 

Pourtant,

 

Personne n’est bon, personne n’est mauvais.

 

*

 

Chacun est ce qu’il est

 

Ce qu’il est pour lui

 

Ce qu’il n’est pas pour les autres.

 

Te comporter en frère n’est pas d’écouter aux portes

 

*

 

Tu viens dans sa vie

 

En chanson de l’autre

 

La basse sourde se fait réponse à tout

 

Juste pour rien et jamais pour tout.

 

*

 

Pourtant la voix frêle

 

Qui ne veut que dessiner

 

A voie de vie sans rien oublier

 

Crie son amour pour toi.

 

*

 

De cet amour sans condition

 

Ni des uns, ni des autres

 

Crie son amour pour toi

 

*

 

De cet amour sans condition

 

Bien que les bonnes questions se posent aux bonnes personnes.

 

C’est tant pis pour les uns,

 

mais jamais pour toi !

 

*

 

Trop jeune pour dire

 

Trop vieux pour ne rien dire

 

De ton coeur il ne sort un « jamais ».

 

*

 

Jamais…

 

Jamais puisqu’il serait meurtrier

 

De te rendre ton amour.

 

*

 

Jamais…

 

B. Sentenac

 

M’extraire du cadre
Ma vie suspendue
Je rêvais mieux
Je voyais l’âtre
Tous ces inconnus
Toi parmi eux

Toile
Fibre qui suinte
Des meurtrissures
Tu voyais l’âme
Mais j’ai vu ta main
Choisir Gaugin

Et je te rends ton amour
Redeviens les contours
Je te rends ton amour
C’est mon dernier recours
Je te rends ton amour
Au moins pour toujours

M. Farmer

Flocons de nuit




Ephémères flocons d’hiver
Qui, en manteau, manifestent
Un silence sur le gel blanc saillant
Figeant la terre jusqu’au ciel,
Comme voile qui s’écroule
Découvrant les flocons de la nuit
Qui se promènent sur toutes les saisons.

Les pleurs du jeune automne
Qui semblent tenter de parer à la brûlure
Comme fait d’or sec
Et de vins nouveaux à venir,
S’éteignent toujours en souillures des terres
Tandis que le silence des astres
Fait le langage de tous.

Vertige de l’inconnu,
Traversant tous les temps
Pour se poser au conditionnel qu’on leur prête,
Les étoiles parlent de tous les précipices
Sans jamais franchir le pas
Comme on parle avec certitude et sourire simple
De ce que l’on ne sait pas encore.

Eternels flocons de nuit
Qui, en reflet de regards, manifestent
Les silences sur les chaleurs
Réveillant l’horizon de tous les cieux,
Les voiles se gonflent dessinant
Les cartes de l’espoir sur la nuit
Pour que chacun se promène sur toutes ses saisons.

Pour faire suite au poème « Stylo de chair » …


Loin de la poésie, mais à la fois en amont et pour vous en aval du poème « Stylo de chair  » je vous livre cette planche de Claire Bretecher issue de son album « Les Frustrés » en auto édition de 1975.

 

Une illustration que nous pourrions approcher de manière freudienne dans le sens du sexe chez l’enfant. A la seule différence que les enfants ne sont pas ceux que l’on croit… Ils restent néanmoins issus de leur jeune âge, bien évidement. Enfin, je finirai juste par dire que, par simple observation, la vérité finit toujours par éclater. De bonne ou de mauvaise manière au point où on en est peu importe. Jeu de mensonges sur ton puritain qui se veut en perfection pour nos progénitures et en autorisation adulte (pourtant douteuse en son origine naïve et spontanée). Bref, beau jeu de mensonges sur chemin de vérités (pas toutes bonnes à dire et ainsi purifiant le mensonge). De quoi ne pas s’y retrouver ce qui est propre au mensonge… que l’on se fait surtout et déjà à soi – même.

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Stylo de chair


 

Le stylo de chair n’a,
Pour écriture, que vocation
A signer pour le reste de son corps.
Il touille l’instant
En cuisinant l’avenir
En simple recette de bonheur
Comme sucre pour enfant
Signifiant qu’en cet instant il est grand.

Atom heart mother


Après le traitement des photos pour la série « Premier éclat », « Eclat » et « Dernier éclat » et l’écriture de ces poèmes, une envie irrépressible d’écouter (encore une fois et encore avant la prochaine fois) « Atom Heart Mother » des Pink Floyd s’est présentée à moi. Il m’a semblé à ce moment là que nous racontions la même chose. Evidement chacun peut y voir ce qu’il veut. Il ne sagit pas là pour moi d’une rencontre voulue mais la rencontre involontaire de ressentis. Mon écoute ne s’est jamais figée d’ailleurs. Alors, combien même vous ne feriez pas le lien, peu importe, je vous propose d’écouter cette oeuvre. Et si vous arriviez à vous caler avec l’ensemble de mes trois poèmes au travers de cette composition musicale, alors, tant mieux !

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« Premier éclat » :

https://borissentenac.wordpress.com/2016/10/18/premier-eclat/

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« Eclat » :

https://borissentenac.wordpress.com/2016/10/20/eclat/

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« Dernier éclat » :

https://borissentenac.wordpress.com/2016/10/23/dernier-eclat/

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Dernier éclat


Dernier-eclat, photographie : Boris Sentenac , droits réservés

Dernier-eclat, photographie : Boris Sentenac , droits réservés


Des colonnes de certitudes il ne reste qu’un vague souvenir que forment les cadres des portes closes du temps. Te voici dans la maigre pièce de l’éternité, seul présent de tous les temps qui reflète la réminiscence du premier éclat.

Apaisant, tu vois qu’il a été poison de ta vie pour être ton ultime soulagement. Les couleurs sont derrière les portes dont tu as perdu le sens de lecture. Ton souffle s’éteint pour faire silence de ta vérité tandis que, dehors, crie encore et toujours la réalité.

Sécheresse du temps comme reflet de solitude à cet instant inexistant, il ne te reste que l’expression de derniers sens que tu as toujours fait taire pour faire sens. Ainsi désormais, tu sais que

Eclat


Éclat, photographie Boris Sentenac, droits réservés.

Éclat, photographie Boris Sentenac, droits réservés.

Droites et figées comme la certitude des hommes, les colonnes parlent avec prétention pour égard au plus grand et peur du plus simple. Imposantes en discours de l’honneur qu’elles forment tandis que la lumière filtrée se prosterne devant le silence de ses fraîches chapelles qui dehors en est toujours secret, l’éclat se répand en force de l’essentiel.

Quête universelle ainsi quasi unique, la vérité de la chaleur s’étale en réponses multiples. La science de la verticale se tait pour laisser la parole à la croyance qui illumine les pierres taillées et ordonnées.

Oubliant le fils du premier soupir, le ton se croit lumière et respect tandis que notre regard fait de colère notre parole de sourds que nous sommes devenus. Qui peut avoir conscience de la richesse du silence s’il n’entend que son bruit ?

Premier éclat


Premier éclat, photographie : Boris Sentenac, droits réservés.

Premier éclat, photographie : Boris Sentenac, droits réservés.


Echoué sur ta terre, vierge de toute lumiere tu ne sais pas quel soleil éclaire les flots qui glissent encore sur ta peau. Le soleil de nuit comme injure au néant ouvre ton chemin vers le chaos.

L’incertitude n’est pas encore née que voici déjà la tromperie du reflet qui te parle du réel. Les couleurs timides n’osent trop te caresser comme si tout sauf toi savait que ton premier souffle exprime déjà ce qui rempli les jours.

Humide et fripé, verni que par les flots qui t’ont porté, tu es déjà l’expression d’un regard et même d’un mensonge dont tu ne peux avoir conscience et qui ne t’empêche en rien d’être. Mais la mer apaisante caresse en douce voix ton regard à venir.

Ainsi, avant même la première lueur portée sur toi, en cet éclat d’instant furtif tu as déjà connu la liberté d’être et tu vas désormais chercher à retrouver cette lumière. Tu vas essayer de savoir sans comprendre qu’aucune mère de chaleur n’éclaire ce qui n’est plus. Comme tous, ainsi, tu vas te faire en faisant le monde qui te fera.

De tes prières


De l’espoir il ne te reste que de la poussière d’étoiles
Et la toile de nuit à découper pour porter le deuil
En respect à tes aspirations devenues souvenirs.

Pourtant, semblant cligner des yeux comme aveuglées
Par nos lumières hystériques, pareilles à celles des appels des rues,
Les étoiles brillent sans que personne n’ait à dessiner le ciel.

Si dieu était homme, venues des rivières du ciel,
Il n’aurait pour tes prières tentaculaires comme tes racines,
Que d’improbables larmes de rires.

Ne parlant jamais d’amour au conditionnel,
Déjà depuis autant de jours passés qu’il y a d’étoiles,
Dans tous les cieux, il fait silence.

Normatifs


Ceux qui s’endorment comme bourgeois des normes, n’imaginent même pas que nous sommes tous identiques différemment,

 

Mais il y a pire :

    
Ceux qui prônent leur différence pour rendre identiques toutes les normes !
Le monde s’endort alors gorgé par la satisfaction de chacun et de tous sur la tolérance qui n’est pourtant qu’une acceptation par défaut. 

Soirée


Tickets de lumière comme droit de passage vers l’éclairage du sommeil, les cieux s’endorment tôt et la virgule entre deux éternités s’inscrit brillante sur la couverture d’étoiles devenues invisibles au monde et à l’éclat des allées.

 

Dans l’avenue que j’arpentais jeune homme avec mon ami poète qui se faisait phare de paroles de mes pas, faisant suite non decousue à ceux du matin, le froid de la saison fait silence sur la chaleur des foyers illuminés qui racontent par leurs secrets le notre à retrouver. Le sourire de la nuit me rappelle le tien qui s’est inscrit dans le matin avant d’avoir glissé sur le verni du réveil des rues.

 

Comme endormi, il s’est fait impalpable et pourtant présent. C’est sa caresse de bonjour qui a donné sens au jour. Maintenant, c’est la lune qui sourit en reflet de lumière comme bonheur sur le monde. Soufflé par ces virgules blanches, il n’y a pas de géhenne étouffante.

 

Pourtant sans équilibre, toutes les vérités se marient et s’expriment alors en bonheur de toutes les heures de toutes les journées.

Journée


Fin du périple de l’éternité de cinq jours répétés.

 

Je verse, pressé, le sang de la plume qui sèche alors

Sous le désert des verbes luminescent à Entrée.

 

Sous une galaxie de néons ordonnés,

Nous voici apôtre de lumières figées

Pour donner sens au système de notre soleil de bureau.

 

Steak haché pour rythme fauché de sens lacérés en bruits de mots

Comme masque obligé qui déguise en nécessaire le silence de nos cosmos

Ainsi rendus anonymes comme la galaxie de néons

Dont on puise à nouveau, comme un oubli, la ressource jusqu’à

 

La fin du périple de l’éternité de cinq jours toujours à répéter.

Equinoxe


 

Le ciel s’étire et retire le drap de ses rêves

Avant d’enfiler son grand manteau gris d’hiver.

.

La beauté franche et seche en jachere laisse sa place

Au charme : nostalgies vernis sur nos chemins.

.

S’endort en echo dans la chaleur des foyers,

La brûlure : sucre des couleurs de tous les chants.