Mots de silence (vidéo)


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Haut hasard


photo de william 1

Photographie : William Trang, tous droits réservés

Du hasard, il reste le souvenir argenté du bord de mer. Je ne sais le temps à passer, à peine commencé, à le contempler, je ne sais la distance des regards vers la lune devenue aveugle, je ne sais le temps compté depuis notre horizon par les vagues de l’horizon.

Deux prétendants s’enfoncent au loin vers les flots et je ne sais s’ils murmurent une seule promesse sincère de hasard en force vague ou s’ils se disent les mots de mensonges pour ombre à l’empreinte éclairée des jours comptés.

Hasard, hagard ou bazar, peu importe que le vent emporte et rapporte des consonnes et du sens aux deux prétendants qui s’enfoncent au loin vers les flots, derrière la rambarde du réel : l’horizon est un rêve toujours beaucoup trop haut.

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De cette série :

1- D’un hasard https://borissentenac.wordpress.com/2019/09/03/hasard/

2- Hasardeux https://borissentenac.wordpress.com/2019/09/05/hasardeux/

Hasardeux


photo de William 2

Photographie : William Trang, tous droits réservés

De la bouteille verte comme venue de la mer, s’est répandue la nuit tel népenthès de l’instant sur la balustrade qui reçoit la force muette et suffisante promise par le ventre rond de la lune aux regards sur l’horizon.

Reflet d’hier et de demain ayant bu les étoiles et évoquant le réel, elle absorbe les rêves à mesure qu’ils s’éventent depuis les regards muets de satisfaction en son gouffre vertigineux.

Chaque parole est murmure de chaleur faisant bulle légère sur la fraîcheur de l’heure devenue statique comme pour laisser aux corps comme au temps le soin d’être vagues.

L’obscur n’a de sens hasardeux que tels les secrets évidents du point de craie en souvenir de maintenant, définitivement ponctués avant d’être déchirés par l’instant des paupières.

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De cette série :

1- D’un hasard https://borissentenac.wordpress.com/2019/09/03/hasard/

2- Hasardeux

3- Haut hasard https://borissentenac.wordpress.com/2019/09/08/du-hasard/

D’un hasard


photo de William 3

Photographie : William Trang, tous droits réservés.

Plus personne ne parle de la virginité des plages.

Nul ne sait combien de vagues ont étalé leur écume tel résidu des promesses de l’horizon que l’on convoite.

Nul ne l’approche sauf le soleil qui fait drap de l’origine qui n’a de cesse de se retirer à chaque fois qu’elle offre de son trésor.

L’exceptionnel est banal et soudain l’amour découpe une part infime de l’immensité, et le jour dévore alors les couleurs qui ne le regardent pas.

L’ardeur appelle et les vagues, sans rien changer à chacune de leurs phrases, envahissent d’évidence chaque trace de pas pourtant insondable sur le sable fossile et brulant.

Le ressac appelle en se retirant.

Il est frontière entre une mémoire de pas qui s’oublient et la découverte de ceux à suivre qui là, restent inscrits dans le vernis du retrait des mousses blanches de caresses.

La place est faite dans l’ignorance qui mise sur la certitude qu’expriment les seules ombres possibles et qui ne peuvent pour être nues que disparaître dès lors que le premier sourire saluera plus que l’instant.

Les nuages sont encore les seuls mots diffus qui, entre éclat enthousiaste et contre-jours de doutes, ne font pourtant sens que sur le divin sans que cela importe désormais.

Le soleil, lui aussi, va s’effacer en pudeur pour faire un lit de silence aux timides paroles naissantes qui vont glisser dans la force de secondes éternelles que la mer commence à compter.

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De cette série :

1- D’un hasard

2- Hasardeux https://borissentenac.wordpress.com/2019/09/05/hasardeux/

3- Haut hasard https://borissentenac.wordpress.com/2019/09/08/du-hasard/

Montagnes des hommes


Montagnes Marion Gay

Photographie : Marion Gay, tous droits réservés

Face aux montagnes, fruits des batailles des terres,

Je vois qu’elles n’ont pas le vertige des remparts

Des gloires d’un monde qui suspendent le temps.

La lumière sur les poussières étouffantes

Couvrant l’or des hommes est incertain langage

Tandis que la voix du vent érode en écho

L’éternité imposée en sens endormi.

Dans le village, qui a lui aussi le temps

Sans en avoir jamais à perdre pour autant

Sous les flèches de toits, ce qui ne se dit se vit

Et le rempart de l’horizon se franchit.

Demain existe en chaque jour invisible.

Retour involontaire


RETOUR INVOLONTAIRE

Photographies : Boris Sentenac, tous droits réservés

Il reste le vent qui agrippe les sapins. Il rappelle ses mots soufflés sur la cité des mers. Il rappelle le ressac, ici figé sans temps de mémoire et pourtant…

 

Les papillons, comme poème dérobé, tourbillonnent en ardeur fragile et insouciante. Leur repos se fait sur l’offrande d’une fleur avant de s’envoler comme pour éviter l’obstacle que je fais à sa lumière.

 

Figée sur les herbes sèches qui préfèrent l’espérance de l’éternité en leur terre plutôt que de partir avec la certitude du souffle, par ce tapis, mon ombre apparait ridée.

 

La chevelure rase du lieu semble gardienne fatiguée des secrets enfouis qui, plus loin, regardent de leur œil le ciel en absorbant son rêve en vocabulaire scintillant d’une luxure noyée.

 

Au loin, se dresse l’élan des terres qui observait le nôtre. Comme éternel, n’ayant que l’oubli des quelques heures autrefois partagées avec lui et impassible à notre devenir gâché, il semble discuter avec les sommets voisins.

 

De nous il reste la couleur du deuil, celle qui dit le dernier espoir que l’on se veut chacun pour soi et qui orne ici devant la montagne en rideau piquant de chardons enracinés dans leur sécheresse à venir.

 

Et pourtant… Je souris au vent, à l’élan des terres, aux papillons, aux herbes et au prairies infranchissables en savourant la chance de nos sourires d’aujourd’hui.

Retour


Photographie : Boris Sentenac,

tous droits reservés

J’avais juré que je n’y vivrai jamais. Et pourtant…

Mes réminiscences de lumières qui étincelaient depuis mon regard croisant le sien sont éteintes. Le vide habite la ville et n’en fait que vestige.

La bibliothèque de poésie que nous mariions à notre raison d’être pour plein bonheur n’est plus qu’une espérance déchue.

Depuis le port, le mystère de la mer est sans reflet et du haut de sa colline, la basilique a vieilli comme la voix éteinte de nos vœux. Tandis que j’étais la vague qui venait à toi, tu étais celle qui retournait au large. Il n’est pourtant qu’une vague qui s’étend sur son espoir de voyage. Aujourd’hui, même les mouettes sont muettes, le soleil est à d’autres.

Les collines qui s’étendaient derrière notre quartier, devant notre fenêtre, gorgées de leurs mystères, de leurs histoires, ne sont plus qu’aussi chauves que mes souvenirs fossiles. Et leurs pousses basses ne sont que l’ombre d’elles – mêmes.

Notre sanctuaire est tel le postier au sourire bancale : à peine blanc sous ses taches, fatigué et usé comme ses blagues et dont nous nous moquions, certains de ne jamais nous infliger crime de solitude.

Et pourtant, la ville ne semble plus avoir qu’elle – même pour idéal telle femme en lits de rivière sèche. Tu l’avais pleuré au terme de notre dernière visite. Aujourd’hui, l’oubli fait étranger celui qui revient. Tout parait petit tant nous le sommes devenus.

Sur les terrasses des places, il n’est plus de poèmes d’effrois ou de dessein d’avenir. Sur une autre, le serveur des patiences de nos lessives n’offre plus son bonjour et la patronne élancée telle force rigide de branches coiffées de feuilles de nuit n’offre plus sa franchise de larmes et de colères.

Ailleurs nous étions soleil sucré tel le Limoncello que nous recevions pour nos bonsoirs et quelques mots de quartier dans ce bistrot qui regardait l’escalier de tous les départs, comme sa gérante nous racontait la mort de son espoir de mère par le suicide de son avenir en chair. Telle la reconnaissance de son serveur à mon égard, lui étant resté figé dans son quotidien et qui s’étonne du temps passé, tout est obsolète.

La gare ne nous donne plus son bonjour et étire son adieu vers mon retour. Son piano n’est plus en offrande de joie.

Et je passe mon chemin en croisant la rue de nos sourires que nous avons dévorés lorsqu’au soir je t’offrais ta gourmandise d’orgeat pour agrémenter nos heures affamées de bonheur.

La ville n’a plus de sens jusque dans son silence et je ne sais plus quoi lui dire, pas même ma peine ni ma honte. Mon amour brulé s’étouffe de ses cendres sans éteindre l’ardeur sous leurs ombres comme s’il fallait se protéger de la lumière et s’interdire la nôtre. Il ne reste que le vent qui emporte tout sauf la vie à qui il souffle la mort.

J’avais juré que je n’y vivrai jamais et pourtant… Au terme de cette promenade où j’ai croisé tant de fantômes, à l’heure où d’improbables nuages vont s’effondrer, comme nous, et ne vont rien laver, comme nous, je sais bien maintenant qu’il ne faut jurer de rien. Et parce que dire revient à faire vivre, mes seuls mots sont que je t’aime encore.