Fenêtre (poème)


L’origine est toujours opaque.
Elle est savoir en secret.

Tu t’élèves de toutes tes branches
Et tu t’appuies sur la transparence
Du regard sur le monde,
Pour finir abouti du haut de tes tiges
Qui aiment la caresse de la brise
Sans plus jamais donner de fruits.
Le feuillage se nourrit au sommet
De lumière que tu renvoies
En étincelle d’iris.

Ainsi nait l’ombre qui t’habille
Ecrasé sur la fenêtre,
Box de prévenu qui sait.

Tu as tout dit
De ce que tu as vu
Et c’est toi maintenant qui es vu.

Le monde est figé en murs et en fenêtres silencieuses
Et tu offres au jour ta vulnérabilité.
Que dit dieu en son regard de nuage scindé
Comme les battants de ta fenêtre ?

Tu finis comme lui
Vaporeux de toutes tes essences
Et ne reste que l’encre opaque
Qui sèche toujours très vite
L’ensemble de tes mots
A la lumière de ton désormais silence.

 

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Des hauteurs


Photo Des Hauteurs

Photographie : Des hauteurs, Boris Sentenac, 2018 – Tous droits réservés

 

Réceptacle de poussière,
Les vents ne gonfleront rien de la façade lisse,
Ne feront aucune farine.
Même en clocher arrogant et muet
Aux vitres sombres de foi
Qui s’élèvent vers l’inaccessible ciel
Et lance son regard aux alentours
De toutes les fenêtres,
Qui, même au sein de leurs murs,
Retiennent leurs témoignages
De rires et de larmes sans écho,
Comme ce clocher arrogant et muet
Qui ne s’élève en témoin que des reflets.
En dépit de la différence de leurs natures,
Les silences ont tout de secret
Et rien de mystérieux.
Parlant tous de la réussite
Des vitres terreuses,
Toutes les lucarnes de tous les murs
Les regardent en murmurant à peine
Tous les échecs.

Souvenirs à vendre


La patience de l’hiver s’étirait depuis les cheminées et s’étendait dans les rues et dans ma mémoire en devenir.

Il n’y a plus de feu dans le foyer et les maisons se parlent dans un langage d’abandon depuis leurs fenêtres.

Certaines scrutent la rue avec leurs vitres dans la cataracte de poussière à l’âge figé d’une vieille et de vestiges d’araignées qui, comme elle, ont cessé d’y tisser leurs ouvrages.

D’autres crient « A VENDRE » en ultime langage d’un temps parti rouler ses « rrr » dans le repos du cimetière.

Dès lors, le souvenir des rues échappe à mon langage d’une patience éteinte et s’étend en odeur transparente dans ma mémoire figée.