En espoir de poussière


Etoile de toile en ciel de mur
Immobile comme la nuit
Invisible à tes proies
Qu’en langage de silence
Tu absorbes leur peur
Pour acharnement vain de vie
Sitôt pris dans ta dentelle,
Et tu apparais comme l’amour :
En espoir de poussière
Quand il revêt la vulgarité
De ce qui est trop beau.

Rue de la mémoire


Chaque goutte de pluie est comme une fraction d’éternité qui s’étale sur le trottoir de la mémoire.

La rigole s’abreuve de l’oubli tandis que le bitume brille pour mes pas destinés à trouver autre lumière que celle de sa rue.

En corbeau de prairie je chasse, immuable et sans distinction, les nombreux pigeons et les rares colombes.

Et dans les égouts, mon enfance rit encore en sautant dans quelques flaques d’erreurs englouties.

De l’eau et de la lumière il me reste en poche quelques mots gentils pour quelques soleils en verres.

Je sais la banalité qu’hier n’est plus et que rien n’est certain pour demain sinon que l’espoir d’un éclat encore obscur.

Rien n’est grave puisque tout peut l’être et puisque savoir ne suffit pas, puisque rien n’existe sans son contraire,

En traversant la rue, chaque goutte de pluie est comme une fraction d’étoile qui s’étale sur le trottoir de la mémoire.

Une étoile prend jour


Quand s’endort la patience,

Les rires de la lumière se retiennent

En méfiance au sourire cristallisé

Qu’en paroles de fenêtre offre l’hiver.

Au soir avancé toujours en silence

Telle une larme qui aurait oublié

D’apparaître en éclat par l’encre d’un poème

Une étoile prend jour.

Regard étoilé


Loin de son regard, derrière les murs de lâcheté et de trésors à bonne heure, bourdonne la moquerie sur celui qui, la nuit, marche le nez en l’air.

 

Au dehors, la faiblesse pousse à se taire et écrase les regards de tous vers leur destinée finale. Ils sont illuminés, blafards comme aveuglément blasés, par les éclats outranciers des villes faisant chants de sirènes.

 

La croyance en l’abondance a façonné le progrès en langage d’avenir. Au présent, confondant le plaisir avec le bonheur comme ébloui par les couleurs aguicheuses, l’opulence se dit avec le manque.

 

N’ayant que faire des moqueries lumineuses, celui qui a le nez en l’air ne s’enrhume pas de rêves. Il lit le silence noble de l’espoir et respire la vie.

 

Quant aux autres, savent – ils déchiffrer les étoiles comme ils savent lire les enseignes ? Et, durant un instant, furtivement, enfin seuls, comme un peu honteux de n’être que d’un monde et délaissant alors les tubes des voix dictées, pourquoi certains parmi ceux – là s’offrent – ils, en suivant la voie lactée du regard, une larme en guise d’étoile filante ?

Quand soudain…


Tandis que la place s’étale dans un bruit diffus, le temps se fige par la lumière de ton regard habillé par la malice de ton sourire à faire blêmir celui de la nuit. Il n’est plus d’autre étoile dans mon souffle saccadé, en voyage sans boussole, guidé par un vent de tempête à la seule rigueur de ta caresse.

Quand soudain…

Le silence prend sens. Nous errons depuis quelques mots d’inconnus médusés dans l’étonnement qui se refuse  à sa raison. Il se répète comme pour revenir sur une erreur.

Quand soudain…

Certain du langage, la colère reprend le silence. Son souffle léger s’envole, irrattrapable comme un enfant qui court avec le rire de toutes les émotions. Tristesse, colère et peur se mélangent avec la joie encore vivace de l’instant d’avant.

Quand soudain…

Notre essentiel naissant devient malgré nous indécent. La joie est morte : fusillée loin de là. Il n’y a plus de lieux, plus de couleurs. Les larmes sont encore en caverne tandis que le soleil pétillant de nos verres n’a plus d’inclination dans ses messages de toute soif.

Quand soudain…

Le premier temps d’un amour qui s’avoue éclate avec l’écho des canons sans aucune raison tandis que d’autres, voilés par la folie, meurtriers et ignorants de la lumière de ces instants, se font exploser pour des idées aspergeant sur notre idylle comme sur leurs victimes une mort pour rien.

Quand soudain…

Il n’est plus d’autre étoile dans le souffle saccadé du monde, en voyage sans boussole, guidé par un vent de tempête à la seule rigueur du chaos.