De l’absence au retour


Sur toutes les hautes façades, les fenêtres ont désormais un reflet de nuit, depuis que tu es partie.
Les rues n’ont plus de sens, elles ne sont pas dans ta direction.
Le ciel s’endort en sieste confiant sa lumière au manque, projetée sur les trottoirs écrasés par ton absence.

L’automne s’effondre pour rien, en flamme dans la brise glaciale qui cherche ton regard pour l’illuminer.
Mon sommeil se charge de fatigue à devoir occuper toute la place comme en journée le pavé s’est minéralisé.

Puis, voici le jour de ton retour, celui que chante encore le merle qui n’a, de son bec, que faire de la nuit qu’il porte.
Les rues s’éveillent et sont rapides, s’offrant à gauche, s’étirant tout droit chantant à droite.
L’automne, par sa brise siffle en faisant danser en notes légères les feuilles dans leur dernier salut.
Notre sommeil se charge de nos espoirs en chacun de nos rêves partagés sur la couche comme en journée sur les pavés qui poussent nos pieds.

Les bonnes raisons de l’absence ne sont égales qu’aux nouvelles du monde que l’on a et ne font pas l’essentiel de la présence que nous sommes.

Orgueil d’absence


Tandis qu’au loin la mer te dit par son ressac que toutes les vagues se ressemblent même si chacune est unique en s’étalant comme la belle sur ta plage, traduire les draps froissés à l’heure de réveiller les façades est bavardage d’instant sur l’horizon.

Peu importe les perspectives, peu importe que tu regardes à cette heure les promesses lumineuses du soleil levant ou l’ouest de lune qui attend son heure, il est toujours un langage.

Mais à négliger le zénith sans jamais perdre ton nord, tu n’offres aucun silence d’or sinon que celui égoïste en plaisir sans bonheur et orgueilleux de rien par ton absence. Et le pardon ne peut qu’être muet.

Ab sens


L’absence est une tasse noire aux galaxies nefs de bulles d’étoiles de café déjà consommé.

 

Obscure en ses pupilles dilatées, le regard plonge dans le réceptacle rempli seulement du temps.

 

La pendule seule en points et en virgules parle à cet instant mais sa promenade n’a aucun sens, en ronde elle n’avance.

Journées d’absence


 

Il est des journées qui s’écoulent sur les seuls bavardages des automobiles dans les rues en lit de mon inaudible silence.

 

Etranger de l’inconnu me voici transparent comme la vitre entrouverte qui ne regarde plus que le ciel et ses voyages blancs pour horloge de mes murs.

 

A ne rien connaître de l’origine et du cap, le mouvement apaise et s’étire en éternité.

 

Mais s’il est repos aussi vaste dans lequel on se laisse emporter, c’est qu’il est trop de mouvements, trop de paroles inutiles et bien trop fortes et prétentieusement propres à répondre à un monde entier.

 

Il est des journées qui s’écoulent sur les seuls bavardages des automobiles dans les rues en absence comme par préférence.

Naissance de la jalousie


Marin sur rivages de tous dangers inconnus

Sur canine de mer, suffocant de jalousie,

L’eau perlée s’écrase lourde écorchée à nu

Par la lueur muette de tes fantaisies.

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De vague en lame tu en oublies alors la mer

Qui admet tous tes zéphyrs et tait la douleur

Jusqu’à ne plus reconnaître l’embrun amer

Qui s’échoue sur les limons de toutes tes heures.

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Fuite de nos regards pour quelques fugaces minutes

Abandon de ton vent en rêve de mauvaises brises,

De la corne, seul son souvenir te rend hirsute

Et vide le bonheur en son sens dans notre église.

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Reflet d’un sourire brillant comme une belle parure

Le reflet n’a aucun écho, aucun parfum.

Il s’installe dans la solitude par la brûlure

Et écoule tous nos espoirs en sa propre fin.

Insomnie


A la lumière de l’insomnie

J’ai accompagné ton absence

Comme l’excès parle du manque.

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Couverte du drame nébuleux

De tes rêves déjà tous vécus,

Les vérités sont solitudes.

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A la lumière de l’insomnie

J’ai accompagné mon absence

Comme ton excès parle du manque

.

Le sourire blanc des ténèbres

Mariant les regards exilés

Est abandonné en pensées.

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A la lumière de l’insomnie

J’ai accompagné nos absences

Comme l’excès parle de ton manque

.

Une mouette gronde mon lampadaire

Et se moque de ma découverte

Du jour confus comme un fautif.

.

A la fatigue de l’insomnie

Je n’ai que croisé ta présence

Comme nos excès parlent de nos manques.

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Et alors que le jour d’une page

S’est couvert de toute ma nuit,

L’heure est à rêver en lumière.

Lumière d’absence


Laisse toi porter par les brises comme l’amour porte plus loin les regards que ceux d’un indien stoïque scrutant mystérieusement l’étendue des terres immobiles.

 

Il n’est de plume d’amour qu’en simple ornement d’ébène long sur peau d’automne. Dans les cieux, la lumière ne prend couleur que par impraticable détour.

 

Incontournables fulgurances d’étreintes comme impossibles orages de nuit sur ta haute montagne, les mélodies improbables sont vacarmes de larmes.

 

Au soir de la patience, sous les étoiles comme paupières ouvertes, à l’encre brune, plutôt que de crier l’absence au charisme d’une utopie, chuchote l’évidence pour la danse du regard du pâle voyageur avec qui tu partages tant de lunes.

Epines de rose


Larme matinale sur la rose piquante

Du jardin desséché, derrière ma lucarne

La nuit se fait absence comme le refus

D’un avenir devenu redouté.

L’interdit déserté du parfum rouge et léger

Porté par ta main pareille à la brise

Qui caresse le flâneur du printemps,

Restera froissé comme le secret

Pareil aux sourires du jour à traverser

Ressemblant à l’indifférence à venir

Confondue à l’oubli tant souhaité.

Eblouie


Eblouie par le soleil, tu n’as pas vu la lune s’installer sur le jour sublimé par ton cœur.

Depuis, parce que ton ivresse a été ton oubli du crépuscule, tes larmes reflètent la transparence de l’éclat de la nuit sous le regard lumineux et pâle de la réminiscence de ton mystère de désolation brûlante.

Si la lune s’invite le jour, le soleil déserte toujours les ténèbres et tu sais que la lumière n’est rien non plus sans ce qui la reflète. L’absence ne peut signifier que ta propre tentation et la souffrance de ton cauchemar déguisé en rêve ressemble à un épouvantail en costume moqué par tous les corbeaux.

Maintenant, à chaque heure de tous les jours qui se font nuit, tu vis de touffeur écrasante d’ennui telle la solitude d’un univers entier perdu dans ses étoiles ainsi devenue brillante de néant.

Quand les couleurs reviendront, avant même que le bon sens des pauvres gens ne devienne rengaine, prend la chaleur et méfie-toi de l’aveuglement d’un zénith trop bas.