Retour vers la nuit


Les moutons qui broutaient dans le rêve du ciel,

S’élancent désormais noyés en leur menace

De rondeurs gorgées d’eau blanche dans le couchant.

Ils sont surpris par notre retour fulgurant,

Qui abandonne l’idée simple d’un salut,

En une flèche tirée vers la nuit pour voyage.

Retour involontaire


RETOUR INVOLONTAIRE

Photographies : Boris Sentenac, tous droits réservés

Il reste le vent qui agrippe les sapins. Il rappelle ses mots soufflés sur la cité des mers. Il rappelle le ressac, ici figé sans temps de mémoire et pourtant…

 

Les papillons, comme poème dérobé, tourbillonnent en ardeur fragile et insouciante. Leur repos se fait sur l’offrande d’une fleur avant de s’envoler comme pour éviter l’obstacle que je fais à sa lumière.

 

Figée sur les herbes sèches qui préfèrent l’espérance de l’éternité en leur terre plutôt que de partir avec la certitude du souffle, par ce tapis, mon ombre apparait ridée.

 

La chevelure rase du lieu semble gardienne fatiguée des secrets enfouis qui, plus loin, regardent de leur œil le ciel en absorbant son rêve en vocabulaire scintillant d’une luxure noyée.

 

Au loin, se dresse l’élan des terres qui observait le nôtre. Comme éternel, n’ayant que l’oubli des quelques heures autrefois partagées avec lui et impassible à notre devenir gâché, il semble discuter avec les sommets voisins.

 

De nous il reste la couleur du deuil, celle qui dit le dernier espoir que l’on se veut chacun pour soi et qui orne ici devant la montagne en rideau piquant de chardons enracinés dans leur sécheresse à venir.

 

Et pourtant… Je souris au vent, à l’élan des terres, aux papillons, aux herbes et au prairies infranchissables en savourant la chance de nos sourires d’aujourd’hui.

Retour


Photographie : Boris Sentenac,

tous droits reservés

J’avais juré que je n’y vivrai jamais. Et pourtant…

Mes réminiscences de lumières qui étincelaient depuis mon regard croisant le sien sont éteintes. Le vide habite la ville et n’en fait que vestige.

La bibliothèque de poésie que nous mariions à notre raison d’être pour plein bonheur n’est plus qu’une espérance déchue.

Depuis le port, le mystère de la mer est sans reflet et du haut de sa colline, la basilique a vieilli comme la voix éteinte de nos vœux. Tandis que j’étais la vague qui venait à toi, tu étais celle qui retournait au large. Il n’est pourtant qu’une vague qui s’étend sur son espoir de voyage. Aujourd’hui, même les mouettes sont muettes, le soleil est à d’autres.

Les collines qui s’étendaient derrière notre quartier, devant notre fenêtre, gorgées de leurs mystères, de leurs histoires, ne sont plus qu’aussi chauves que mes souvenirs fossiles. Et leurs pousses basses ne sont que l’ombre d’elles – mêmes.

Notre sanctuaire est tel le postier au sourire bancale : à peine blanc sous ses taches, fatigué et usé comme ses blagues et dont nous nous moquions, certains de ne jamais nous infliger crime de solitude.

Et pourtant, la ville ne semble plus avoir qu’elle – même pour idéal telle femme en lits de rivière sèche. Tu l’avais pleuré au terme de notre dernière visite. Aujourd’hui, l’oubli fait étranger celui qui revient. Tout parait petit tant nous le sommes devenus.

Sur les terrasses des places, il n’est plus de poèmes d’effrois ou de dessein d’avenir. Sur une autre, le serveur des patiences de nos lessives n’offre plus son bonjour et la patronne élancée telle force rigide de branches coiffées de feuilles de nuit n’offre plus sa franchise de larmes et de colères.

Ailleurs nous étions soleil sucré tel le Limoncello que nous recevions pour nos bonsoirs et quelques mots de quartier dans ce bistrot qui regardait l’escalier de tous les départs, comme sa gérante nous racontait la mort de son espoir de mère par le suicide de son avenir en chair. Telle la reconnaissance de son serveur à mon égard, lui étant resté figé dans son quotidien et qui s’étonne du temps passé, tout est obsolète.

La gare ne nous donne plus son bonjour et étire son adieu vers mon retour. Son piano n’est plus en offrande de joie.

Et je passe mon chemin en croisant la rue de nos sourires que nous avons dévorés lorsqu’au soir je t’offrais ta gourmandise d’orgeat pour agrémenter nos heures affamées de bonheur.

La ville n’a plus de sens jusque dans son silence et je ne sais plus quoi lui dire, pas même ma peine ni ma honte. Mon amour brulé s’étouffe de ses cendres sans éteindre l’ardeur sous leurs ombres comme s’il fallait se protéger de la lumière et s’interdire la nôtre. Il ne reste que le vent qui emporte tout sauf la vie à qui il souffle la mort.

J’avais juré que je n’y vivrai jamais et pourtant… Au terme de cette promenade où j’ai croisé tant de fantômes, à l’heure où d’improbables nuages vont s’effondrer, comme nous, et ne vont rien laver, comme nous, je sais bien maintenant qu’il ne faut jurer de rien. Et parce que dire revient à faire vivre, mes seuls mots sont que je t’aime encore.

De l’absence au retour


Sur toutes les hautes façades, les fenêtres ont désormais un reflet de nuit, depuis que tu es partie.
Les rues n’ont plus de sens, elles ne sont pas dans ta direction.
Le ciel s’endort en sieste confiant sa lumière au manque, projetée sur les trottoirs écrasés par ton absence.

L’automne s’effondre pour rien, en flamme dans la brise glaciale qui cherche ton regard pour l’illuminer.
Mon sommeil se charge de fatigue à devoir occuper toute la place comme en journée le pavé s’est minéralisé.

Puis, voici le jour de ton retour, celui que chante encore le merle qui n’a, de son bec, que faire de la nuit qu’il porte.
Les rues s’éveillent et sont rapides, s’offrant à gauche, s’étirant tout droit chantant à droite.
L’automne, par sa brise siffle en faisant danser en notes légères les feuilles dans leur dernier salut.
Notre sommeil se charge de nos espoirs en chacun de nos rêves partagés sur la couche comme en journée sur les pavés qui poussent nos pieds.

Les bonnes raisons de l’absence ne sont égales qu’aux nouvelles du monde que l’on a et ne font pas l’essentiel de la présence que nous sommes.

Retour tardif


Paris, le 13 novembre 2016. 

Pas encore au matin et déjà plus dans la nuit.

Tard dans le silence des autres si fort qù’il fait les contours de nos bruits, nous marchons en découpant la brise, en écrasant les larmes abandonnées des trottoirs et en bravant le sommeil de l’automne jusqu’à la place, aujourd’hui des chants, hier des cris de révoltes.

Là, pourtant loin des révolutions des cieux et des hommes, nous abandonnant à la fatigue, nous attendons l’heure des premiers insectes de fer amis de nos terres.

La joie s’étire de l’instant passé jusque dans l’inconnu à venir. Le présent, en cette illusion, vient de naître comme pour parer au bonheur du moment flânant qui rend pour l’heure, d’un rien qui fait tout, nos rêves impossibles.

Futilités perdues pour d’autres présents juste dans nos savoirs soumis qui s’expriment silencieux face à la croyance folle inscrite dans le souvenir du jour.

Je songe alors, plus forte encore que le temps, à la nécessité des hommes à qui il faut presque toujours un drame pour chaque réussite…

D’hier jusqu’à aujourd’hui


Le bonheur s’étirait jusque dans l’absence

Pour enfanter la nostalgie et l’espoir,

Père et mère à leur tour des lendemains à venir.

 

Il y a longtemps mon amour, en adieux réguliers,

Le temps se perdait dans la brume de l’éternité

Qui séchait sur mes lèvres et pénétrait en promesse

Du don de soi jusqu’à mon retour de l’horizon noir :

Prochain départ vers notre surprise de l’aube sur la mer.

 

De hautes vagues de terre en mur d’Espagne

Vers les flots incessants à la mémoire grecque

(Et tant pis si nous sommes poètes)

Au regard aujourd’hui plus vaste sur les terres d’hier,

D’un dernier soupir couvert de larmes qu’épuisaient

Nos sourires de tous les charmes,

La patience s’écoulait finissante

Comme dernière goutte de pluie sur la transparence

Du monde sur la vérité de nos chaleurs.

 

Départ du retour


Nous voici, à la sortie de son palais froid et pressé que nous semblons déjà oublier dans le départ d’un retour ou le retour d’un départ, dans un tunnel d’espaces grinçant de douleurs par sa lenteur du commencement et maniant le mouvement du monde en nous en rendant sourd. En franchissant la forêt de pilonnes, de poteaux et de lianes anthracites aux feuilles d’éclats furtifs dévorées par ce fameux lombric gourmand de fer et de verre, il me semble que fuient les plumes libres des exigences faibles dans la seule limite du couloir ferré que nous incarnons à chaque passage de chaque instant croisé.

La vitesse folle des frustrations ou insuffisante des envies se soumet au temps des étrangers de l’éternité qui se souviennent des bons mots de leur enfance obligée en guise d’échange de la tranquillité qui trouble, à l’instant, l’opportunité de la composition. Les vaches ont alors, au moins, l’œil de la vérité inutile.

Si l’exigence de la suprématie est liberticide, elle engendre ainsi un point de vue sagement trompeur et alors révélateur d’un moment qui file vers son chaos alternatif pour qui le voltage maîtrisé n’est même pas un grattouillis qui effleure la conscience gorgée d’excuses impalpables. En tout, l’importance est égocentrique.