Lumière de vie


Tandis que les lits secs de mes rides
Couchent l’arbre de ma vieille fatigue,

Les feuilles, allumées de leur dernier feu,
S’éteignent comme paupières sur mes rêves.

Tapis de saison qui s’est étouffée
Sur la poussière des chemins balayés

Par tous les vents aujourd’hui essoufflés,
Lavés par l’automne aux longues fumées

Des nuits de tous les foyers qui s’étirent
Vers les cartes des cieux trop silencieux

En ultime glaçage délicieux,
Le langage s’étale en éternité.

Puisque la lumière ne s’éteint jamais,
La jeunesse est le feu de toutes vies.

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Regard sur le temps


Ma lucarne figée comme la saison scrute l’âge de l’abandon, le temps des promesses, la moitié de vie répétée.

Au loin, au-dessus des toitures présentant leur profil en parallélogramme de leur cadre régulier, l’hiver peigne les arbres et s’enfile dans les flammes froides des peupliers, tandis qu’auprès de tous les souvenirs élancés de feuilles, conversant sur le vent, s’égoutte le ciel de ses larmes.

La transparence des veines jusqu’à l’origine fera la couleur du printemps tombant en lumière pour l’heure grise, comme le silence sur fouillis de branches sombres de patience comblée de mots bruyants pour tous et brillants que pour soi, même pour toi.

La vie par la parole


Autour, les vagues
Parlent dans tous les sens.

Tu ne vois plus la plage
Et la brise dans ta voile

N’agrippe pas son souvenir
Tandis que l’horizon, lui,

Reste muet et ta raison
Ne peut rien dire d’autre

Que toutes tes secondes,
Passées et à venir,

Sont moins nombreuses
Que toutes les danseuses

Qui dirigent la farandole
De ton voyage.

Tu sais qu’il y a des étoiles
Que tu ne connais pas

Et tu ne sais pas, s’il en est un,
Leur langage blafard.

Tu continues de te méfier
Des reflets sur l’eau

Et des poissons brillants de soleil
Sur leurs écailles de nuages.

Gouffre évident d’oubli,
Et mystère navigable :

Ta vie par la parole
Ne cesse de voguer

En désert de vagues
Sous carte intouchable.

Flamme de vie


Souffle

La bougie qui se déshabille
A mesure que la lumière
Fait la cause de sa corde
Avant de s’éteindre
Dans son sommeil
Alors délié de raison,

Et rêve

Alors délié de raison,
Dans ton sommeil
Avant de t’éteindre
D’être la cause de la corde
A mesure que la lumière
De la bougie qui se déshabille

Souffle tes rêves.

 

Etoiles 1


Le marin a jeté sur les cieux mystérieux son espoir.

Puis, il a dessiné son besoin avec les étoiles.

 

Il a vécu la découverte étrangère à son envie.

Puis, il a raconté ses voyages réduisant tous les espoirs.

 

Aujourd’hui les étoiles bavardent en un langage abandonné.

Elles brillent sur notre savoir comme l’espoir d’une fin de vie.

Larme de rose


Au matin quand le silence ne sait si la louange de l’heure est déjà chaude ou encore froide, le temps à cet unique instant se fige et la terre timidement donne ses vapeurs tandis que le ciel n’ose encore les saisir.

 

Chaque jour commençant est le règne de l’ignorance fugace comme la vie, éternelle comme jamais aucune de ses empreintes. Le soleil en seule horloge s’élève pour faire de sa couleur la lumière pour la naissance des ombres et la brûlure des blés. La vie se fait avec la mort.

 

Le matin : un instant figé comme la mort, nous parle du nécessaire de la vie. De l’éternité mélangée au chaos comme pour défaire le néant qui guette. Et parce que l’on sait l’horizon aveugle du cyprès, horizon de murs pudiques ou horizon de l’éternité à la grille lourde et grinçante comme une insulte envers le silence, il ne se dit aucun mot.

 

Et puis soudain se fichant de la volonté des hommes, du ciel et de la terre, du haut de sa tige d’épines cohérentes à son caractère et paradoxales à sa beauté, sur sa robe froissée de rêves, se destinant à rattraper la pente du temps, perle une larme de rose.
Dans le même thème, découvrez le poème de Margot Roisin :
https://versantares.wordpress.com/2017/08/04/rose-rouge/

Galet


Quelle traversée passée a endormi

Les galets étalés à ciel ouvert,

Vernis de caresses salées de vie,

Sitôt séchés par le phare du savoir

Qui occulte, brûlant tel le divin,

Tous les voyages des murmures de la nuit ?

 

Quel périple manqué a sacrifié

Les galets pétrifiés d’éternité

Que la main des mers ne cesse de polir

Comme effaçant les fissures ancestrales

En s’étalant en unique parole

Sur le voyage du silence de la nuit ?

 

Se jetant à l’abordage du chaos,

Le long souffle de l’horizon s’écrase

Sur le haut mur griffé de ses gifles

En criant l’effroi des rêves des galets

Ressemblant à la vie en la matière,

Transparents comme la patience de la mort.

 

Sur les innombrables cailloux, s’écoule

En son heure, comme les larmes sur les joues,

La pluie : remède de toutes brûlures

Et mon regard voyage à l’origine

De ses substances comme des riens qui font tout

Sachant qu’à mon tour je serai galet.