La bougie


Sans cesse sur le départ,
Sans cesse se déshabillant de sa parure,
Sans cesse s’étirant dans le sommeil,
Sans cesse bavardant avec le silence des murs,
Sans cesse brûlant son lien avec la vie,
Sans cesse réinventant le temps qu’elle fond en éternité s’écoulant en abandon,
Sans cesse agacée par mon souffle qu’elle menace d’un duel,

Son cœur sombre se lie à son éclat,
Jusqu’à ce qu’elle cesse,
Comme le miracle de la vie transparente sur la mort,
Pareil à l’amour,
D’éclairer la pudeur de la conscience
Sur la robe de l’éternité plus tôt oubliée
Qu’elle retrouve, d’un cœur bleu, pour avoir brillé.

L’oubli de la vie


 

Comme chaque jour, tel celui d’hier dont on sait sans y penser qu’il est aussi pareil à demain, le soleil est déjà haut et convenable pour la saison lorsque sort le chien dans le jardin. Dans sa gueule, il ramasse une feuille qui n’a plus que la couleur de l’oubli. Subsiste l’instinct de chasse et l’orgueil ignorant de sa raison du trophée en langage grogné de rien tandis que mémère le gronde comme elle a grondé sa propre vie. Sous la lumière franche de l’été, ici où même les abeilles sont devenues silence, le chien aussi n’est plus qu’un jouet encombrant.

Reluisante vie (2)


Loin des rigoles qui s’esclaffent de leur mystère,

Derrière la vitre d’où défile le temps à gagner,

Loin des gouttières qui se noient de leur regard,

Etirant le matin sur la parallèle du tien,

Tu habilles ta musique de silence de papiers.

.

Le regard sur l’endroit tendu comme tes cordes rangées,

Les notes défilent en poursuivant ton train,

Les mains apposées en derniers soupirs,

Ecoutant ton éveil sur son devenir,

Tu dévêts le bruit de chemin de métal.

.

Loin des rigoles qui se taisent honteuse à la lumière,

Devant les regards assis sur le temps à jouer,

Loin des gouttières qui s’abreuvent de rêves

Installant ton matin sur la croisée des instants,

Tu habilles ta musique de vie de poésie.

Reluisante vie (1)


Ce matin, la pluie bavarde avec la ville. Après s’être excusée de la colère des cieux de la veille, elle offre ses paroles en toilette des poussières qui troublent l’horizon et le souffle.

Elle glisse sur le temps qu’elle rend transparent telle la fenêtre figée en patience. Les minutes s’écoulent comme les souvenirs qui n’ont plus l’éclat des promesses et de leurs sourires pareils à la lumière de ce jour qui écoute.

Dans ce langage sur les matières, dans les rues que les passant étirent jusqu’au pareil lendemain, luit la poésie qui rend vie.

Lumière de vie


Tandis que les lits secs de mes rides
Couchent l’arbre de ma vieille fatigue,

Les feuilles, allumées de leur dernier feu,
S’éteignent comme paupières sur mes rêves.

Tapis de saison qui s’est étouffée
Sur la poussière des chemins balayés

Par tous les vents aujourd’hui essoufflés,
Lavés par l’automne aux longues fumées

Des nuits de tous les foyers qui s’étirent
Vers les cartes des cieux trop silencieux

En ultime glaçage délicieux,
Le langage s’étale en éternité.

Puisque la lumière ne s’éteint jamais,
La jeunesse est le feu de toutes vies.

Regard sur le temps


Ma lucarne figée comme la saison scrute l’âge de l’abandon, le temps des promesses, la moitié de vie répétée.

Au loin, au-dessus des toitures présentant leur profil en parallélogramme de leur cadre régulier, l’hiver peigne les arbres et s’enfile dans les flammes froides des peupliers, tandis qu’auprès de tous les souvenirs élancés de feuilles, conversant sur le vent, s’égoutte le ciel de ses larmes.

La transparence des veines jusqu’à l’origine fera la couleur du printemps tombant en lumière pour l’heure grise, comme le silence sur fouillis de branches sombres de patience comblée de mots bruyants pour tous et brillants que pour soi, même pour toi.

La vie par la parole


Autour, les vagues
Parlent dans tous les sens.

Tu ne vois plus la plage
Et la brise dans ta voile

N’agrippe pas son souvenir
Tandis que l’horizon, lui,

Reste muet et ta raison
Ne peut rien dire d’autre

Que toutes tes secondes,
Passées et à venir,

Sont moins nombreuses
Que toutes les danseuses

Qui dirigent la farandole
De ton voyage.

Tu sais qu’il y a des étoiles
Que tu ne connais pas

Et tu ne sais pas, s’il en est un,
Leur langage blafard.

Tu continues de te méfier
Des reflets sur l’eau

Et des poissons brillants de soleil
Sur leurs écailles de nuages.

Gouffre évident d’oubli,
Et mystère navigable :

Ta vie par la parole
Ne cesse de voguer

En désert de vagues
Sous carte intouchable.

Flamme de vie


Souffle

La bougie qui se déshabille
A mesure que la lumière
Fait la cause de sa corde
Avant de s’éteindre
Dans son sommeil
Alors délié de raison,

Et rêve

Alors délié de raison,
Dans ton sommeil
Avant de t’éteindre
D’être la cause de la corde
A mesure que la lumière
De la bougie qui se déshabille

Souffle tes rêves.

 

Etoiles 1


Le marin a jeté sur les cieux mystérieux son espoir.

Puis, il a dessiné son besoin avec les étoiles.

 

Il a vécu la découverte étrangère à son envie.

Puis, il a raconté ses voyages réduisant tous les espoirs.

 

Aujourd’hui les étoiles bavardent en un langage abandonné.

Elles brillent sur notre savoir comme l’espoir d’une fin de vie.

Larme de rose


Au matin quand le silence ne sait si la louange de l’heure est déjà chaude ou encore froide, le temps à cet unique instant se fige et la terre timidement donne ses vapeurs tandis que le ciel n’ose encore les saisir.

 

Chaque jour commençant est le règne de l’ignorance fugace comme la vie, éternelle comme jamais aucune de ses empreintes. Le soleil en seule horloge s’élève pour faire de sa couleur la lumière pour la naissance des ombres et la brûlure des blés. La vie se fait avec la mort.

 

Le matin : un instant figé comme la mort, nous parle du nécessaire de la vie. De l’éternité mélangée au chaos comme pour défaire le néant qui guette. Et parce que l’on sait l’horizon aveugle du cyprès, horizon de murs pudiques ou horizon de l’éternité à la grille lourde et grinçante comme une insulte envers le silence, il ne se dit aucun mot.

 

Et puis soudain se fichant de la volonté des hommes, du ciel et de la terre, du haut de sa tige d’épines cohérentes à son caractère et paradoxales à sa beauté, sur sa robe froissée de rêves, se destinant à rattraper la pente du temps, perle une larme de rose.
Dans le même thème, découvrez le poème de Margot Roisin :
https://versantares.wordpress.com/2017/08/04/rose-rouge/

Galet


Quelle traversée passée a endormi

Les galets étalés à ciel ouvert,

Vernis de caresses salées de vie,

Sitôt séchés par le phare du savoir

Qui occulte, brûlant tel le divin,

Tous les voyages des murmures de la nuit ?

 

Quel périple manqué a sacrifié

Les galets pétrifiés d’éternité

Que la main des mers ne cesse de polir

Comme effaçant les fissures ancestrales

En s’étalant en unique parole

Sur le voyage du silence de la nuit ?

 

Se jetant à l’abordage du chaos,

Le long souffle de l’horizon s’écrase

Sur le haut mur griffé de ses gifles

En criant l’effroi des rêves des galets

Ressemblant à la vie en la matière,

Transparents comme la patience de la mort.

 

Sur les innombrables cailloux, s’écoule

En son heure, comme les larmes sur les joues,

La pluie : remède de toutes brûlures

Et mon regard voyage à l’origine

De ses substances comme des riens qui font tout

Sachant qu’à mon tour je serai galet.

Cycle


De deux étrangers

Qui n’avaient de cesse

De trop t’imager,

De leur népenthès,

 

Dans leur espérance,

Comme un voyageur,

Tu offres  silence

De toutes tes heures.

 

De l’eau et du ciel

Enfant de naguère

Vers l’éclat tel miel

Tu t’envoles des terres.

 

Te voici nuage

Couverture des cris

Libéré des âges,

Et l’escroquerie

 

Du profond souffle,

Par eux expirés,

N’est que mistoufle

Dès lors méprisée.

 

Pourtant à jamais

De mer vers lumière

Le mois de mai

Se souvient d’hier.

 

Vers des terres nouvelles

En couloir des vents

Tu pars blanche et belle

En espoir fervent

 

Pour alors donner

En larmes de vie

L’enfant des années

Des chants des envies.

 

Ancre de tes pages,

A ton tour deviens

Mère de ton ouvrage

Et lit des étoiles.

Chemin de vie


Photographie : Jean – Michel MELAT – COUHET, tous droits réservés.

 

D’un néant à un autre,
Tes souvenirs et tes projections
Accrochés à ton chemin,
Incrustés sur la cavité de ton temps
Reflétant la lumière aveuglante
Ainsi mystère parlant bonheur
Pour te séduire et te faire voyageur,
Tu ne sais vers quoi tu vas,
Tu ne sais que ce que tu crois.

 

Découvrez le regard de Jean – Michel Melat – couhet :

http://www.j2mc-photographie.fr/

L’écho de ta vie


Au cœur de la cité,

Comme si l’hiver était l’été,

Le rire excessif d’une jeune fille

S’envole avec son âge en souvenir.

 

S’inscrivant dans l’expression

De la fondation  d’un nouveau monde,

Il part dans le silence pour s’unir 

Avec toutes les jeunesses même passées. 

 

Il est comme certitude de mimosa

Qui parle en avance

Du devenir de la belle saison

Avant que ne s’endorment ses couleurs et ses parfums.

 

Deviendra -t- il comme la fumée ?

Grise pour n’être que vieille couleur passée,

Piquante comme poison pour larmes,

Et d’emblée trop légère pour être retenue.

 

N’oublie pas ton rire jeune fille,

Et sans l’envoyer dans la transparence

De convenances soumises plutôt qu’à soumettre,

Fais en l’écho assagi de tous les mots de ta vie !

Ta vie


Photographie : Jean - Michel Melat - Couhet (droits réservés)

Photographie : J2MC (droits réservés)

 

Quel passé a fait le chemin de ton regard ?

Les certitudes sont tracées en promesses comme langage de mode d’emploi. Ta vie était déjà un produit sans garantie.

 

Quel présent t’étale comme brouillard dans tous les regards ?

La contrainte dissipe ton essence en expérience de laboratoire des rues. Militaire des idées à l’arme de mots affûtés, par la fable d’un ordre passé ta vie tente de s’échapper de l’ordre qui a toujours été.

 

Quel avenir à pulvériser regardes tu ?

Piquant, étouffant, le nuage du chemin est la barrière des chants. Ta vie devra être imposée comme bourdonnements incessants de bavardages sans cri ni silence.

Essentiel oublié


 

 

Illustration Margot Roisin

Illustration Margot Roisin

 

 

En cris, en lumières clignotantes comme moqueries des étoiles et en maigres éclats se faisant lois à faire rire tous les soleils de tous les jours finissant sur mousse de velours, nous sommes tous pour nous-mêmes superficiels en bataille à gagner pour une guerre perdue.

 

Puis soudain, d’hier pour aujourd’hui, sur un lit de papier pour poussière ancestrale taillée, en langage de nuances comme nuages s’élevant du drap de terre sur lequel elle pose, apparaît, en nourricière, la beauté.

 

Nulle couleur au devenir de nuit n’est, et, en légèreté de silence, s’exprime l’essentiel oublié de la vie.

De la vie


Nul ne sourit à la nuit et au quotidien et sur le livre goudronné s’imprime en dernier vestige de lumière d’hier, la feuille du platane qui découvre, emportée par le vent, sa furtive volatilité dans son ombre de hauts lampadaires en fantôme de souris.

 

Piétinée par les aveugles fatigués, elle éveille mon regard soumit du jour passé à la poésie qui marie le hasard à l’esprit.

Lis vers l’hiver


Illustration : Svetlana Sirenko (droits réservés)

Illustration : Svetlana Sirenko (droits réservés)

 

Par quelles amarres, à quel port et de quelle époque s’accrochent les maisons injuriant la transparence du temps en couleurs comme timbre d’un cri de vie ?

 

Tourbillon de l’instant jetant sa force centrifuge sur les murs gardiens des mystères de chacun, en italique inversée, on devine les trésors jaunis des placards du fond des ombres.

 

Tandis que la brise de demain balaye la poussière dans la poubelle d’hier, jouant du ciel et d’un arbre éteint aux feuilles de plumes engourdies, la lune chante sur ces violons. Ces cordes de briques, de bois et de terre jouent en nostalgie.

 

Paradoxe du vent qui souffle dans l’oubli tout ce qui s’accroche sur les larmes qui font la survivance de tout ce qui est mort. En guise de réponse apaisante, c’est au crépuscule qu’on célèbre la lumière pauvre et froide en vernis et en pigments.

 

En robe de silence et de constance tel galet sans autre âge que celui de l’éternité, ton chien te suit en patience guidée par sa confiance sans condition et ne traite ainsi le temps qu’en sa présence.

 

Que regardes – tu dans l’invisible qui te fouette ? Crois – tu que la vie est toujours pour demain ?

Lune


La solitude d’un dernier verre accompagne le silence des cieux de toutes fatigues. Les ténèbres se réveillent alors.

Apparaît le visage apaisant que nous admirions jadis des amoureux exilés. Pastille des jours brûlés, elle soigne leur mal par leurs regards la caressant et qui, comme bouteille à la mer, inspirent à chacun troublé un sourire perdu tandis que lumineuse elle aspire nombres d’espoirs tenaces mais lointains.

Masque de la nuit, la paresse de son mensonge d’éclat n’est que reflet d’ardeurs. Cachant les innombrables perles de vie, la mort croissante et pleine reste figée.

Comme s’il n’allait plus y avoir de lendemains, en point final des couleurs, et puisqu’il me reste à rêver à tes côtés, la lune épouse la solitude d’un dernier verre qui accompagne le silence des cieux de toutes quiétudes.

Rivage


à Baptiste

Voir les étoiles se noyer dans les flots couleur de mystère qui sans cesse se répandent comme une prière infinie ou comme une aumône qui rappelle le piège des sirènes.

Les vagues s’écrasent en mousse comme un dernier souffle pour chacune. Moralisatrice de ce que sera le notre avant qu’il ne soit dans leur langage de tous les possibles, elles disent la vie en la mort qui l’accompagne inévitablement.

Les étoiles brillent aux éclats et en chagrins sans suivre le rythme de cette musique. La mère est origine de tout, le rêve est ce qui l’habille.

Silence


Immobile transparence sur l’oubli du temps, point du néant, vacarme de sommeil, mystère de l’ombre, il est des promesses imperceptibles.

 

Instant de vérité insaisissable, le silence est père malheureux de l’espoir d’une vie de tous les mensonges.

En attendant le repos


Parmi les innombrables regards aveugles et scintillants de la nuit, la trahison errante du présent, boule de reflet d’un lendemain, passe imperceptiblement semblant vanter la réminiscence d’hier.

Patience déjà éclairée des larmes qui s’accrochent aux frêles espoirs d’un néant sans cesse trompé, toujours gagnant.

Le tourbillon de la vie se noie solitaire dans la lenteur silencieuse de l’ombre inquiétante et respire le mensonge précipité du vacarme rassurant des jours.

En attendant le repos retenu par les rêves, comme la mort retient la vie pour être la peur, je me fais loup en hurlant aux lumières sourdes, aux chaleurs perdues se reflétant sur mes pupilles mouillées, mes excuses à ne pas aimer les rondes savamment étourdissantes de l’oubli rafraichi par les rires du bonheur convenable de mon caillou.

De ce qu’on établit, malgré nos defiances rassurantes, tout semble tenir par son contraire.

Songe d’aimer


On sait bien que, silencieux et en beauté, le soleil ne se lève ni se couche pour personne.

On s’attarde pourtant à rêver d’en être le cœur dans un vacarme de vie pour habiller, comme les étoiles scintillantes parent la nuit, le vide de l’interligne de mots éphémères à tous sauf pour chacun pareils aux vagues caressant, éternellement finissantes, la poussière des terres.

Même le miracle d’aimer entame le mensonge en criant sa vérité. Antagonisme de confort, la lumière aveugle le songe éveillé aux yeux fermés.

Manège de graine


Manège de graine

Photos : B. Sentenac

Je me souviens, enfant, dans ce parc aux marronniers fournis se faisant ciel des soirées de fêtes braillardes, tournoyantes et comme insultant la nuit. Pour quelques sous se faisant promesse de la lune contre quelques tickets de droits, pour rêver en cadence de grosses caisses, je me faisais pilote d’ailleurs vers nulle part.

D’une graine qui s’est faite tronc secret de ses pleurs suspendus pareils à l’oubli du socle de l’union comme rêve perdu d’amoureux subitement éveillés, en fontaine verte, le saule se fait caverne en ronde de larmes retenues par l’élan retombant alourdi par sa vie. Comme une couronne qui sait la révérence, le saule trône sur mon jardin.

Me voila, enfant mort, face à ce manège vert en attente vaine mais immuable de rires par ses pleurs éclairés, s’étirant comme lassé, pour contrer la patience précédant l’éternité pourtant déjà à jamais entamée.

 

Les coupables de l’ardeur


Le soleil, en secret, derrière l’horizon fait des hauts nuages les réminiscences de l’amour avant que le ciel ne se couvre par un tricot sombre à grosses mailles de larmes qui gifleront la vie comme le jugement des différences, meurtrier pour les uns et rassurant pour les autres, s’accaparant, comme la nuit aveugle à venir, l’éclat rose.

 

Pour ces coupables de l’ardeur, il est alors temps de laisser s’écouler le clandestin crépusculaire en rêves déchaînés de demain comme lumière et chaleur au fond de leur caverne.