La vie par la parole


Autour, les vagues
Parlent dans tous les sens.

Tu ne vois plus la plage
Et la brise dans ta voile

N’agrippe pas son souvenir
Tandis que l’horizon, lui,

Reste muet et ta raison
Ne peut rien dire d’autre

Que toutes tes secondes,
Passées et à venir,

Sont moins nombreuses
Que toutes les danseuses

Qui dirigent la farandole
De ton voyage.

Tu sais qu’il y a des étoiles
Que tu ne connais pas

Et tu ne sais pas, s’il en est un,
Leur langage blafard.

Tu continues de te méfier
Des reflets sur l’eau

Et des poissons brillants de soleil
Sur leurs écailles de nuages.

Gouffre évident d’oubli,
Et mystère navigable :

Ta vie par la parole
Ne cesse de voguer

En désert de vagues
Sous carte intouchable.

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Souvenir à assassiner


Le regard aguerri par la vie est comme un fusil dressé vers la poussière de la paix. Il tire en silence dans le fracas de l’ignorance. Les rêves livides filent alors dans l’oubli d’un souvenir à venir, dans l’ombre du secret trahi : dans la lumière du déni de l’enfance.
Le malheur est le mépris de l’heure dans son uniforme sonore de trois mille six cents virgules grises, lues et qui se répètent inlassablement au crépuscule du rêve pourtant retenu.

Mourir de souvenir (furtif)


Se laisser devenir un souvenir,
En dépit et par ailleurs de vivre,
Revient ainsi à se laisser mourir.

Soleil d’un jour, le même chaque jour,
Comme femme de l’instant pour le néant,
Monnayée en sourires et flatteries,

Et sans avoir rien d’autre à lui donner
Que ce qu’on a à lui prendre en l’instant,
Redoutant la déception d’un refus,

Plutôt que de ne succomber qu’aux corps
Qui ne promettent la sagesse des mots,
Aveugle à son regard sur l’horizon

Qui ne dit rien de cet instant furtif
Négocié en répétitions bourgeoises,
Tu méprises ce qu’il est à vivre.

Demain la lumière d’un autre soleil,
Et que tu ne vivras que paupières closes,
Fera de l’oubli ton identité.

Tu deviendras alors un souvenir
Fait d’insultes et de mystères bien déçus
Qui alors nous aura laissé mourir.

En furtif néant


Dans la pénombre pudique,

Chaque coup de rein éclaire,

Trop souvent les yeux fermés,

L’éternité de l’instant.

 

Et quand enfin le long rideau

De la chambre est tiré,

Le tout jeune souvenir

Eteint l’instant d’éternité.

Piano


Les notes graves de la pensée accompagnent les notes légères à peine jouées qui s’élevent déjà comme un écho que seule la subtilité du frappé en fait larme.

Dans la gare, l’arrivée de l’escalator à la hauteur du piano est le début du voyage qui va s’étaler, transparent comme déjà fini, sur la vitre et s’étirer comme retenant l’être qui, en émotion furtive, confondra la nostalgie avec l’espoir.

L’oubli fera de l’instant la réminiscence étendue et floue comme l’horizon vers lequel le train emportera son voyageur.

Nul souvenir encore. Il reste à bâtir sur l’émotion du piano.

Entre deux mondes


La mer dépose sans cesse les reflets des jours passés.

 

Poussière blonde pour frontière de l’origine qui agonise éternellement sur le devenir déjà mature du haut de l’âge de ses falaises.

 

Tout en dérobant quelques perles salées, le vent les unis.

 

Salué par les vagues et quelques vagues d’innombrables tiges d’espérances vertes où s’attardent quelques nuages de laine faisant bombance, il voyage sans cesse en transparence fouettant tous les masques des regards qui ne voient que leur monde et hument le souvenir d’un autre pour faire leur langage myope de savoir et lucide de croyances.

L’essentielle unité


Photographie "Before the rain" J2MC, droits réservés

Photographie « Before the rain » J2MC, droits réservés

 

Vagues éternelles sur vagues figées et rongées, comme la lumière et l’ombre, tel un foyer au regard lancé vers la ligne de l’union quotidienne de l’origine, trop lointaine pour converser, l’horizon est l’inaccessible raconté par le vent qui se fait parfois lit de nuage comme silence de sommeil tourmenté.

 

Les fenêtres se jettent sur une terrasse aux colonnes, chacune en garde – à – vous, pour l’honneur de quelques uns qui font face à l’honneur, de tous, oubliés.

 

Pourtant, même par luxe, le regard se fait comme l’expression d’un lointain souvenir, la jetée de la pêche à l’essentielle unité.

 

N’hésitez pas à consulter le site du photographe J2MC

https://www.flickr.com/photos/walberthur/