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Photographie : Boris Sentenac,

tous droits reservés

J’avais juré que je n’y vivrai jamais. Et pourtant…

Mes réminiscences de lumières qui étincelaient depuis mon regard croisant le sien sont éteintes. Le vide habite la ville et n’en fait que vestige.

La bibliothèque de poésie que nous mariions à notre raison d’être pour plein bonheur n’est plus qu’une espérance déchue.

Depuis le port, le mystère de la mer est sans reflet et du haut de sa colline, la basilique a vieilli comme la voix éteinte de nos vœux. Tandis que j’étais la vague qui venait à toi, tu étais celle qui retournait au large. Il n’est pourtant qu’une vague qui s’étend sur son espoir de voyage. Aujourd’hui, même les mouettes sont muettes, le soleil est à d’autres.

Les collines qui s’étendaient derrière notre quartier, devant notre fenêtre, gorgées de leurs mystères, de leurs histoires, ne sont plus qu’aussi chauves que mes souvenirs fossiles. Et leurs pousses basses ne sont que l’ombre d’elles – mêmes.

Notre sanctuaire est tel le postier au sourire bancale : à peine blanc sous ses taches, fatigué et usé comme ses blagues et dont nous nous moquions, certains de ne jamais nous infliger crime de solitude.

Et pourtant, la ville ne semble plus avoir qu’elle – même pour idéal telle femme en lits de rivière sèche. Tu l’avais pleuré au terme de notre dernière visite. Aujourd’hui, l’oubli fait étranger celui qui revient. Tout parait petit tant nous le sommes devenus.

Sur les terrasses des places, il n’est plus de poèmes d’effrois ou de dessein d’avenir. Sur une autre, le serveur des patiences de nos lessives n’offre plus son bonjour et la patronne élancée telle force rigide de branches coiffées de feuilles de nuit n’offre plus sa franchise de larmes et de colères.

Ailleurs nous étions soleil sucré tel le Limoncello que nous recevions pour nos bonsoirs et quelques mots de quartier dans ce bistrot qui regardait l’escalier de tous les départs, comme sa gérante nous racontait la mort de son espoir de mère par le suicide de son avenir en chair. Telle la reconnaissance de son serveur à mon égard, lui étant resté figé dans son quotidien et qui s’étonne du temps passé, tout est obsolète.

La gare ne nous donne plus son bonjour et étire son adieu vers mon retour. Son piano n’est plus en offrande de joie.

Et je passe mon chemin en croisant la rue de nos sourires que nous avons dévorés lorsqu’au soir je t’offrais ta gourmandise d’orgeat pour agrémenter nos heures affamées de bonheur.

La ville n’a plus de sens jusque dans son silence et je ne sais plus quoi lui dire, pas même ma peine ni ma honte. Mon amour brulé s’étouffe de ses cendres sans éteindre l’ardeur sous leurs ombres comme s’il fallait se protéger de la lumière et s’interdire la nôtre. Il ne reste que le vent qui emporte tout sauf la vie à qui il souffle la mort.

J’avais juré que je n’y vivrai jamais et pourtant… Au terme de cette promenade où j’ai croisé tant de fantômes, à l’heure où d’improbables nuages vont s’effondrer, comme nous, et ne vont rien laver, comme nous, je sais bien maintenant qu’il ne faut jurer de rien. Et parce que dire revient à faire vivre, mes seuls mots sont que je t’aime encore.

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8 réflexions sur “Retour

  1. Quel joli poème quand l’écriture est vivante ! pourvu qu’elle te lise
    pourvu qu’elle revienne ! AM

    • Merci. Pour autant, il n’est pas question de dire pour obtenir. L’utilisation du langage à cet effet serait purement malhonnête et quitte à être honnête, il s’agit simplement de dire. La poésie se place plus ainsi que dans un effort qui serait inspiré non pas par le sentiment ressenti mais par la possession et la manipulation.

  2. moi qui suis lecteur, je ne vois ni manipulation ni possession, juste un joli poème ……pourvu que émet l’espoir, le souhait, le peut-être ….

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