Mer de brume


Brume de mer, mère de brume comme si le temps ne glissait plus sur les saisons, le souvenir d’étoiles en paillettes sur ta longue robe est noyé sous la coupole des pleurs en brume de ta mémoire imprimée en langage perdu et finissant sa phrase par la suspension de ton passé qui s’est agrippé, statique, à ton regard, à ton devenir.

 

Mer en guerre sur l’âge des falaises silencieuses, pour un roc, un seul, un des tiens comme clou de ton malheur, qu’une tempête inoubliable t’a salement forcé à dénuder. Depuis, tes larmes sont le masque de tous les vents et de leurs voyages qui portent les poussières d’ailleurs. Tu fais de tes terres de certitudes tremblantes le socle évident de tes enfants en peur, par écho de ta mauvaise heure, de ces messagères étrangères. Elles n’ont pourtant que caressé tes dénis, désormais scintillants en tes reflets de mensonges, parfois de silences ou encore d’aveux d’échecs pour foi de raison et pauvre monnaie d’échange à tes quelques marins d’aujourd’hui bien en peine.

 

La mémoire n’est alors que le regard sur tes vagues qui fractionnent le temps à mesure que leurs paroles répétitives, inlassables pour les mystères, grignotent les renforts de tes croyances et de tes sanglots.

 

Brouillée par ton brouillon de brume sur l’horizon, chaque vague est comme victime de chaque roche et chaque terre, aussi siège de vie, devient alors victime du manteau de tes larmes de mer…

Couleur de brume


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Photo Boris Sentenac, tous droits réservés

Rêves amarrés comme sentinelles endormies des eaux, ils n’ont su garder les couleurs. Le dernier éclat de lumière qui se glisse dans les draps à peine froissés du port les a absorbé.

Les paroles de la ville caressent l’abandon en s’enfonçant inaudibles au profit inutile des mouettes soumises au démon de vapeur qui se réveille.

Ce soir, le dernier rayon sera blanc et diffus tel l’ennui et le dédain qui se promènent tandis que les nuances délaissées ont déjà trouvé refuge dans ton regard.

Le voyage commence alors. Furtif ouvrant sur l’éternel, le souvenir se fige sur l’espoir de la transparence commune devenue notre trésor de brume.