Du cyprès


Sous la nuit qui se parcourt en ses pages de langage inscrit à l’encre noire de toutes les saisons, le cyprès est figé comme l’heure droite de l’éternité dont il parle en montrant le ciel, rigide comme la certitude et pourtant habillée d’espérance.

Son squelette, secret à tous les oiseaux, porte sa couleur éternelle.

Compagnon des fantômes d’hiver que les maigres jours effacent comme la mémoire efface les voix, et temoin des larmes d’été que les lumières de toutes les vies assechent, au bout de la route écrasée par le bavardage des pluies ou en mensonge des chaleurs comme pour faire, par l’eau parodiée, parjure à la mort, il nous dit par son feuillage, impénétrable au moindre gazouilli, ce qui reste de tous les endormis du cimetière qu’il garde : l’écho de leurs mots.

Sourire d’espérance


 

Photographie Boris Sentenac

Photographie Boris Sentenac

 

L’heure, par nature silencieuse comme l’éternité,

Sonne en éphémère et timide muguet

Les chaleurs et les sucres de l’enfance

Laissant ainsi stoïques les patients cyprès

Des murs des souvenirs sous dalle de mystère.

 

Fils d’un jeune soleil et de l’ombre,

Tu es un petit brasier d’espérance sur tige

Dans lequel, en lumière, tinte simplement

Le parfum qui ne s’offre qu’à l’instant

Et s’étire, comme l’été à venir, en sourire.

Nostalgie manquée


Hauts remparts habillés de sapins sous col blanc, la caresse furtive et froide dérobe la poussière de pluie.

 

Liberté et vie s’élancent opaques vers la lumière de nos vallées quadrillées l’été en champs de soleils et de blés.

 

Ici, le moulin reçoit l’ombre des nuages comme rêves de farine envolée.

 

Le vent emporte les quelques paroles frêles qui s’accrochent à l’âge de leur canne et dévoilent les secrets mourant d’éternels sages et patients cyprès.

 

Mon regard s’accroche alors sur les montagnes comme le vieillard à sa fraîcheur essoufflée.

 

Les exploits et les farces racontés sont la pénombre des déveines comme mes rêves sont déjà à pleurer.

D’hier et de demain


d'hier et de demain1

Photographies : Boris Sentenac, droits réservés

La chapelle, gardée par quelques cyprès : fidèles flèches figées vers l’éternité, apparaît comme secret d’un souvenir vivant pareil aux murmures des prières désertées. Sa perspective telle une caresse sur les collines s’abandonnant à la mer séductrice de la lumière vouée à sa noyade nous dicte notre espoir.

Mensonge furtif de sérénité sur l’abandon tenace et obligé de l’enfant aux cris silencieux de sa mort inaccomplie, retour en bénédiction bleue sur la vérité de l’inexistence de l’horizon. Mer contre terre, jour contre lueurs, joies et peurs s’étalent autour de l’instant que nous gardaient les innombrables et centenaires suves pareils à une armée en campagne sur la misère fructueuse comme la raison bien pensante sur nos sourires, restés simples et essentiels, habillés d’hier et de demain.

Parle moi


Parle moi de tes cyprès qui se gardent leur jardin

Des corbeaux qu’ils renvoient malgré eux

Au devant des larges lucarnes

Qu’un maigre tison ne sait pas faire chanter

Comme le faisait ce soleil  des chaleurs d’antan

Qui s’était écoulé sur le bec du merle.

Parle moi de ces chants des champs qui se cachaient

Derrière les couleurs chatoyantes des abeilles.

Parle moi de ce fils des senteurs qui ne sait plus

Que l’odeur froide et amère de la mort

Qui s’effile comme l’espoir en fumée bleue.

Parle moi de ce qui ne sera pas

Pour ne pas parler de ce qui ne sera plus

Comme d’un temps méprisé devenu juste perdu ;

De ces gains qui courent à l’échec de l’essentiel

Te rappelant à ta pitance enracinée

Près des cyprès de ta conscience et de l’oubli.

Parle moi comme tu parles au vent.