Savant en croyance


Perdu et enfermé au milieu des hauts pics froids
L’œil de la terre tel cyclope,
Impassible, sombre et froid,
Regarde les cieux en son silence
Laissant les mots pour le vent.

Plus bas, en ponctuation de prairie,
Un peuplier se tient au garde à vous
Devant les souvenirs des montagnes
Fuyant vers la promesse de l’horizon
De mers encore lointaines.

Droit sur sa terre, planté vers le ciel
Comme une plume sur sa page en guise de ciel
Il semble orchestrer le chant des oiseaux
Qui racontent en chants ce que nul pourtant ne peut dire
Et les rires des rivières qui se moquent des rochers

Qu’elles caressent en mémoires froides
Courant au rythme des mots éphémères
Et alors inaudibles, venus de tous les vents
Formant croyance aveugle de tous les savoirs
De l’endroit et de l’instant.

L’arbre en veines complexes d’hiver,
Aveugle du haut regard comme du trait d’horizon
Se fait autorité de posture en bavardages perdus
Comme soufflés des monts et des flots,
Parlant alors tel le ressac en silence perdu de miroir de nuages.

Ce qu’il sait n’est pas ce qu’il est,
Il est ce qu’il ne croît pas être
Il tend à être ce qu’il ne sera jamais,
Et n’ayant que trop peur de n’être rien
Il parle de tout comme si de rien n’était.

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Errance de l’évolution


On passe sa vie à la construire à côté du bâti de lourdes pierres de l’enfance.

Il nous faut briller, tutoyer la lumière aveuglante et tenter d’oublier le foyer au mortier de mensonges des émotions d’enfant.

Mais du haut de notre tour de fer et d’acier, lorsque le vent souffle, notre regard ne peut que s’incliner sur l’oubli raté.

La lumière blanche, autant qu’elle le reflète, se persuade de l’oubli de ses couleurs.

On rêve, en cette tour, d’y voir sa déraison en raison. Mais en nos bureaux, on ne peut que trop mal négocier par la tolérance dont on fait notre pauvre monnaie par défaut. On choisit alors le silence pour nos errances.

Puis, on bâtit la maison de notre enfant et on s’étonne un jour de le voir élancer à son tour ses fenêtres sans mur comme autant de regards sur le monde impénétrable comme elles. On sait mais on regrette à cet instant qu’il ne peut y avoir que des regards.

Il délaisse alors, comme nous en d’autres temps, mal oubliés eux aussi et pourtant, sa maison d’enfant. La sienne qu’on espérait en secret la nôtre.

Le fer et la transparence ont des exigences dont les vieilles pierres ne profitent pas. On s’élève par la croyance nécessaire sur nos souvenirs en ruines.

Continuons donc, si proches éternels, à nous parler en reflets de lumière que nous ne sommes pas, mais j’ouvrirai mes fenêtres pour tous les vents.

Regard d’éclaircie


Lac de ciel aux bordures de lumière et d’ombre,

Lac d’un souffle figé comme un souvenir aux bordures d’eau.

 

Horloge sans aiguilles, elles se sont envolées et

S’érigent et se croisent, ailleurs comme éphémères traits de craie.

 

Monocle entre regard et invisible

Comme le temps, silencieux, imperturbable à toutes peurs

 

Que les prières murmurées des horloges suscitent,

Il semble lucarne de rêves dans de longs draps de nuages

 

Comme sur le vaste monde, on regarde le même ciel,

Glissant en voyages des vents, Sans jamais rien voir de pareil.

Cycle


De deux étrangers

Qui n’avaient de cesse

De trop t’imager,

De leur népenthès,

 

Dans leur espérance,

Comme un voyageur,

Tu offres  silence

De toutes tes heures.

 

De l’eau et du ciel

Enfant de naguère

Vers l’éclat tel miel

Tu t’envoles des terres.

 

Te voici nuage

Couverture des cris

Libéré des âges,

Et l’escroquerie

 

Du profond souffle,

Par eux expirés,

N’est que mistoufle

Dès lors méprisée.

 

Pourtant à jamais

De mer vers lumière

Le mois de mai

Se souvient d’hier.

 

Vers des terres nouvelles

En couloir des vents

Tu pars blanche et belle

En espoir fervent

 

Pour alors donner

En larmes de vie

L’enfant des années

Des chants des envies.

 

Ancre de tes pages,

A ton tour deviens

Mère de ton ouvrage

Et lit des étoiles.