Rue de la mémoire


Chaque goutte de pluie est comme une fraction d’éternité qui s’étale sur le trottoir de la mémoire.

La rigole s’abreuve de l’oubli tandis que le bitume brille pour mes pas destinés à trouver autre lumière que celle de sa rue.

En corbeau de prairie je chasse, immuable et sans distinction, les nombreux pigeons et les rares colombes.

Et dans les égouts, mon enfance rit encore en sautant dans quelques flaques d’erreurs englouties.

De l’eau et de la lumière il me reste en poche quelques mots gentils pour quelques soleils en verres.

Je sais la banalité qu’hier n’est plus et que rien n’est certain pour demain sinon que l’espoir d’un éclat encore obscur.

Rien n’est grave puisque tout peut l’être et puisque savoir ne suffit pas, puisque rien n’existe sans son contraire,

En traversant la rue, chaque goutte de pluie est comme une fraction d’étoile qui s’étale sur le trottoir de la mémoire.

Le temps de l’amour


L’amour est enfant.
Il est étonnement
De nuages dans le ciel
Sans aucune infecte stupeur
D’une pluie résignant au foyer.
De l’âtre, rien n’exige la chaleur,
Des rues, rien n’exige de parapluie
Tous les lieux s’écoulent ou s’illuminent
Toujours légers et vaporeux
En source fraîche d’enfance
Avant que pour le monde
L’amour ne soit pluie.

Reluisante vie (1)


Ce matin, la pluie bavarde avec la ville. Après s’être excusée de la colère des cieux de la veille, elle offre ses paroles en toilette des poussières qui troublent l’horizon et le souffle.

Elle glisse sur le temps qu’elle rend transparent telle la fenêtre figée en patience. Les minutes s’écoulent comme les souvenirs qui n’ont plus l’éclat des promesses et de leurs sourires pareils à la lumière de ce jour qui écoute.

Dans ce langage sur les matières, dans les rues que les passant étirent jusqu’au pareil lendemain, luit la poésie qui rend vie.

Comme


« Oh mon dieu que c’est joli, la pluie »

« Pierre », Barbara

Comme autant de souvenirs d’étoiles
Qui s’effondrent sur la ville
Et ruissellent sur ses rues figées
Juste dans ce qu’on imagine être leurs passés,

Comme autant de poussières
Ramassées justifiant la fuite
Des flots unifiés vers les bouches
Promettant les chemins secrets de leurs avenirs,

Comme autant de virgules de silences
Qui giflent les habitudes
Et font autant de présents
Arrogants sur l’éternité,

Comme autant de mots
Transparents comme le besoin,
Euphorisant pareil à un chant,
Mais qui ne disent que trop l’envie sur la vie,

Comme autant de certitudes
Uniques mais éphémères
En dentelle ravissante sur l’instant
Ainsi déguisé en beauté,

Il pleut.

Pluie


La pluie raconte son voyage
Et vernit les toits de Paris.

Le clapotis sur la journée
Qu’écoutent seuls les parapluies,

Comme s’égouttent transparents
Tous les souvenirs mystérieux

De chaque passant persuadé
À chaque pas pourtant pressé

D’être à l’abri de tous les temps
S’écoulant tels une frontière

Entre les larmes retenues
Et le silence de l’oubli,

S’enfuient sur le lit du trottoir
En toiles noires de corbeaux.

La pluie continue son voyage,
S’éclairent les toits de Paris.

Instant du monde


La pluie gifle l’herbe qui montre, avant de s’endormir dans l’unité de la nuit, l’heure furtive sur les heures éternelles.

 

L’eau épanche la soif comme une caresse qui s’enfuit.

 

Au travers de notre lucarne, nous voyons notre paradis se nourrir des promesses pour demain.

 

Entre hier et aujourd’hui, avec un goût d’éternité de souvenir et de devenir, nous continuerons de vivre.

 

Au diable les railleries des actes manqués ou des mensonges de chacun.

 

Leurs bruits ne couvrent celui de la pluie qui tombe en gouttes comme elle tomberait en étoiles.

 

Cet instant hors du monde s’inscrit dans son espérance.

Pluie


Il a plu, beaucoup.

Les nuages chargés des mots

De tous les horizons visités

Ont abandonné de leurs bagages

Qui, s’ils tentaient d’abreuver les terres,

Ne semblaient plus faire vapeur essentielle

En guise de leurs corps et

Se sont fait leurs pleurs qui

Se sont écoulés finalement

En rigoles : lit propre

De l’oubli de gâchis.

Vraiment


Dans l’infini de l’absence de mes rêves

Sous la couverture de mes paupières,

Les secondes de pluie s’écoulent multiples

Sur l’éternité filante, vaporeuse de croyances,

Embrumées comme tout ce qui est vrai ment.

Rideau du vent


Le vent tire sa bâche de nuages sur son plafond noir avant de l’ouvrir, laissant alors tomber un rideau de pluie sur le matin.

 

La poésie, en valise de langage, est salive de voyage.

Des bruits (3)


Les jeunes avec les jeunes !

Les vieux avec les vieux !

Les riches avec les riches !

Les pauvres avec les pauvres !

Les noirs avec les noirs !

Les blancs avec les blancs !

Les homosexuels avec les homosexuels !

Les hétérosexuels avec les hétérosexuels !

Les fous avec les fous !

Les malades avec les malades !

Les hommes avec les hommes !

Les femmes avec les femmes !

Et maintenant que chacun est bien au chaud

Dans sa case à choix multiple, coffre de ses secrets,

Parlons du vivre ensemble avec,  pour maître mot,

La tolérance (acceptation par défaut de la différence).

Revendiquons par pluie d’images et de bon sens

A faire frémir toute intelligence.

Nourrissons nos propres images respectives et individuelles,

Derrière nos portes verrouillées et nos lumières blafardes d’écrans

En guise de courage et de gloire.

Passons de fenêtres en murs

Pour crier le silence du virtuel de nos vérités assénées

Et détourner alors, dénués de sens,

A l’exception de nos peurs enfouies,

Tous les regards quotidiens

Vers le mensonge de nos chants de sirènes.

Pluie


Dans le bus, les poèmes défilent comme la ville à travers les vitres désertées et mystérieuses.

L’absence, en silence dans les regards statiques et patients, règne comme prière en église s’écrasant invisible sur les vitres désertées et mystérieuses.

Le printemps, comme un premier, s’est chargé des eaux des terres. Fraîche et douce, elles sont les larmes excessives des vitres désertées et mystérieuses.

Dans les surprises d’un ciel éteint qui joue sur le temps des éclats furtifs et du grondement qui s’écrase comme souvenirs de Paris, il pleut sur Marseille et sur les vitres habitées de vérités transparentes et comme dégoulinantes de tous les mystères.

Nostalgie manquée


Hauts remparts habillés de sapins sous col blanc, la caresse furtive et froide dérobe la poussière de pluie.

 

Liberté et vie s’élancent opaques vers la lumière de nos vallées quadrillées l’été en champs de soleils et de blés.

 

Ici, le moulin reçoit l’ombre des nuages comme rêves de farine envolée.

 

Le vent emporte les quelques paroles frêles qui s’accrochent à l’âge de leur canne et dévoilent les secrets mourant d’éternels sages et patients cyprès.

 

Mon regard s’accroche alors sur les montagnes comme le vieillard à sa fraîcheur essoufflée.

 

Les exploits et les farces racontés sont la pénombre des déveines comme mes rêves sont déjà à pleurer.

Après la pluie


Il n’est d’instant qui empêche de sourire.

Que reste –t- il du désespoir écoulé et poussé par les vents ?

Le mensonge céruléen qu ‘on pensait libre comme l’air prison de lumière, n’est autre qu’une nécessité qui n’a pas plus de sens que notre présence à contempler ce bonheur convenu comme népenthès en breuvage de vie.

La pluie est une virgule dans le subterfuge. Qui porte plus haut que tous les cieux, humide ou sèche, la vérité est ta caresse.