La dernière vague


Avant que la pierre ne se soit effritée en poussière sur ta chevelure qui lentement s’écroule comme les poids des vieilles horloges,

Etire ton sourire comme la rivière qui polit le galet dans son rire de jeunesse en voyage vers l’océan : immensité à l’horizon inaccessible et obligé.

Sautille et virevolte dans ta course avant de n’être que vague fatiguée et quand tu t’étaleras sur la plage, une dernière fois en étalant ton âge blanc, souviens toi que, comme aucune vague ne peut manquer au ressac, et malgré l’imperfection de la mémoire, tu fais ton temps qui ne peut manquer au temps.

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Galet


Quelle traversée passée a endormi

Les galets étalés à ciel ouvert,

Vernis de caresses salées de vie,

Sitôt séchés par le phare du savoir

Qui occulte, brûlant tel le divin,

Tous les voyages des murmures de la nuit ?

 

Quel périple manqué a sacrifié

Les galets pétrifiés d’éternité

Que la main des mers ne cesse de polir

Comme effaçant les fissures ancestrales

En s’étalant en unique parole

Sur le voyage du silence de la nuit ?

 

Se jetant à l’abordage du chaos,

Le long souffle de l’horizon s’écrase

Sur le haut mur griffé de ses gifles

En criant l’effroi des rêves des galets

Ressemblant à la vie en la matière,

Transparents comme la patience de la mort.

 

Sur les innombrables cailloux, s’écoule

En son heure, comme les larmes sur les joues,

La pluie : remède de toutes brûlures

Et mon regard voyage à l’origine

De ses substances comme des riens qui font tout

Sachant qu’à mon tour je serai galet.

Lis vers l’hiver


Illustration : Svetlana Sirenko (droits réservés)

Illustration : Svetlana Sirenko (droits réservés)

 

Par quelles amarres, à quel port et de quelle époque s’accrochent les maisons injuriant la transparence du temps en couleurs comme timbre d’un cri de vie ?

 

Tourbillon de l’instant jetant sa force centrifuge sur les murs gardiens des mystères de chacun, en italique inversée, on devine les trésors jaunis des placards du fond des ombres.

 

Tandis que la brise de demain balaye la poussière dans la poubelle d’hier, jouant du ciel et d’un arbre éteint aux feuilles de plumes engourdies, la lune chante sur ces violons. Ces cordes de briques, de bois et de terre jouent en nostalgie.

 

Paradoxe du vent qui souffle dans l’oubli tout ce qui s’accroche sur les larmes qui font la survivance de tout ce qui est mort. En guise de réponse apaisante, c’est au crépuscule qu’on célèbre la lumière pauvre et froide en vernis et en pigments.

 

En robe de silence et de constance tel galet sans autre âge que celui de l’éternité, ton chien te suit en patience guidée par sa confiance sans condition et ne traite ainsi le temps qu’en sa présence.

 

Que regardes – tu dans l’invisible qui te fouette ? Crois – tu que la vie est toujours pour demain ?