Voyage


Le soleil, en ballon gonflé d’hélium, est amarré à notre immobilité furtive et vibrante avec  l’urgence roulante du temps à gagner.

 

Les clochers, en ombres chinoises et en poussières d’un matin déjà élancé, défilent déguisés en cyprès que la vitesse du songe installé dans le train, tel flèche bleue, nargue en direction des mêmes rêves qu’on veut inscrire en éternité, avant de s’enfoncer dans la lumière somnolente d’un pays d’hiver en quittant alors toutes les promesses de printemps qui regarde l’invisible de la mer.

 

Puis, la tourmente dégoulinante de quelques sommets de forets ou de hautes roches faisant ensemble couloir de vent que notre bolide en tunnel de patience fend, s’écoule dans l’éternité de l’oubli que l’on a toujours pour chaque nuage comme renversée par la lumière éblouissante sur les champs s’enfonçant dans l’horizon comme paroles prépondérantes de certitudes cultivées sur celles des espoirs.

 

En dernier rempart comme salut d’un monde à un autre, il nous reste à traverser, en un nouvel insecte de fer, le dédale sous terre. Sommeil éveillé de l’avenir proche et de tous les « bonjour ! » des quelques jours à vivre comme porte des années à habiter avant de s’enfoncer en nuit pour le retour vers l’espérance de « l’au revoir ».

Publicités

Rideau du vent


Le vent tire sa bâche de nuages sur son plafond noir avant de l’ouvrir, laissant alors tomber un rideau de pluie sur le matin.

 

La poésie, en valise de langage, est salive de voyage.

Couleur de brume


20140920_184510

Photo Boris Sentenac, tous droits réservés

Rêves amarrés comme sentinelles endormies des eaux, ils n’ont su garder les couleurs. Le dernier éclat de lumière qui se glisse dans les draps à peine froissés du port les a absorbé.

Les paroles de la ville caressent l’abandon en s’enfonçant inaudibles au profit inutile des mouettes soumises au démon de vapeur qui se réveille.

Ce soir, le dernier rayon sera blanc et diffus tel l’ennui et le dédain qui se promènent tandis que les nuances délaissées ont déjà trouvé refuge dans ton regard.

Le voyage commence alors. Furtif ouvrant sur l’éternel, le souvenir se fige sur l’espoir de la transparence commune devenue notre trésor de brume.