Le train gris


C’est ton visage que je venais chercher sur le quai de la gare avec notre certitude pour bagage. D’autres visages passaient comme des nuages. Chacun unique et tous déjà oubliés.

J’avais pour deuxième bagage ma patience qui voyageait sur nos cieux. Mes mains chargées de vide écrivaient des poèmes que le vent déposait à mes pieds et que les rames sans arrêt soufflaient sur l’autre quai, comme pour les offrir à ceux qui singeaient ma patience, tandis que leur train arrivait avant le mien, avant qu’il ne fût nôtre, bien après d’autres.

Pour troisième bagage j’avais pris l’amour. Celui qu’on emporte partout. Tu arrivais le regard vers le ciel rectangulaire de la bouche d’escalier. Tu croisais mon regard et les nuages n’étaient plus qu’uniformes. Puis soudain, notre train écrasait son chemin depuis l’horizon.

Le silence riche de nos couleurs a été violemment absorbé pour un exil de silence transparent et imposé. Nous sommes devenus aussi gris que ceux que nous redoutions. Nos yeux d’étoiles sont devenus notre regard de poussière. Et de tes yeux devenus cendres, nulle flamme ne se destine plus à mes yeux de charbon.

Nos mots sont effacés et le train est parti. La lecture du premier froid de la saison reprend avant même le précédent.

En écho au poème « Le train bleu » de Margot Roisin que vous pouvez lire en cliquant sur le lien ci-dessous :

https://versantares.wordpress.com/2016/06/03/378/

Publicités

Poésie 2


Iris gris

Pupille bleue

Larmes sur la ville

Comme autant d’armes tombées de leur cible

Et tandis que tu t’accroches sur chacun de mes mots,

Tu ne vois rien de mon regard qui glisse sur l’instant verni comme les toits de Paris.

Gris


Nuages de béton, les fenêtres reflètent l’infini de l’ennui qu’elles cadrent en gardant secret leurs univers obscurs.

 

Au ciel, les pelotes de dentelles empilées absorbent le rêve pour n’en donner que l’essentiel vital, réduit sans envie, et prennent l’essence des étoiles que les murs de brumes des villes ne savent pas.

 

Le monde semble nanti d’ignorance. Pourtant au dehors, dans les cieux comme sur terre, dans le gris de Nanterre, chacun cherche toutes les nuances de l’éclat.