Matin


Les empreintes de tes rêves deviennent lits de l’oubli.

 

Au réveil, le ciel est comme page blanche de poète.

 

Au loin, des poussières d’oiseaux survolent l’horizon déchiré des matins.

 

La couverture de vapeur enveloppe en mystère la colline.

 

Elle fait face à son reflet d’évidence par la lumière.

 

L’heure se donne par le soleil qu’on croirait injuste comme la chance.

 

Tandis que l’oubli lisse ton visage,

 

Le ciel se charge des larmes et des sourires de la journée.

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Perspective filante


Séparés par le rempart du reflet muet des vitres fumées, se gardant à leur départ les sourires de larmes que la dignité retient parfois, les bras tendus lancent du vide qui s’accroche vainement et pourtant si fortement vers ce qui file dès lors vers d’autres bras aux sourires dont on veut croire qu’ils refusent déjà la fin en son début de la trêve de l’absence, comme une prière qui s’étendrait nonchalamment depuis toujours et à jamais. A l’instant obligé par le sifflet strident et le claquement des portières, l’échelon étroit de la longue voiture à la perspective évidente semble narguer le quai.

C’est ainsi que part le train bondé de joies, de colères et d’espoirs déçus qu’on tente de faire survivre dans un silence de politesse. Il part vers le crépuscule figé depuis le dernier retour en s’arrachant d’une moitié de vérité, qui s’abandonnera avec l’indolence furtive des nombreuses prairies insignifiantes et traversées avec ennui, pour faire place à son autre moitié aussi criante de mensonges d’origine éparpillée en gâchis que la sirène qui s’écrase sur la carcasse qui nous sert de reposoir, venue de là-bas et nous croisant, nous rappelle alors violemment.

Le train roule alors très vite comme pour rattraper les années perdues vers les mêmes étoiles qu’en gare de départ, criantes de l’inutilité d’un partage de bonheur convenu et ainsi habillé de la banalité de la futile communication savante, comme moqueuse de l’essentiel, de l’absence et du lointain.

Les larmes restées sèches s’oublient dès le bonjour devenu flétri et pourtant rare des bras tendus vers l’invisible éclaté dès lors que notre pied foule l’échelon étroit de la longue voiture qui a perdu sa perspective dans son évidence, et qui semble narguer les sourires aux temps depuis toujours et à jamais pressés…