Savant en croyance


Perdu et enfermé au milieu des hauts pics froids
L’œil de la terre tel cyclope,
Impassible, sombre et froid,
Regarde les cieux en son silence
Laissant les mots pour le vent.

Plus bas, en ponctuation de prairie,
Un peuplier se tient au garde à vous
Devant les souvenirs des montagnes
Fuyant vers la promesse de l’horizon
De mers encore lointaines.

Droit sur sa terre, planté vers le ciel
Comme une plume sur sa page en guise de ciel
Il semble orchestrer le chant des oiseaux
Qui racontent en chants ce que nul pourtant ne peut dire
Et les rires des rivières qui se moquent des rochers

Qu’elles caressent en mémoires froides
Courant au rythme des mots éphémères
Et alors inaudibles, venus de tous les vents
Formant croyance aveugle de tous les savoirs
De l’endroit et de l’instant.

L’arbre en veines complexes d’hiver,
Aveugle du haut regard comme du trait d’horizon
Se fait autorité de posture en bavardages perdus
Comme soufflés des monts et des flots,
Parlant alors tel le ressac en silence perdu de miroir de nuages.

Ce qu’il sait n’est pas ce qu’il est,
Il est ce qu’il ne croît pas être
Il tend à être ce qu’il ne sera jamais,
Et n’ayant que trop peur de n’être rien
Il parle de tout comme si de rien n’était.

L’absolu


 

« Ce n’est pas le doute qui rend fou : c’est la certitude. »

Nietzche

 

 

Les couleurs sont innombrables

Mais nous sommes aveugles

De tout leur éclat qui s’étire jusqu’en nuit

Comme nous sommes sourds du bruit

Qui s’endort dans le silence.

 

Les étoiles dessinent la promesse

Dans la sérénité de ce qui les suspend :

Mystère et évidences

De ce que nous percevons avant de savoir.

 

Nous vivons en une lapalissade

En cachant nos différences,

Celles sacrifiées au nom de dieu, ou celles condamnées par bon sens dénué de raison,

En discours de tous pour chacun murmurant nos prières

Colmatant par mensonges nos rêves sur le monde.

 

La foret n’est pas faite que d’un arbre.

Et le chemin qui la traverse

Chanté par d’innombrables oiseaux

Nous dirige sans rien dire vers l’éclat des blés.

 

A ne voir que nos nuages,

Nous oublions qu’ils ont vu bien des terres.

Rassuré par l’omission, nous faisons de nos propos la mission du monde.

Nous craignions de mourir malheureux, sacrifié ou condamné.

Et nous mourrons écrasés en pluie trop lourde pour la lumière espérée.

 

La certitude est le vêtement de la vérité

Le mensonge de toutes les réalités

L’expression de la peur de nos échecs

Qui ne seront jamais le propos de nos aveux !

 

Ainsi, en mots sur le monde, l’absolu ne peut – être qu’une croyance.