Le train gris


C’est ton visage que je venais chercher sur le quai de la gare avec notre certitude pour bagage. D’autres visages passaient comme des nuages. Chacun unique et tous déjà oubliés.

J’avais pour deuxième bagage ma patience qui voyageait sur nos cieux. Mes mains chargées de vide écrivaient des poèmes que le vent déposait à mes pieds et que les rames sans arrêt soufflaient sur l’autre quai, comme pour les offrir à ceux qui singeaient ma patience, tandis que leur train arrivait avant le mien, avant qu’il ne fût nôtre, bien après d’autres.

Pour troisième bagage j’avais pris l’amour. Celui qu’on emporte partout. Tu arrivais le regard vers le ciel rectangulaire de la bouche d’escalier. Tu croisais mon regard et les nuages n’étaient plus qu’uniformes. Puis soudain, notre train écrasait son chemin depuis l’horizon.

Le silence riche de nos couleurs a été violemment absorbé pour un exil de silence transparent et imposé. Nous sommes devenus aussi gris que ceux que nous redoutions. Nos yeux d’étoiles sont devenus notre regard de poussière. Et de tes yeux devenus cendres, nulle flamme ne se destine plus à mes yeux de charbon.

Nos mots sont effacés et le train est parti. La lecture du premier froid de la saison reprend avant même le précédent.

En écho au poème « Le train bleu » de Margot Roisin que vous pouvez lire en cliquant sur le lien ci-dessous :

https://versantares.wordpress.com/2016/06/03/378/

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